Le don d’elle même

mardi 13 septembre 2011
par  deshna
popularité : 1%

L’histoire que vous allez lire s’est passée très récemment. Peut-être allez-vous l’adorer, la lire et la relire cherchant les significations cachées, les messages codés. Peut-être ne ressentirez-vous rien de tout cela, parce que pour vous cela manque de sexe, de soumises hurlantes sous les coups de fouet, d’humiliation, d’abus en tout genre. Si c’est cela que vous recherchez, vous pouvez vous arrêter dès à présent et passer votre chemin, car vous ne ferez jamais la différence entre sexe et érotisme, entre soumise et esclave, entre devoir subir et offrande de soi-même à son Maître.

La désobéissance

Non, je ne veux pas de cadeau pour fêter cela. Je te l’interdis. Si tu désobéis, tu seras punie. Deux mots. Ta réponse ne se fait pas attendre : Oui, Maître. Aurais-je dû percevoir un manque de sincérité dans ta voix ? Je ne crois pas. Parce que ce jour là, tu étais bien décidée à obéir.

Profitant d’une après-midi de liberté, tu fais les boutiques de cette sympathique ville aux cinq clochers. Au départ, tu n’as pas vraiment d’idée en tête. Faire un tour, il fait bon. T’asseoir à une terrasse et mater les mecs. Tu es seule, ton amie qui d’habitude t’accompagne n’a pas su se libérer. Tu fais un peu de lèche-vitrine, surtout des magasins de chaussures. Lorsque tu passes devant le magasin d’Eric, ton regard est attiré par un bustier en cuir. Mais en fait, le magasin d’Eric est divisé en deux parties : La vitrine porte le nom de Leather Dream, mais si l’on va au fond de la boutique, on découvre, si on a l’autorisation de s’y rendre, un tout autre monde baptisé Serious Matter.

C’est là que je fais la plupart de mes achats de matériel SM, car Eric est un artisan fabricant capable de faire des fouets, martinets, vêtements, colliers,… sur mesure. Tu entres dans la boutique. Tu salues la vendeuse avec le respect dû à une domina. Car, si Eric possède une soumise, il est aussi soumis à une Maîtresse. D’autres clients étant présents dans la boutique, elle te laisse farfouiller dans les rayons. Lorsque tu t’approches de la porte du fond de la boutique, celle-ci s’ouvre par enchantement.
Il ne te faut pas longtemps pour trouver ce que tu cherches dans tout le bric-à-brac SM qui s’y trouve. Ce n’est pas que ce soit mal rangé, au contraire. Tout est parfaitement rangé, même s’il y a énormément d’articles dans cet espace restreint. Mais tout est disposé de façon à ce que l’amateur trouve rapidement son choix, éblouis dès l’entrée, et que le Maître avertit aille plus loin pour y découvrir des objets que l’amateur n’imagine même pas.

Il est là, splendide, tout en cuir, noir et gris anthracite. Il est là, menaçant, cruel, mortel s’il n’est manipulé par des mains averties. Tapis dans l’obscurité de cette arrière boutique. Provocant, prêt à mordre, sauvage, difficilement domptable. Il ne peut être apprivoisé que par un Maître. Le laisser dans les mains de n’importe qui, c’est comme filer une Bugatti Veyron à un gamin qui vient de recevoir son permis de conduire. Tout ce qu’il risque, c’est de l’abîmer et de se blesser.

Tu hésites à le toucher. Ce n’est pas un objet pour moi. Tu poses un doigt léger sur le cuir. Tu apprécies le grain du manche, la finesse du cuir. Tu n’oses aller plus loin. Ce serait briser un tabou trop fort. Si ta peau doit entrer en contact avec lui, ce sera du fait de la volonté de ton Maître et de personne d’autre. Tu retires ta main. Tu lui jette un dernier coup d’œil. Oui, c’est lui. Tu sors de l’arrière boutique pour retrouver la vendeuse qui est désormais seule. Je souhaiterais un objet particulier, je peux vous le montrer, Madame ? Avec un sourire très doux, la Maîtresse te précède. Tu lui indiques l’objet d’une voix feutrée. Même en la présence de cette domina, il garde un aspect inquiétant. Elle s’en empare avec une assurance que dénote son habitude à manier de tels objets. Sans rien demander, elle le place dans un grand écrin plat prévu à cet effet et fait un emballage cadeau qu’elle place dans un sac en papier noir, anonyme.

