ALLE 2

Muriel
jeudi 3 mai 2012
par  Claire Valmont
popularité : 1%
4 votes

Rendez-vous Parisien.

Sandrine était en congés et était partie chez sa mère, je me sentais un peu seule. Sans défilé de mode avant plusieurs jours, c’est en fouillant mon sac que je retrouvais cette carte de visite.
Nous nous sommes donné rendez-vous devant l’entrée du musée Grévin. Muriel, car elle s’appelle ainsi, m’a affirmé que ce serait plus facile pour trouver l’adresse, car elle est persuadée d’avoir affaire à une provinciale un peu gourde. Je ne savais pas trop comment m’habiller pour cette soirée qui s’annonçait un peu fraîche et peut-être humide. J’avais tout de même envie de l’éblouir un peu et de lui prouver que l’on savait aussi s’habiller en province. J’optais pour une tenue de cuir noir. Jupe courte et légèrement fendue sur le devant de la cuisse gauche, Chemisier ivoire et veste en agneau, ainsi qu’une paire de bottes à talon aiguille de six centimètres. Evidemment, j’avais pris soin d’enfiler les sous-vêtements que j’avais acheté chez elle. Je finissais par une touche de mascara rehaussé d’un rouge vif sur les lèvres, puis un fard à paupière sombre qui semblait me vieillir un peu. J’avais également pris soin de me munir d’un parapluie que je pouvais facilement glisser dans mon large sac en cuir souple que je portais en bandoulière. J’étais un peu en avance et faisais les cent pas devant l’entrée du musée. J’avais conscience que les badauds me regardaient avec insistance, mais je faisais celle qui ne remarquait rien. J’entamais mon énième demi-tour quand la voix de Muriel me surprit.

— Bonsoir, vous ! lance-t-elle d’un ton enjoué et en me prenant les épaules pour m’embrasser, tout en se tendant sur la pointe des pieds.

Son parfum est très agréable et m’enivre quelque peu. Elle a des yeux noisette et une coupe de cheveux à la garçonne qui fait ressortir l’ovale de son visage et ses lèvres bien dessinées que l’on devine à peine voilées par une couleur un peu brillante sans en exagérer le rouge. Je remarque aussi un petit diamant incrusté contre sa narine gauche, ainsi qu’une série de trois brillants en arc de cercle sur son lobe d’oreille droit, l’autre n’a qu’un simple anneau d’or. Je me penche un peu pour lui faire la bise car je la domine d’une tête avec ces talons. Elle me fait penser aux danseuses américaines. Mini jupe en jean et blouson en daim à franges sur un chemisier blanc brodé de lettres rouges, elle porte des bottines blanches décorées.

— Tu es superbe ! Tu aimes les burgers ? Me demande t-elle.

— Si tu m’avais dit qu’il fallait s’habiller américain, lui dis-je sur un ton de reproche, alors que son compliment sur ma tenue m’a fait plaisir.

— On ne va pas chez les « américains », mais chez les indiens, rectifie mon guide en me prenant par le bras.

Devant l’entrée du restaurant. Il y a déjà foule. Muriel m’explique qu’il y a souvent des concerts et que ce soir, il doit certainement en y avoir un. Visiblement, elle ne veut pas faire la queue. Elle sort son portable de son mini sac et compose un numéro. Rapidement une jeune serveuse nous rejoint. Petite, un peu en chair, mais bien proportionnée, sa tignasse blonde frisée encadre son visage poupin piqueté de quelques tâches de rousseur. La nouvelle venue, Annie, porte une courte jupette noire ainsi qu’un corsage blanc à manches courtes où s’affiche son prénom sur un minuscule badge. Elle salue Muriel tout en parlant très vite avec un accent anglo-saxon. Puis se tourne vers moi et semble me découvrir.

— Venez, on va passer par derrière…

Nous la suivons dans un dédale de couloirs qui nous amène sur l’arrière de la salle par une issue de secours. Nous nous engageons derrière elle sur un large escalier de bois sculpté et verni qui mène à l’étage. Annie nous installe à une table qui domine la scène où sont censés jouer les musiciens, plus tard dans la soirée.

— Cocktails ? propose Annie avant de nous quitter sans attendre notre réponse.

Muriel et moi, nous nous regardons et éclatons rire. Sur le ton de la confidence, elle m’explique.

— Annie est une de mes « ex ». Je crois qu’elle est encore un peu amoureuse…

— Ah ?! J’espère qu’elle ne va pas le prendre mal. Je ne voudrais pas te créer d’ennuis.

