L’hymne à la Lune-1

Die rache
jeudi 16 février 2012
par  Arkann
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J’étais fiévreux. Je suais abondamment. J’avais des hallucinations. J’étais malade.

Normal. C’était la pleine Lune.

Je résistais l’appel, canalisais cette férocité qui m’habitait pour trouver la force de résister. Silencieux, le dos accoté contre un mur de pierre dans une ruelle sombre. Attendre que ça passe. C’est tout ce que je pouvais faire.

Six hommes armés, une patrouille de la Garde. Je ne bougeais pas, perdu dans les ombres, mais ma face pâle, luisante de sueur… ils ne me virent pas, passèrent leur chemin.

Des douleurs intenses, qui me coupaient le souffle. Comme toujours lorsque je résistais, la souffrance était à en vouloir mourir.

Trois heures, environ. Quelques-unes de plus à tenir…

***

« Messire Kassariel… » La voix de l’aubergiste était distante, neutre, ne contenait pas cette bonhomie à laquelle il m’avait habitué. Normal. Je puais la sueur, j’avais l’air hagard, je titubais. Nul doute qu’il pensait que j’avais passé la nuit à boire, ce qui ne convenait absolument pas à cette conception que les gens se faisaient d’un chevalier, même un chevalier mal nanti. Si seulement il avait su... paladin, affligé d’un très léger cas de lycanthropie. Un petit problème de naissance. Comment aurait-il réagi ?

Même l’Ordre n’était pas au courant. Un petit secret, entre moi et Milikki.

« Dure nuit, » je lui dis, sans plus, montant à l’étage pour aller m’écrouler dans mon lit.

***

Un bain, même froid, ça ravivait son homme. J’avais assouvi ma faim sous le regard médusé de la serveuse. J’étais bien bâti, avec les muscles qu’un homme d’armes avait besoin pour manier épée et bouclier tout en portant une armure, mais j’étais relativement mince. Grand, mais sans plus. Des cheveux noirs, des yeux bruns, une face qui n’avait rien de bien remarquable. Je mangeais toujours comme trois, après les nuits de pleine lune, lorsque je ne me laissais pas aller. Il fallait bien nourrir la bête..

Frais et dispos, d’attaque. Un petit retard, en arrivant à l’écurie. Aramis, compagnon ineffable et fier, était en train de servir une jument d’humeur agréable, l’étalon ignorant le garçon d’étable qui tentait de l’en empêcher. Aramis, qui n’était pas qu’un simple cheval, qui était probablement plus intelligent que moi, ne laissait jamais une porte ou une clôture l’arrêter dans sa noble quête pour améliorer les gènes de l’espèce équine. En chaleur ou pas, rares étaient les juments qui le refusaient… ou ne montraient pas les résultats de la saillie dans les mois suivants.

Le garçon se tourna vers moi, l’air atterré. « Laisse-le. C’est un cheval de bataille. Il va t’arracher un bras avant de te laisser l’empêcher. » Aramis ne ferait jamais de mal à un innocent, mais, ostensiblement, ce n’était qu’un cheval de guerre, irascible et dangereux. Je mis une pièce dans la main du garçon, et sa face s’illumina. Il était tôt, il aurait peut-être le temps de faire disparaître les traces, et le client ne saurait rien pour un temps encore… et serait loin. Et en sortirait de toute manière gagnant.

Regarder un étalon des dimensions d’Aramis se taper une jument était un spectacle étrangement aguichant. Il prenait son temps, contrairement à une bête, faisait durer son plaisir, et la jument y trouvait aussi son compte. Un peu bruyant, mais…

La séquence finale, puissante, puis ce langoureux retrait. Aramis adorait se montrer, penser que sa lente sortie qui n’en finissait plus de finir rendait tout autre mâle jaloux. 19 mains au garrot, il pouvait toujours rêver : il avait un membre en proportion à sa taille, et je n’avais pas à avoir honte de mes dimensions respectables. La tête aplatie de son pénis sortit avec un bruit de succion obscène, accompagné d’une cascade de fluides visqueux. Il me regardait du coin de l’œil, tout amusé.

Il me sembla un peu contrarié lorsque je refusai de faire quelque commentaire que ce soit. Une crinière noire, une robe gris ardoise, mouchetée de taches noires à la croupe, des sabots qui avaient les dimensions d’une assiette. Il avait fière allure.

