ALLE 2

Muriel
jeudi 3 mai 2012
par  Claire Valmont
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4 votes

Rendez-vous Parisien.

Sandrine était en congés et était partie chez sa mère, je me sentais un peu seule. Sans défilé de mode avant plusieurs jours, c’est en fouillant mon sac que je retrouvais cette carte de visite.
Nous nous sommes donné rendez-vous devant l’entrée du musée Grévin. Muriel, car elle s’appelle ainsi, m’a affirmé que ce serait plus facile pour trouver l’adresse, car elle est persuadée d’avoir affaire à une provinciale un peu gourde. Je ne savais pas trop comment m’habiller pour cette soirée qui s’annonçait un peu fraîche et peut-être humide. J’avais tout de même envie de l’éblouir un peu et de lui prouver que l’on savait aussi s’habiller en province. J’optais pour une tenue de cuir noir. Jupe courte et légèrement fendue sur le devant de la cuisse gauche, Chemisier ivoire et veste en agneau, ainsi qu’une paire de bottes à talon aiguille de six centimètres. Evidemment, j’avais pris soin d’enfiler les sous-vêtements que j’avais acheté chez elle. Je finissais par une touche de mascara rehaussé d’un rouge vif sur les lèvres, puis un fard à paupière sombre qui semblait me vieillir un peu. J’avais également pris soin de me munir d’un parapluie que je pouvais facilement glisser dans mon large sac en cuir souple que je portais en bandoulière. J’étais un peu en avance et faisais les cent pas devant l’entrée du musée. J’avais conscience que les badauds me regardaient avec insistance, mais je faisais celle qui ne remarquait rien. J’entamais mon énième demi-tour quand la voix de Muriel me surprit.

— Bonsoir, vous ! lance-t-elle d’un ton enjoué et en me prenant les épaules pour m’embrasser, tout en se tendant sur la pointe des pieds.

Son parfum est très agréable et m’enivre quelque peu. Elle a des yeux noisette et une coupe de cheveux à la garçonne qui fait ressortir l’ovale de son visage et ses lèvres bien dessinées que l’on devine à peine voilées par une couleur un peu brillante sans en exagérer le rouge. Je remarque aussi un petit diamant incrusté contre sa narine gauche, ainsi qu’une série de trois brillants en arc de cercle sur son lobe d’oreille droit, l’autre n’a qu’un simple anneau d’or. Je me penche un peu pour lui faire la bise car je la domine d’une tête avec ces talons. Elle me fait penser aux danseuses américaines. Mini jupe en jean et blouson en daim à franges sur un chemisier blanc brodé de lettres rouges, elle porte des bottines blanches décorées.

— Tu es superbe ! Tu aimes les burgers ? Me demande t-elle.

— Si tu m’avais dit qu’il fallait s’habiller américain, lui dis-je sur un ton de reproche, alors que son compliment sur ma tenue m’a fait plaisir.

— On ne va pas chez les « américains », mais chez les indiens, rectifie mon guide en me prenant par le bras.

Devant l’entrée du restaurant. Il y a déjà foule. Muriel m’explique qu’il y a souvent des concerts et que ce soir, il doit certainement en y avoir un. Visiblement, elle ne veut pas faire la queue. Elle sort son portable de son mini sac et compose un numéro. Rapidement une jeune serveuse nous rejoint. Petite, un peu en chair, mais bien proportionnée, sa tignasse blonde frisée encadre son visage poupin piqueté de quelques tâches de rousseur. La nouvelle venue, Annie, porte une courte jupette noire ainsi qu’un corsage blanc à manches courtes où s’affiche son prénom sur un minuscule badge. Elle salue Muriel tout en parlant très vite avec un accent anglo-saxon. Puis se tourne vers moi et semble me découvrir.

— Venez, on va passer par derrière…

Nous la suivons dans un dédale de couloirs qui nous amène sur l’arrière de la salle par une issue de secours. Nous nous engageons derrière elle sur un large escalier de bois sculpté et verni qui mène à l’étage. Annie nous installe à une table qui domine la scène où sont censés jouer les musiciens, plus tard dans la soirée.

— Cocktails ? propose Annie avant de nous quitter sans attendre notre réponse.

Muriel et moi, nous nous regardons et éclatons rire. Sur le ton de la confidence, elle m’explique.

— Annie est une de mes « ex ». Je crois qu’elle est encore un peu amoureuse…

— Ah ?! J’espère qu’elle ne va pas le prendre mal. Je ne voudrais pas te créer d’ennuis.