— Ne t’inquiète pas. De toute façon, je crois qu’elle finit tard ce soir, me confie ma nouvelle copine.

Annie est déjà de retour avec nos boissons. Elle nous laisse la carte et repart vers une autre table pour y prendre la commande. Je la surveille du coin de l’œil pour être sûre qu’elle ne nous épie pas. Mais elle semble absorbée par son métier, même si elle continue de lancer des œillades à Muriel dès qu’elle me croit occupée. Je me décide pour une salade composée et un coca avant de quitter notre table pour les toilettes. J’ai décidé de les laisser un instant seules en tête à tête. Quand je reviens, Muriel m’annonce que son ex avait l’intention de nous rejoindre en boite, mais elle l’en a dissuadé, prétextant qu’elle veut se coucher tôt…

La soirée se passe agréablement, même si je trouve Annie un peu trop « collante » à mon goût. Mais cela fait rire mon amie, alors je joue le jeu. Nous avons discuté de nos vies respectives. J’apprends que Muriel en a franchement bavé. Violée par son beau père à l’âge de quatorze ans, elle s’est enfuie de chez elle pour ne jamais y revenir. Elle téléphone de temps en temps à sa mère, mais ne lui a jamais avoué ce qui c’était réellement passé pour ne pas la briser. Quelques mois après sa fugue, elle s’est retrouvée dans un squat de la banlieue où elle s’est macquée avec un « protecteur » qui a finit par la mettre sur le trottoir. Elle s’est enfuie une nouvelle fois et a travaillé comme serveuse topless dans une boite de nuit, le patron l’ayant prise en amitié. Il lui a trouvé un petit appartement qu’elle occupe encore actuellement. Pour ma part, je reste très évasive. Je lui explique simplement que je fais quelques « extras » comme mannequin, mais rien de bien précis pour l’instant.

Après le concert, nous quittons le restaurant vers une heure du matin. Annie y travaille encore deux heures et elle nous propose de nous rejoindre. Muriel l’en dissuade gentiment et lui donne même rendez-vous pour le week-end prochain. Ce qui la propulse aux anges. Libérées, nous bavardons sur le trottoir du boulevard des italiens. D’un coup, Muriel me propose de passer voir son ancien patron dans la boite de nuit où elle a travaillé pendant près de deux ans. Je la soupçonne même de relations plus tendres avec cet homme, rien qu’à la façon dont elle en parle. Nous prenons le métro à « Bonnes nouvelles » pour nous retrouver dans le quartier de Pigalle. Il y a beaucoup de monde dans les rues, une agitation toute particulière semble régner ici. Muriel m’entraîne dans une petite rue en contrebas de cette foule. Elle s’arrête devant une porte sculptée où y est inscrit « Club Privé ». Elle sonne et un judas s’ouvre quelques instants plus tard avant que la lourde ne porte pivote silencieusement. Une jeune hôtesse courtement vêtue et à peine couverte d’un boléro, nous accueille par un sas d’entrée en nous souhaitant la bienvenue. Muriel semble à l’aise et me guide jusqu’au grand comptoir formant bar et piste de danse ou domine une barre en acier chromé. Immédiatement un grand homme aux tempes grisonnantes, les cheveux tirés en arrière par une queue de cheval, se dirige vers nous. Dans la pénombre, on peut deviner un pantalon de bonne coupe ainsi qu’une chemise claire d’où se dégage une large chaîne d’or pendue à son torse puissant. Longiligne, il se déplace avec grâce et souplesse, un large sourire éclaire son visage buriné et bronzé. Ses yeux noirs et vifs nous observent avec une satisfaction non feinte. Il tend les bras vers Muriel et lui souhaite la bienvenue, tout en la félicitant de passer le voir. Enfin, il se tourne vers moi et semble me découvrir. Son regard aigu me parcourt des pieds à la tête, avant de me faire la bise. Son examen m’a quelque peu troublée et je reste sans voix. Le temps de comprendre qu’il nous invite à une table située près de la piste, les deux amis sont déjà installés. Je les rejoins alors qu’une serveuse « topless » vient de déposer un sceau avec une bouteille de champagne et trois flûtes. Le patron, Eddie, semble enchanté de revoir Muriel, mais il me détaille avec curiosité. Il finit par demander :

— Cela fait longtemps que vous vous connaissez ? Visiblement au courant des penchants homo de Muriel et sous-entendant ma complicité.

Je ne souhaite pas l’en dissuader et joue l’innocente, tout en laissant planer un doute sur nos relations.

— Cela ne fait que quelques jours que nous nous voyons… Affirmais-je tout en le fixant dans les yeux.