Quelques minutes plus tard, nous étions en route.

***

Je n’avais aucun but, aucune direction, j’allais, tout simplement. Les gens avaient une perception des Paladins que nous étions toujours en mission, ce qui n’était en fait que rarement le cas. Des fois, je sentais comme une pression pour aller dans une direction, mais c’était rare. Ça ne voulait pas dire que je n’avais rien à faire : il y avait trop d’injustices dans ce bas monde pour qu’un Paladin puisse chômer bien longtemps.

La plupart des gens pensaient qu’un Paladin réglait les problèmes avec son épée. C’était parfois vrai, mais j’étais surtout appelé à utiliser mon jugement -inquiétant !- pour trouver la vérité, arbitrer des disputes, et trouver des solutions. En tant que Paladin, impartial, choisi par Milikki elle-même, doté de certains pouvoirs pour m’aider dans mes tâches, j’avais le poids requis pour imposer la paix aussi bien entre des rois en guerre qu’entre deux paysans se disputant pour des droits de pâturage. Les premiers étaient souvent moins intraitables.

Mon travail était donc moins excitant que bien des gens le supposaient. Je savais ce que voulait dire ’excitant’, et je n’avais aucun problème avec l’ennuyeux et le routinier.

Moi et Aramis faisions route vers la vaste et sauvage forêt de Sampol. Des rumeurs persistantes voulaient qu’une licorne y avait été aperçue. Fort improbable : on ne voyait une licorne seulement lorsque celle-ci le souhaitait, ce qui était fort rare. Mais comme aller là ou ailleurs revenait à la même chose pour moi..

Aramis imposait un pas rapide et impatient. Il voulait trouver la licorne, et la séduire. Il rêvait en couleurs, mais il avait droit à ses fantasmes. Pour ma part, j’avais une seule fois vu une licorne et la rencontre avait presque provoqué ma mort.

Le ciel était bleu, la route était belle, que pouvais-je vouloir de plus ?

Un peu de tranquillité ? Une route libre des forces de l’Inquisition ? Un Inquisiteur autre que l’Inquisitrice De Longhi ?

Arrivant par l’arrière, probablement de la route de Braïr que j’avais croisé il y avait moins d’une heure, paraissant fort pressés, De Longhi et sa bande de joyeux lurons, qui n’étaient jamais aussi heureux que lorsqu’ils avaient quelqu’un à torturer. Je guidai Aramis sur le bord du chemin, espérant sans réel espoir. Comme prévu, elle ralentit puis s’arrêta, ses moines guerriers faisant de même.

"Paladin. Aramis."

Aramis répondit par un joyeux hennissement. Et pourquoi pas ? Il s’en foutait, lui, ce qu’elle m’avait fait avant que je ne devienne Paladin. Il n’avait connu que ses bons côtés, lui, ses mains, sa bouche.. Trahi par mon propre destrier, sans la moindre hésitation ou le plus petit remords. Je soupirai. Dur, d’être Paladin, des fois.

"Inquisitrice." Un ton correct, sans plus.

Elle était très probablement la plus attirante femme que j’avais eue l’infortune de rencontrer. Son arrogante confiance en elle-même, sa certitude qu’elle suivait le droit chemin, sa force, son intelligence, sa compétence. Une femme capable de prendre soin d’elle-même, de se sortir des pires situations. Ce qu’elle voulait, elle prenait, sans demander, sans se soucier.

Une femme digne de la Morsure.

Elle était belle, pas très grande, de longs cheveux noirs rassemblés en une queue de cheval, de beaux yeux bruns, une face en amande qui lui conférait un air exotique, et le reste du corps parfaitement balancé. Elle portait des bottes montant presque jusqu’aux genoux, des pantalons bruns, une tunique grise, et la sinistre cape noire de sa fonction, attachée à l’avant par une lourde broche en or portant le sigle de l’Inquisition. Sur sa tête, un vieux tricorne en cuir qui avait connu trop de pluie.

À sa selle était accrochée une rapière, son arme de prédilection.

"J’imagine que vous faites route pour Söm ?" Elle me demanda.

"Non, pourquoi ?"