L’angoisse

De retour dans la rue, tu respires un grand coup. Ton cœur bat à tout rompre. Tu as mille images qui défilent à toutes vitesses dans ta tête. Qu’ai-je fait ? Mais que va-t-il dire ? Comprendra-t-il ? Tu sens une bouffée de chaleur te monter aux joues, tes genoux semblent faillir sous le poids du sac. Tu aimerais bien boire un verre, mais le nœud qui s’est formé au creux de ton estomac t’interdit d’absorber quoique ce soit. Tu regardes le sac dans tes mains. Un instant, tu voudrais qu’il disparaisse. L’instant suivant, qu’il soit plus lourd encore, plus présent.

A peine rentrée, tu déposes le sac dans ta penderie. Je n’ai pas pour habitude d’aller fouiller dans tes affaires. Il est bien à l’abri. Tu te prépares pour mon retour. Tu n’essayes pas de me jouer la comédie. Tu sais que je verrais très vite qu’il y a un souci. Aussi, tu essayes de chasser toutes les mauvaises pensées qui t’assaillent. Puis, tu te résonnes. Même s’Il est strict et sévère, Il n’a jamais dépassé les limites.

Ce n’est pas ta première désobéissance. Tu as déjà été punie pour avoir contrevenu aux ordres. Parfois même très durement. Mais cela fait longtemps que tu ne l’avais plus fait. Tu ne crains pas un mouvement de colère, des cris et des insultes à n’en plus finir, une perte de contrôle, des coups dignes d’un homme violent. Tu sais que ce n’est pas Son genre, même s’Il peut avoir le verbe cinglant ou tremper Sa plume dans l’acide. Il n’y aura pas de punition sur le champ.

L’attente

Deux jours sont passés. Tu parviens à tenir malgré ton estomac qui proteste à la moindre bouchée. Tu répètes les mêmes phrases dans ta tête comme un mantra. Heureusement, ce soir tout sera fini. Je suis parti en clientèle et je ne rentrerais qu’en fin d’après-midi. Toute la journée, tu prépares la maison pour mon retour. Tu te prépares aussi. Il ne reste plus qu’une phrase dans ta tête alors que tu peaufine ton maquillage : Comprendra-t-il ? L’image est si puissante, mais si fragile. Elle pourrait être détruite d’un seul regard. Que je vois la désobéissance avant l’offrande et tout cela n’aura servit à rien.

Tu sors le sac de la penderie. Tu décides de défaire l’emballage. Sinon, il va croire que j’ai bêtement désobéi pour lui faire un cadeau quelconque. Il va refuser de l’ouvrir et me punir. Tu ouvres l’écrin. Tu ne peux t’empêcher de l’admirer. Il a l’air moins agressif, comme cela, au repos dans son écrin rouge sang. Lové sur lui-même. N’attendant que l’emprise d’une poigne autoritaire sur son manche. Tu n’oses imaginer son cri. Il doit plus ressembler à un feulement qu’à un hurlement. Le hurlement est pour la soumise. Car à chaque fois, tu imagines l’air qui s’échappe de ses poumons sous la morsure du cuir et la trace sanguinolente qui déchire sa peau fine.

Tu t’agenouilles à même le sol de la chambre, tu places l’écrin ouvert sur tes genoux. Ce soir, tu ne m’accueilleras pas selon l’habitude : A genoux, derrière la porte en me présentant ta laisse. Légèrement tremblante, tu te rends compte que tu viens de répéter la phrase à voix haute : Comprendra-t-il ?