Muriel sourit, mais Eddie ne baisse pas les yeux. Je comprends rapidement que cet homme connait les femmes et sait bien les manœuvrer. Se tournant vers Muriel, il lève son verre et trinque avec nous tout en s’exclamant :

— Alors, à vos amours ! Tchin…

— Tchin, répondons-nous en cœur.

Reprenant son sérieux, il demande à mon amie :

— Tu comptes nous faire un petit show ?

Muriel jette un coup d’œil circulaire autour d’elle et observe les clients attablés.

— Pourquoi pas ?! Tu n’as plus de danseuses ?

— Les temps sont durs. Et en plus, personne ne peut t’égaler… dit-il en se penchant vers Muriel.

J’ai l’impression de les déranger, aussi je me fais discrète. J’observe la salle en silence. Il doit y avoir une vingtaine de couples qui se lèvent parfois pour danser et un groupe de six jeunes hommes qui fêtent l’enterrement de la vie de garçon de leur copain. Ils ont déjà beaucoup bu, mais ne semblent pas bien méchants. Le spectacle leur a visiblement plu et ils commandent régulièrement des consommations pour le seul plaisir de revoir la serveuse topless. Quand mon regard revient à notre table, je découvre qu’Eddie est retourné à la sono et semble décidé à lancer une annonce.

— Ce soir, j’ai le plaisir de recevoir Muriel, une ex danseuse, qui s’est produite ici, il y a quelque temps. Pour votre plus grand plaisir, elle va danser pour vous ce soir… J’aimerai que vous l’acclamiez comme il se doit… Mesdames, Messieurs… Muriel !

Les spectateurs, attisés par la publicité que vient de faire Eddie, applaudissent fermement.

En maître des lieux, Eddie joue de l’éclairage et plonge la scène et la salle dans une demi-pénombre, alors que commence en sourdine le « Boléro » de Ravel. Mon amie s’est levée et a rejoint la piste ou elle s’est emparée de la barre. Au rythme lancinant de la musique, elle oscille autour du piquet chromé. Un filet de lumière vient la caresser, nous la dévoilant par instant. Je ne peux détacher mes yeux de son corps qui ondule et épouse la musique. Eddie m’a rejoint et s’est placé juste à mon côté. Il semble être également hypnotisé par le spectacle que nous donne Muriel. Accroupie le dos au poteau, elle se débarrasse de sa veste. Ses seins blancs jouent avec les reflets du rayon du projecteur. Ondulant encore, alors que le son de la flûte augmente sensiblement, elle quitte sa jupe pour se retrouver entièrement nue. C’est une beauté du fond des âges qui s’étire et s’expose, entraînée par cette musique obsédante de Ravel. Je découvre avec les autres convives, le magnifique tatouage qui orne ses reins. Les deux ailes du dragon semblent s’étier et donner vie à l’animal qui s’est logé au creux de sa personne. Soudain, elle tombe à genoux. Ses mains recherchent ses seins et les caressent. Elle a rejeté sa tête en arrière et on ne voit plus que sa gorge offerte. Son corps tombe, emporté par le poids de cette tête alors que ses mains se sont portés à son sexe découvert un instant où domine un grand scorpion noir tatoué sur son aine droite. La musique bat de plus en plus vite. Les épaules contre le sol, elle s’abandonne à nous. Sa main court contre son sexe à la recherche de son plaisir. Le martellement des instruments est maintenant assourdissant alors que Muriel est secouée de spasmes libérateurs de sa jouissance exposée face à nous. A la dernière note, son corps s’affaisse et reste un instant sans vie alors que l’ensemble de la salle la salue dans un tonnerre d’applaudissements.
Je suis médusée par ce que je viens de voir et comprends vraiment qu’Eddie apprécie tant Muriel. J’en ai chaud au ventre et je parie que ce show n’a pas laissé indifférent les couples présents dans la salle et qu’ils s’en souviendront longtemps. La lumière sur la piste s’est éteinte et Muriel nous rejoint enfin. Elle a ramassé ses affaires mais ne s’est pas encore rhabillée. Eddie la félicite chaleureusement et l’embrasse tendrement en la pressant contre lui. Muriel réussit tout de même à remettre son corsage et sa jupe malgré les tentatives désespérées d’Eddie de l’en empêcher. Dépité, il se tourne vers moi pour me demander :

— Et toi, tu pourrais aussi nous faire un petit truc ?

— Pas aussi bon que celui là, j’en ai peur, essayais-je de me défendre.

— Tu n’as jamais fait de striptease, même seule avec ton mec ?