Elle eut brièvement l’air surprise. "Il y a un nid d’hérétiques. On parle aussi d’une bête énorme qui ravage la campagne environnante, décime les troupeaux, et dévore les paysans. Il pourrait s’agir d’un démon. Si votre mission courante le permet, votre aide serait grandement appréciée."

Merde ! La dernière chose que je voulais, c’était de respirer le même air que cette vipère. Mais s’il y avait vraiment un démon, même mineur, elle n’avait pas ce qu’il fallait pour s’en prendre à lui, alors que moi oui.

"Je m’occupe de la bête. Je vais prendre de l’avance."

"Parfait. Tentez de ne pas vous faire remarquer : j’aimerais bénéficier d’un certain effet de surprise." Elle se pencha pour caresser le doux museau d’Aramis. "Prends soin de toi et de ton Paladin, Aramis." Puis, se redressant, s’adressant ostensiblement à moi, "nous nous retrouvons à Söm." Par la manière avec laquelle Aramis releva ses oreilles, je savais qu’il avait compris le message. Serrant les dents, ne disant mot, je donnai le signal et Aramis s’élança aussitôt, choisissant le galop.

À partir d’ici, un bon cheval pouvait atteindre Söm en un peu plus de trois jours si son cavalier poussait, acceptait le risque de blesser ou tuer l’animal. Aramis, si nous ne nous arrêtions pas, pouvait nous y mener avant l’aube, demain. Une dure chevauchée, mais nous avions tous les deux connu pire. Déjà loin derrière, De Longhi et ses hommes reprenaient leur chevauchée.

Aramis faisait tout le travail, je n’étais que passager. C’est lui qui choisissait la vitesse, quand quitter la route pour prendre un raccourci. Tout ce que j’avais à faire était de garder la meilleure posture possible afin de l’épargner autant que possible et de bouger avec lui. Les lieues se faisaient dévorer sous ses sabots, par sa longue foulée. Quand on nous voyait arriver, les gens nous ouvraient le chemin, car un cheval se déplaçant à une telle vitesse ne pouvait vouloir dire autre chose qu’un Paladin pressé approchait. Le clergé enseignait aux fidèles à quel point il était important d’assister Paladins et Inquisiteurs, et de petits gestes pouvaient prendre toute une valeur.

Un commerçant m’informa de ce qu’il savait lors d’un rare arrêt pour abreuver Aramis. S’il disait vrai, la situation était plus sérieuse que prévue. Deux heures de plus, et nous rencontrions les premiers réfugiés, ceux qui le pouvaient fuyant la région. La nuit tomba, et il nous fallait faire attention, car il y avait des gens, des charettes, du bétail arrêtés pour la nuit. Doublement prudent : vers deux heures du matin, passant au travers d’un campement de réfugiés, une sentinelle à l’imagination trop fertile nous décocha une flèche qui manqua de peu. Je ne portais pas d’armure, et Aramis était une grosse cible.

Puis, une bonne heure avant l’aube, nous y étions. L’étalon s’était démené, et c’était à moi de jouer. On m’avait parlé de la région au sud-ouest de la ville et c’est là que nous étions. Les fermes étaient désertes, le bétail absent. Au loin, je pouvais entendre le bêlement de moutons et des chants liturgiques. Je pouvais les imaginer, entassés dans l’église, avec tout ce qu’ils avaient de plus précieux, priant et chantant pour leur salut.

Rapidement, je me dévêtis, plaçant mes vêtements dans l’un des sacs de cuir attaché au harnachement d’Aramis. Après, je le déchargeai du peu d’équipement dont j’allais avoir besoin. Puis, après de rapides adieux, il se dirigea vers l’église où l’on saurait prendre soin de lui. J’avais pris soin de révéler l’insigne argenté de l’Ordo Gladius afin qu’il n’y ait aucun doute sur la vraie nature d’Aramis. J’avais écrit au prêtre une courte note lui demandant sa discrétion. Il était douteux que cela suffise, mais peut-être arriverait-il à empêcher la nouvelle de se rendre jusqu’à la ville. Une chance sur deux, pas plus.

Je m’asseyai sur le sol, mouillé par la rosée, ignorant les frissons me parcourant, et fixai dans ma tête l’image de cette bête que j’allais devenir. Un loup-garou, grand de presque deux mètres et demi, baraqué, gris comme le brouillard, fourrure du museau encore noire de jeunesse. Je sentais la bête se réveiller, furieuse d’avoir été gardée enchaînée si longtemps. Garder un peu de contrôle allait être difficile.