Ritual…

Il existe une vieille chanson d’un groupe presque oublié, que les moins de 50 ans auront du mal à se remémorer, en espérant que les autres s’en souviennent encore. Ritual : Nous sommes du soleil extrait de l’album The ancient tales from the topographic ocean du groupe Yes. C’est avec cette chanson dans la tête que je suis rentré ce soir là. Surpris de ne pas trouver ma délicieuse soumise à sa place habituelle, je me débarrasse et j’entre dans le séjour : Deshna ?

Je suis dans la chambre, Maître. Un peu étonné, car surprise n’est pas son second prénom, je me dirige vers la chambre. Au moment où je passe la porte, tu es là, agenouillée, le regard un peu inquiet. Je sens que tu voudrais me dire 1001 choses, mais que les mots n’arrivent pas à tes lèvres. Tu lèves l’écrin pour qu’il cache ton visage. Bonne fête, Maître.

Il existe des moments magiques dans l’existence. Des instants qui peuvent durer le temps d’un clignement de paupière ou une éternité. Des situations où tout se décide, tout se gagne et tout se perd, comme un entrebâillement de porte trop vite refermée. Mes yeux se posent sur l’écrin pour y découvrir un objet étonnant. Pas par sa facture, même s’il est merveilleusement ouvragé, mais par ce qu’il représente. Je prends le fouet hors de l’écrin, son cuir est souple, son efficacité doit être redoutable.

A cet instant, tu baisses l’écrin. Vide, tu le déposes à tes côtés. Par signe de soumission, tu devrais baisser le regard, mais tu ne le peux pas, tu ne le veux pas. Si j’accepte ton cadeau, je pourrais exiger tout ce que je veux de toi. Tu ne promets pas de ne plus désobéir, mais d’être là chaque fois qu’il le faudra, de donner tout ce que j’exigerais de toi, d’offrir tout ce que tu possèdes et plus encore, de te donner corps et âme. Tu ne promets pas de perdre ton caractère, ni de faire taire la caprichieuse. Tu te donnes, tu t’offres.

Le don ultime, l’offrande de toi-même.

Tu me regardes : J’ai désobéi, Maître. Vous devez me punir. Je tends la main pour prendre la tienne et te relever. Je t’attire à moi, contre moi. Je passe mes bras autour de ta taille et je te serre si fort que tu regrettes presque ton serre-taille. Je t’embrasse longuement, passionnément, tendrement, infiniment. Lorsqu’enfin notre étreinte s’achève, tu vois mon regard. Tu ne sais pas qu’elle constellation y figure, mais il y a des étoiles. Des soleils qui brillent dans des galaxies lointaines.
Après, tu as vraiment l’impression d’être du soleil. Je m’assieds au bord du lit. Je ne peux plus vraiment retenir mes larmes. Je te prends sur mes genoux. Je te regarde. Tes yeux brillent. Oui, ma douce, nous allons fêter cela. Tu fais ton geste magique sur mon visage.

Depuis ce soir là, le fouet est enroulé sur ma table de nuit. Il ne marquera jamais ta peau. En me l’offrant de cette façon, tu lui as conféré un pouvoir infini. Il est à ton image. Il est ton symbole. L’utiliser pour te fouetter serait rompre la magie de ce pouvoir… et comme je ne touche aucune autre soumise que toi.

Merci deshna.

Texte écrit à ma demande par mon Maître "Designer"




ZONE ABONNES L’abonnement vous permet :

  • d’enregistrer et d’imprimer les textes publiés,
  • d’avoir accès à certains récits dont la teneur ne permet pas une large publication,
  • d’accéder à la galerie photos privée de RdF.
    Entrez votre pass abonné

Commentaires

Logo de Henic
mardi 13 septembre 2011 à 18h34 - par  Henic

J’aime bien les histoires de Deshna et Designer parce qu’elles sortent d’une brutalité que l’on trouve très (trop ?) souvent dans les récits BDSM. Ici, on perçoit bien que la relation de soumission (domination) qui les unit n’est pas faite seulement de punitions et de coups mais qu’elle est beaucoup plus fondée sur un respect mutuel et sur l’observation de règles librement consenties entre deux personnes qui sont véritablement unies.

Sites favoris


2 sites référencés dans ce secteur