— Peut-être, mais là c’est différent, il y a plein de monde…

Se penchant vers moi et tirant mon chemisier pour voir ma poitrine, il insiste :

— Foutue comme tu es, tu ferais un malheur… En plus, quand je t’ai vu entrer, j’ai tout de suite remarqué ta démarche de mannequin.

Affolée, je cherche un appui vers mon amie, qui, au lieu de prendre mon parti, soutient pleinement Eddie et approuve sa requête.

— Je te verrais bien là-bas. Je suis sûre que tu t’en tirerais super bien, dit-elle en me montrant la piste où domine la barre.

Presque vaincue, je cherche à me défiler :

— Je risque d’être pitoyable…

Eddie me conseille alors :

— Ecoute, c’est simple, il suffit de danser en comptant.

— En comptant ? Demandais-je, surprise par cette indication.

— Il faut que tu prennes le temps. Le public doit savourer… Tout le secret d’un bon strip-tease, c’est dans l’attente. Alors tu comptes : Entre chaque fringue, environ vingt secondes et dix, le temps d’enlever un truc… Comme ça, tu es sûre que cela prendra un bon moment. Si tu vas trop vite, c’est loupé, si tu vas trop lentement, le public s’ennuie… Tu comprends ?

Un peu éberluée par cette révélation, je hoche la tête en signe de compréhension.

— Alors ? C’est bon, je fais l’annonce ? Au fait, comment c’est ton prénom ?

Sous le choc, je réponds :

— Carole…

— Alors Carole, c’est OK ?

Je me rappelle mes débuts de mannequin avec Edouard, et je me dis que cela ne doit pas être plus difficile, après tout.

— Bon d’accord, mais tant pis si ce n’est pas bon, je ne suis pas une pro !

Du coup, Muriel m’embrasse et m’encourage gentiment :

— Tu vas voir… Ne pense à rien, compte seulement…

J’assiste, tremblante au départ d’Eddie et anticipe déjà son laïusse, Je ne me trompe pas quand j’entends la sono annoncer :

— Et ce soir… exceptionnellement… Nous allons avoir le droit à une première… Et oui, ce soir… encouragée par son amie Muriel, Carole va monter sur scène pour nous faire un striptease dont vous vous souviendrez longtemps. Elle a un corps de déesse, elle est magnifique… Elle est grande… Elle est blonde, du moins, je le pense ! Alors ce soir, je vous demande d’applaudir Carole et de l’encourager !

Je me lève sous les acclamations et quelques sifflets de joie de la part des six célibataires. Eddie applaudit également et me sourit quand je passe devant lui pour accéder à la scène.

— Super ! Me glisse-t-il sur mon passage.

Penaude et tremblante, je gravis les trois marches de la scène où se sont allumés les projecteurs alors que la salle est plongée dans l’obscurité. Tant mieux, je ne verrai pas le public ! Me vient-il à l’esprit. Je m’accroche à la barre alors que la mélopée de « Cabaret » retentit. Je viens de remarquer qu’Eddie, en bon organisateur, avait pris soin d’installer une chaise pour que j’y dépose mes vêtements. Je me rappelle ses conseils, tu comptes dans ta tête. Tu ne dois pas être, ni être trop lente, ni trop rapide. L’ennui, c’est que je n’ai même pas commencé à compter. Je ne sais même pas depuis combien de temps la musique a débuté…