— Ne t’inquiète pas. De toute façon, je crois qu’elle finit tard ce soir, me confie ma nouvelle copine.

Annie est déjà de retour avec nos boissons. Elle nous laisse la carte et repart vers une autre table pour y prendre la commande. Je la surveille du coin de l’œil pour être sûre qu’elle ne nous épie pas. Mais elle semble absorbée par son métier, même si elle continue de lancer des œillades à Muriel dès qu’elle me croit occupée. Je me décide pour une salade composée et un coca avant de quitter notre table pour les toilettes. J’ai décidé de les laisser un instant seules en tête à tête. Quand je reviens, Muriel m’annonce que son ex avait l’intention de nous rejoindre en boite, mais elle l’en a dissuadé, prétextant qu’elle veut se coucher tôt…

La soirée se passe agréablement, même si je trouve Annie un peu trop « collante » à mon goût. Mais cela fait rire mon amie, alors je joue le jeu. Nous avons discuté de nos vies respectives. J’apprends que Muriel en a franchement bavé. Violée par son beau père à l’âge de quatorze ans, elle s’est enfuie de chez elle pour ne jamais y revenir. Elle téléphone de temps en temps à sa mère, mais ne lui a jamais avoué ce qui c’était réellement passé pour ne pas la briser. Quelques mois après sa fugue, elle s’est retrouvée dans un squat de la banlieue où elle s’est macquée avec un « protecteur » qui a finit par la mettre sur le trottoir. Elle s’est enfuie une nouvelle fois et a travaillé comme serveuse topless dans une boite de nuit, le patron l’ayant prise en amitié. Il lui a trouvé un petit appartement qu’elle occupe encore actuellement. Pour ma part, je reste très évasive. Je lui explique simplement que je fais quelques « extras » comme mannequin, mais rien de bien précis pour l’instant.

Après le concert, nous quittons le restaurant vers une heure du matin. Annie y travaille encore deux heures et elle nous propose de nous rejoindre. Muriel l’en dissuade gentiment et lui donne même rendez-vous pour le week-end prochain. Ce qui la propulse aux anges. Libérées, nous bavardons sur le trottoir du boulevard des italiens. D’un coup, Muriel me propose de passer voir son ancien patron dans la boite de nuit où elle a travaillé pendant près de deux ans. Je la soupçonne même de relations plus tendres avec cet homme, rien qu’à la façon dont elle en parle. Nous prenons le métro à « Bonnes nouvelles » pour nous retrouver dans le quartier de Pigalle. Il y a beaucoup de monde dans les rues, une agitation toute particulière semble régner ici. Muriel m’entraîne dans une petite rue en contrebas de cette foule. Elle s’arrête devant une porte sculptée où y est inscrit « Club Privé ». Elle sonne et un judas s’ouvre quelques instants plus tard avant que la lourde ne porte pivote silencieusement. Une jeune hôtesse courtement vêtue et à peine couverte d’un boléro, nous accueille par un sas d’entrée en nous souhaitant la bienvenue. Muriel semble à l’aise et me guide jusqu’au grand comptoir formant bar et piste de danse ou domine une barre en acier chromé. Immédiatement un grand homme aux tempes grisonnantes, les cheveux tirés en arrière par une queue de cheval, se dirige vers nous. Dans la pénombre, on peut deviner un pantalon de bonne coupe ainsi qu’une chemise claire d’où se dégage une large chaîne d’or pendue à son torse puissant. Longiligne, il se déplace avec grâce et souplesse, un large sourire éclaire son visage buriné et bronzé. Ses yeux noirs et vifs nous observent avec une satisfaction non feinte. Il tend les bras vers Muriel et lui souhaite la bienvenue, tout en la félicitant de passer le voir. Enfin, il se tourne vers moi et semble me découvrir. Son regard aigu me parcourt des pieds à la tête, avant de me faire la bise. Son examen m’a quelque peu troublée et je reste sans voix. Le temps de comprendre qu’il nous invite à une table située près de la piste, les deux amis sont déjà installés. Je les rejoins alors qu’une serveuse « topless » vient de déposer un sceau avec une bouteille de champagne et trois flûtes. Le patron, Eddie, semble enchanté de revoir Muriel, mais il me détaille avec curiosité. Il finit par demander :

— Cela fait longtemps que vous vous connaissez ? Visiblement au courant des penchants homo de Muriel et sous-entendant ma complicité.