Alors, je me campe debout, au bord de la scène, jambes écartées, face à la salle noire dont je devine à peine les spectateurs. J’oscille mes hanches au rythme de la musique qui me parvient comme filtrée. Je compte en déboutonnant mon chemisier, un, deux, trois… Arrivée à douze, je me retourne pour l’abaisser sur mes épaules nues. Je recompte, un, deux, trois… A dix huit, je n’en peux plus, je le jette sur la chaise, je me retourne. Des sifflets retentissent, je continue. Un, deux, trois… Mes mains agrippent l’attache dans mon dos et reviennent immédiatement se plaquer sur mes seins avant que mon rempart de dentelle ne s’ouvre. Je compte, tout en tournant sur moi-même, un, deux… A vingt, je m’assoie à califourchon sur la chaise, dos tourné au public et abandonne mon vêtement. J’ondule, mains croisée sur ma poitrine dénudée. Je compte… Je me lève et cours presque jusqu’à la barre que j’attrape en y collant le ventre. Je tourne, enfin dévoilée et reste face aux spectateurs, main tendues au dessus de la tête, toujours crispée sur la barre. Je compte, tout en ondulant. La jupe tombe à mes pieds. D’un geste gracieux, je la ramasse pour la porter sur la chaise où je pose un pied. Je compte encore, un, deux, trois… J’abaisse la fermeture de ma botte que j’abandonne avant de m’attaquer à l’autre que je quitte tout aussi facilement. Je n’ai plus que mon string et mes bas, mais je perçois que la musique va s’éteindre avant moi… Eddie, n’est pas en reste et j’entends les premières notes de Juliette Gréco chantant « Déshabillez-moi ». Je souris à cette facétie d’Eddie. Je retourne à la barre qui, finalement m’excite terriblement. Je me frotte à elle, m’enroule, me caresse. J’en oublie de compter pendant un instant. Je ne sais pas très bien comment faire pour finir de retirer ces derniers vêtements tout en y mettant le plus de charme possible. Aussi, je m’allonge à côté de la barre et roule mes bas tout le long de mes jambes avant de les abandonner sans plus y penser. Je me redresse et compte de nouveau, un, deux, trois, quatre…Vingt, je me place de côté, passe mes doigts sous l’élastique de chaque côté de mes hanches et abaisse d’un coup ma dernière dentelle. Je la garde en main et vais m’assoir à califourchon sur la chaise, comme je l’avais fait tout à l’heure, dos au public. Je sens leur impatience monter. Je compte… Je laisse mon string accroché au dossier et quitte la chaise pour me propulser à la barre. Je m’y plaque, enroulant une de mes jambes autour. Je suis trempée, je dois y laisser une traînée, mais que m’importe, je me sens libre et prête à tout… Je compte, je danse…Je passe devant la barre en gardant mes mains sur mon sexe, tout en me trémoussant au rythme de Gréco. J’écarte les jambes, et saisit d’une main, la barre située derrière moi. Ce qui me force à me cambrer fortement en arrière, et quand la chanson va enfin finir, mon autre main rejoint la barre, me découvrant ouverte et offerte dans un ultime sursaut de la musique. Je reste ainsi un instant, alors que les projecteurs s’éteignent et qu’un tonnerre d’applaudissements et de sifflets saluent ma prestation. Dans la pénombre, je ramasse mes affaires, heureuse d’avoir réussi.

Eddie m’attends en bas de la scène et m’aide à descendre les quelques marches. Il me prend par le bras et m’entraîne vers sa loge.

— Tu seras plus tranquille ici pour te rhabiller, déclare t-il, tout en restant à me regarder remettre mes habits.

Tant pis, je me rajuste et retourne à notre table. Eddie, hilare, me tend mes bas que je range dans mon sac.

— Tu sais… Tu peux revenir quand tu veux. Tu as vraiment un don… Me confie Eddie. Samedi prochain si tu veux. Rémunérée, cette fois…

— Non, je… Je ne pense pas faire une carrière !

— Dommage. Enfin, tu passes quand tu veux, tu est la bien-venue.

Tard dans la nuit, nous quittons Eddie alors que la boite est presque vide. Muriel insiste pour que je dorme chez elle. Comme je n’ai pas envie de me retrouver toute seule après cette soirée, j’accepte avec plaisir.

Muriel est adossée contre la porte de la chambre et me regarde. Je suis assise sur le rebord du lit et n’ose pas me déshabiller. Indécise, je lui demande, repensant à son show.

— Muriel… Je voudrais savoir. Comment peux-tu faire ça, face à tout ce public ?

— Cela m’excite encore plus. Au début, il ne faut pas y penser, tu les oublies. Ensuite je les imagine, les yeux rivés sur mon sexe. Je ressens leur curiosité et je me laisse aller. Tu veux vraiment savoir… Alors déshabille-toi et glisse toi dans le lit, m’ordonne t-elle.

J’abandonne mon chemisier et ma jupe. Je garde ma culotte et mon soutien-gorge, puis rabat le drap sur moi.

— C’est bien. Maintenant, caresse-toi… Les seins, d’abord…

Sous le couvert de l’étoffe, mes mains redécouvrent mon corps comme pour la première fois. Mon cœur s’emballe, ma respiration s’accélère alors que la voix de Muriel continue.

— Ferme les yeux. Pense que tu es... sur une plage… Seule. Il fait chaud… Tu te débarrasse de tes vêtements. Tu es bien…

Je me cambre pour dégrafer mon haut. Je me sens libre. Je rejette l’effet sur le lit, les yeux toujours clos. Mes mains descendent le long de mon corps et font glisser mon string. La culotte rejoint mes affaires sur la couverture. Muriel continue.

— C’est bien… Maintenant, abandonne-toi. Tes doigts savent ce qu’ils doivent faire… Laisse les aller. Sens le soleil sur ta peau…

Presque en transe, je me laisse glisser vers la jouissance. Une douce chaleur envahit mon ventre. Mon corps se tord dans la passion qui l’anime. J’entends à peine Muriel me dire.

— Maintenant retire le drap, je veux te voir.

Vertige… J’écarte l’étoffe pour me découvrir à mon amie. Mes doigts s’envolent. Mon corps chavire, secoué par des tremblements que je ne peux maîtriser tant l’émotion déferle.

Quand j’ouvre les yeux, Muriel est au dessus de moi, entièrement nue et me contemple tendrement. Je tressaille lorsque ses mains se posent sur moi et remontent vers mes seins qu’elles frôlent en douceur. Elle se penche et m’embrasse. Vaincue, j’entrouvre mes lèvres pour recevoir son baiser. Sa peau est chaude et douce. Nos langues se mêlent dans un long baiser langoureux. Avec douceur, sa bouche m’abandonne pour se concentrer sur mes bouts de sein qu’elle mordille avec amour. Je me contorsionne de bonheur. Cela fait si longtemps qu’aucune envie ne m’a traversé que j’en avais oublié le ravissement. Muriel est si tendre et attentionnée à chacun de mes soupirs que toutes ses caresses ne sont qu’émerveillement. Ses doigts m’ont envahi et me transporte d’extase en abandon. Je me laisse entraîner dans la volupté. Mon corps se tord d’exaltation et je découvre une béatitude absolue lorsque sa main me pénètre entièrement me faisant hurler de plaisir. Muriel m’a fait me redécouvrir. Mon corps n’était plus habitué à autant de bonheur et je succombe totalement sous ses prouesses amoureuses. Nos ébats se poursuivent une bonne partie de la nuit où, je l’avoue, je subis plus que je ne lui donne. Muriel se révéla une adorable amante qui me fit découvrir mille choses.

Au matin, c’est l’odeur du café qui me sort de ma torpeur. Muriel m’a laissé une nuisette de dentelle noire que j’enfile. Trop courte, elle ne me couvre qu’à peine. A pas de loup, je me dirige vers la cuisine où règne une agréable odeur de croissants chauds et de café.

— Bonjour toi, café ou thé ? Me demande Muriel, dès qu’elle m’aperçoit.

— Bonjour, café noir s’il te plait, dis-je en m’asseyant en face d’elle.

— Tu as bien dormi ?

— Oui, quelle nuit ! Tu t’es levée de bonne heure… Je meurs de faim.

— Tu sais, il est presque midi.

— Oh…

Je remarque qu’elle porte une robe légère et qu’elle est maquillée, je lui demande.

— Tu t’es déjà habillée ?

— C’est pour les croissants, je suis descendue à la boulangerie.

Nous finissons à peine notre déjeuner que la sonnette d’entrée retentit.

— Tu attends quelqu’un ?

— Je crois savoir qui c’est.

Muriel se lève pour aller ouvrir. Quelques instants plus tard, elle revient accompagnée d’Annie qui semble surprise de me trouver ici. Je me lève pour lui faire la bise. Pas rancunière, nous nous embrassons.

— Bonjour Carole, tu… Vous étiez où hier soir, je suis passée au Club, vous n’y étiez pas…

Je ne sais pas trop quoi lui dire, c’est Muriel qui lui répond.

— On était chez Eddie…

— Ah !? C’était bien ?

— Tu connais Eddie. Pour la titiller, elle continue, On a fait un show…

— Toutes les deux ? Demande Annie en me regardant.

Indécise sur la réponse à lui donner, je baisse la tête, les joues en feu alors que je sens une douce chaleur m’envahir en repensant à la nuit passée.

— Oui, toutes les deux, insiste Muriel, puis elle lui ordonne.Va nous attendre dans la chambre…

Annie nous regarde à tour de rôle, mais semble obéir. A pas lents, elle se dirige vers l’autre pièce.

— Viens, m’indique Muriel à l’oreille. Tu vas voir, on va bien s’amuser.

Nous nous levons pour rejoindre Annie. Elle nous attend, penaude, ne sachant trop quoi faire.

— Déshabille-toi, ordonne Muriel d’un ton ferme.

Annie s’assoie au bord du lit encore en désordre de notre dernier affrontement pour enlever ses bottines, puis son jean. Nous l’observons en silence retirer le reste de ses vêtements. Une fois nue, Muriel indique.