Je ne souhaite pas l’en dissuader et joue l’innocente, tout en laissant planer un doute sur nos relations.

— Cela ne fait que quelques jours que nous nous voyons… Affirmais-je tout en le fixant dans les yeux.

Muriel sourit, mais Eddie ne baisse pas les yeux. Je comprends rapidement que cet homme connait les femmes et sait bien les manœuvrer. Se tournant vers Muriel, il lève son verre et trinque avec nous tout en s’exclamant :

— Alors, à vos amours ! Tchin…

— Tchin, répondons-nous en cœur.

Reprenant son sérieux, il demande à mon amie :

— Tu comptes nous faire un petit show ?

Muriel jette un coup d’œil circulaire autour d’elle et observe les clients attablés.

— Pourquoi pas ?! Tu n’as plus de danseuses ?

— Les temps sont durs. Et en plus, personne ne peut t’égaler… dit-il en se penchant vers Muriel.

J’ai l’impression de les déranger, aussi je me fais discrète. J’observe la salle en silence. Il doit y avoir une vingtaine de couples qui se lèvent parfois pour danser et un groupe de six jeunes hommes qui fêtent l’enterrement de la vie de garçon de leur copain. Ils ont déjà beaucoup bu, mais ne semblent pas bien méchants. Le spectacle leur a visiblement plu et ils commandent régulièrement des consommations pour le seul plaisir de revoir la serveuse topless. Quand mon regard revient à notre table, je découvre qu’Eddie est retourné à la sono et semble décidé à lancer une annonce.

— Ce soir, j’ai le plaisir de recevoir Muriel, une ex danseuse, qui s’est produite ici, il y a quelque temps. Pour votre plus grand plaisir, elle va danser pour vous ce soir… J’aimerai que vous l’acclamiez comme il se doit… Mesdames, Messieurs… Muriel !

Les spectateurs, attisés par la publicité que vient de faire Eddie, applaudissent fermement.

En maître des lieux, Eddie joue de l’éclairage et plonge la scène et la salle dans une demi-pénombre, alors que commence en sourdine le « Boléro » de Ravel. Mon amie s’est levée et a rejoint la piste ou elle s’est emparée de la barre. Au rythme lancinant de la musique, elle oscille autour du piquet chromé. Un filet de lumière vient la caresser, nous la dévoilant par instant. Je ne peux détacher mes yeux de son corps qui ondule et épouse la musique. Eddie m’a rejoint et s’est placé juste à mon côté. Il semble être également hypnotisé par le spectacle que nous donne Muriel. Accroupie le dos au poteau, elle se débarrasse de sa veste. Ses seins blancs jouent avec les reflets du rayon du projecteur. Ondulant encore, alors que le son de la flûte augmente sensiblement, elle quitte sa jupe pour se retrouver entièrement nue. C’est une beauté du fond des âges qui s’étire et s’expose, entraînée par cette musique obsédante de Ravel. Je découvre avec les autres convives, le magnifique tatouage qui orne ses reins. Les deux ailes du dragon semblent s’étier et donner vie à l’animal qui s’est logé au creux de sa personne. Soudain, elle tombe à genoux. Ses mains recherchent ses seins et les caressent. Elle a rejeté sa tête en arrière et on ne voit plus que sa gorge offerte. Son corps tombe, emporté par le poids de cette tête alors que ses mains se sont portés à son sexe découvert un instant où domine un grand scorpion noir tatoué sur son aine droite. La musique bat de plus en plus vite. Les épaules contre le sol, elle s’abandonne à nous. Sa main court contre son sexe à la recherche de son plaisir. Le martellement des instruments est maintenant assourdissant alors que Muriel est secouée de spasmes libérateurs de sa jouissance exposée face à nous. A la dernière note, son corps s’affaisse et reste un instant sans vie alors que l’ensemble de la salle la salue dans un tonnerre d’applaudissements. LIRE LA SUITE

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Commentaires

Logo de Antoine
lundi 24 juin 2013 à 15h47 - par  Antoine

J’ai adoré !
Bravo pour l’écriture très agréable à lire

Logo de bizber
dimanche 6 mai 2012 à 11h13 - par  bizber

Claire
Quel plaisir de retrouver un de vos récits. Vous avez un art consommé pour créer une ambiance incroyablement sensuelle et érotique.
Un regret : Muriel méritait une introduction plus travaillée que juste une carte de visite au fond d’une poche...
Cordialement
Bizber