— Monte sur le lit. Toi, tu l’attaches. Les liens sont dans le tiroir. T’inquiète pas, elle a l’habitude. N’est-ce pas, ma chérie ?

A ma plus grande surprise, Annie se laisse faire sous le regard vigilent de Muriel. La voici étirée en croix, les membres étirés vers les barreaux du lit. Victime consentante de son ex maîtresse. Je l’observe alors qu’elle ne cherche même pas à se débattre, soumise à nos futurs caprices. Muriel m’appelle.

— Viens ici…

Comme hypnotisée par la scène, je m’approche. Sous l’œil d’Annie, elle soulève la nuisette et la tire au dessus de moi pour m’en soustraire. Elle se plaque à moi et m’embrasse goulûment. Je réponds à son baiser, emportée par sa fougue. J’entends Annie, dans mon dos qui gémit en nous observant. Muriel s’écarte de moi pour se libérer de sa robe. Elle ne porte aucun sous vêtement et reste un instant loin de moi avant de coller son sexe contre le mien. Elle m’enserre et m’embrasse tout le corps, le cou, la gorge, les tétons. Ses mains se crispent sur mes fesses et les écartent. Elle me fait reculer jusqu’au lit ou je chavire sur le corps d’Annie qui pousse un petit cri de surprise. Sans ménagement, Muriel me positionne à plat ventre sur le corps attaché. Ma tête contre celle d’Annie. Elle m’oblige à l’embrasser. J’hésite un instant, mais Muriel insiste. Elle sait que j’en ai envie. Nos lèvres se touchent. Nos dents s’entrechoquent un instant avant que nos langues ne se découvrent. Ses lèvres sont douces et agréables. Je me laisse transporter par cet instant vite interrompu par Muriel qui s’est mis en tête de nous pénétrer l’une et l’autre. ses mains se sont emparées de nos sexes et les malaxent en cadence. Je sens Annie se tordre et râler sous les assauts répétés de Muriel. Ses doigts m’envahissent et je gémis également. Muriel jubile à faire monter notre plaisir. Chacune d’entre nous, avons eu le droit d’être entièrement prise par son poing qui nous a ravagé en cadence, nous faisant hurler notre jouissance.

Nous abandonnant à notre délice, Muriel a soudain une autre idée démoniaque. Elle se penche vers la commode et s’empare d’une longue et énorme tige rose fluo, séparée par une collerette en son centre. Sans attendre notre retour à la réalité, elle enfiche l’un des bouts dans la chatte encore toute baveuse d’Annie, seule la collerette empêche l’objet d’entrer plus profondément. L’autre extrémité dépasse outrageusement de son sexe alors que la fille se tortille de plaisir. Muriel prend l’embout dépassant dans sa main et commence un lent va et vient dans le ventre d’Annie qui se contorsionne de volupté. Je reste subjuguée par ce que je découvre. Je m’écarte d’elles pour mieux les voir. Muriel se place à califourchon sur son amie en lui tournant le dos. Elle me fait signe de me positionner comme elle, mais de dos. Nous surplombons Annie, chacune à quatre pattes au dessus d’elle, nos culs se touchant. Muriel retire l’instrument du ventre de sa copine pour se l’enficher dans son propre sexe. De l’autre main, elle cherche à en faire pénétrer l’autre extrémité dans mon intimité. Je me prête au jeu et sens l’énorme objet écarter mes lèvres et s’engouffrer en moi. Je comprends vite le jeu et me balance en cadence d’avant en arrière. Annie, les membres toujours prisonniers, nous observe nous perforer mutuellement. entre deux hoquets de plaisir, je distingue sa tête ballotter de droite à gauche comme pour nous implorer de s’occuper d’elle également. Mais Muriel a d’autres idées à mettre en pratique. Brusquement, elle se dégage en gardant l’objet enfiché en elle. Je reste un instant le souffle coupé du fait de son rapide retrait et je sens mon jus s’écouler entre mes jambes, inondant le ventre d’Annie. Essoufflée, je culbute sur le côté pour reprendre haleine. Je ferme un instant les yeux pour récupérer et découvrir Muriel accroupie au dessus du visage de son amie, essayant d’introduire l’embout dans la bouche d’Annie. Elle s’en empare enfin et le suce avec délectation, tandis que Muriel se lève et s’abaisse en cadence au dessus d’elle. Ce jeu ne dure q’un court moment. Lasse, Muriel vient me rejoindre et admire avec moi sa copine alanguie.
Reprenant constance, Muriel m’interroge.

— As-tu déjà fouetter quelqu’un ?

Outrée par sa question, je me rebelle.

— Non, jamais. Que crois-tu ?

— Cela te dirait de le faire ?

Je repense à mon inconnu de la chambre douze. Muriel sent mon hésitation et insiste.

— Alors ? Je te jure qu’elle aime ça, persiste Muriel tout en récupérant un mini martinet aux lanières de cuir rouge et en me le présentant.

Eberluée, je regarde l’objet, n’osant le saisir. Muriel me le plaque entre les mains et me pousse vers le corps d’Annie, toujours attachée en croix sur le lit. Son regard m’implore en silence, mais ses paroles semblent le contredire.

— Allez ! Vas-y, fouette-moi, si tu l’oses…

Je jette un œil affolé à Muriel qui me sourit, attendant que je me décide. D’un coup de tête, elle me désigne le lit et tend sa main en signe d’assentiment. Je ne sais comment faire. Toujours aussi indécise, je m’approche pourtant encore un peu de ce corps offert.

— Sur les seins, elle adore, me murmure Muriel à l’oreille.

Je lève le martinet, les franges tombent et viennent caresser mon poignet. D’un geste sec, je lance les lanières vers sa chair offerte. Le cuir claque sur sa peau, y laissant une série de marques rougeâtres sur son sein gauche. Son cri me déchire et je reste effarée par ce que je viens de faire. Interdite, les bras ballants, je laisse le fouet m’échapper.

— Non, je ne peux pas faire une chose pareille, déclarais-je à Muriel en me tournant vers elle.

— Regarde, dit-elle en ramassant le martinet.

Elle se place en face de sa victime, à genoux sur le lit et lui administre plusieurs petits coups sur les seins et le ventre. Je constate avec stupeur qu’Annie se contorsionne en gémissant de plaisir alors que les striures des lanières envahissent sa peau. Muriel n’en reste pas là et cravache avec une haine farouche le sexe de son amie qui hurle sous ces claques répétées. Sans ménagement, elle enfiche plusieurs doigts dans le sexe de sa copine qui se met à se trémousser en cadence. De l’autre main, elle frappe les mamelons qui se tendent sous les lanières. Je suis médusée par la tournure que prennent ces évènements et pense un instant être à la place d’Annie. elle semble au bord de l’évanouissement . Son ventre, ses seins sont striés de marques rouges. J’observe son bourreau qui, manifestement prend le même plaisir qu’elle. Muriel, tourne la tête pour me regarder. J’entrevoie son regard, fier et rempli de bonheur, proche de la jouissance. Elle se lève et me tend le fouet. Je secoue la tête, incapable de faire le moindre mouvement. Alors, l’improbable se produit. Repliant son bras, elle lance brusquement les lanières en travers de mes seins. La douleur est instantanée et fulgurante et je pousse un cri, autant de surprise que de douleur. Puis, elle se jette sur moi et m’embrasse où les rubans de cuir m’ont touché. Ses baisers m’ensorcellent et je suis toute étonnée de m’entendre lui dire d’une voix presque inaudible :

— Encore…

Je recule contre la cloison et m’y plaque, mains sur la tête, jambes écartées, offerte.

Muriel s’avance, j’ai juste le temps de voir le regard soumis d’Annie, que le martinet me flagelle à plusieurs reprises les seins, le ventre, le sexe. Je gémis sous l’avalanche de coups et m’affaisse à ses pieds. Elle jette le fouet et me rejoint sur le tapis. Nous nous embrassons. Sa bouche est partout. Ses baisers m’enflamment inexorablement. Je réponds à chacune de ses caresses. Nos mains découvrent toutes les parties secrètes de nos corps. Nous roulons sur le sol, imbriquée l’une dans l’autre sous l’œil impuissant de notre amie…

PRECEDENT ................................................. SUITE



ZONE ABONNES L’abonnement vous permet :

  • d’enregistrer et d’imprimer les textes publiés,
  • d’avoir accès à certains récits dont la teneur ne permet pas une large publication,
  • d’accéder à la galerie photos privée de RdF.
    Entrez votre pass abonné

Commentaires

Logo de Antoine
lundi 24 juin 2013 à 15h47 - par  Antoine

J’ai adoré !
Bravo pour l’écriture très agréable à lire

Logo de bizber
dimanche 6 mai 2012 à 11h13 - par  bizber

Claire
Quel plaisir de retrouver un de vos récits. Vous avez un art consommé pour créer une ambiance incroyablement sensuelle et érotique.
Un regret : Muriel méritait une introduction plus travaillée que juste une carte de visite au fond d’une poche...
Cordialement
Bizber

Sites favoris


2 sites référencés dans ce secteur