Et puis j’y étais. La transformation, douloureuse, comme toujours, une agonie qui.. mais.. Bah ! Seul un humain efféminé pouvait faire tant de cas pour si peu. La douleur existait pour se faire pisser dessus !

Une odeur familière et forte emplissait mon nez, celle d’Aramis. Ça c’était du cheval ! Il sentait bon, était particulièrement appétissant. Un ami, donc je ne lui ferais jamais de mal, mais qui pouvait me reprocher d’imaginer le goût de sa viande crue et bien saignante dans ma gueule ?

Le vent m’apportait l’odeur d’une grande quantité d’humains, entassés dans leur église comme des moutons dans leur enclos, se pensant en sécurité. De la même direction provenaient les chaleureuses odeurs de bétail de toutes espèces, promettant choix et satiété, me rappelant à quel point j’avais faim, combien de temps depuis mon dernier repas convenable. Malheureusement, de la même direction me provenait l’odeur d’Aramis. Celui-là, je me demandais parfois pourquoi je le considérais comme un ami : chaque fois que je m’approchais d’un troupeau, il me ruait. Quelle sorte d’ami vous laissait mourir de faim quand il y avait tant à partager ? Un veau, tout petit, maigrelet, était-ce tant demander ?

Bah ! La Lune était belle, allait se coucher dans peu de temps. Je levai mon museau bien haut et chantai ma joie. J’avais faim, oui, mais j’étais enfin libre, et je trouverais bien un mouton égaré. Il y avait toujours un mouton égaré.

Au loin, très loin, une meute de loups me répondit par leurs hurlements. Trop loin pour leur rendre visite. Une petite louve, ça aurait été bien..

Beaucoup plus proche, les humains avaient arrêté de chanter. J’entendais des bébés brailler, des enfants pleurer, et les bruits du bétail rendu nerveux ; je laissai passer un autre hurlement. Cette fois, quelque chose d’abominable me répondit, ressemblant au ricanement d’une hyène.

Démon !

La rage montait en moi. Je me levai afin de pousser mon plus furieux et sauvage hurlement pour laisser savoir à cette saleté que j’allais pisser sur son cadavre putride. Il n’y eut pas de réponse, cette fois.

À mes pieds, ce que m’avait laissé mon humain pour accomplir la tâche. Je ne lui en voulais pas de se servir de moi ainsi : faible et efféminé comme il l’était, il n’y pouvait rien.

Un pagne inutile que je laissai, une ceinture avec des sacs de cuir, que je fixai à ma taille, et un baudrier avec mon épée, une vraie épée, pas un jouet à peine adéquat pour faire peur à un lièvre. Non. Une vraie arme, que je pouvais manier d’une main ou des deux. Une arme longue de presque trois mètres. Elle cognait dur. Elle arrachait. Elle tranchait, aussi.

Je fixai le baudrier en place, me laissai tomber à quatre pattes, et partis à la chasse.

***

Le démon était mort. J’avais pissé partout sur le corps de la chose. Le démon m’avait donné du fil à retordre. Il m’avait même fait mal, ce salaud. Je l’avais blessé dès le premier matin, mais il s’était enfui. Je l’avais finalement coincé en vue des murailles de la cité. La nuit venait de tomber.

J’avais faim. Plusieurs jours de traque intense, avec un seul petit lièvre il y avait de ça deux jours. Mais j’avais aussi faim, d’une autre sorte de faim, et les moyens de l’assouvir. Je suivais mon nez depuis plus d’une heure, remontant à la source de l’odeur, excitante et familière. J’étais maintenant proche, très proche.

J’arrivai sur les berges d’un petit lac. Et de l’autre côté, nue, lavant des jours de poussière et de boue, ma proie de ce soir, celle que j’appelais Kra-nyssa, la porteuse de douleur. La douleur était faite pour être pissée dessus, mais, entre ses mains, c’est la douleur qui m’avait fait ça.

Je contournai le lac, m’approchai silencieusement. Pas que ma présence allait être une surprise pour elle : les cris de douleur et d’effroi du démon, mes hurlements, avaient assurément porté jusqu’ici. Humant l’air, je pouvais aisément déceler l’état d’excitation avancé de son corps, ainsi que l’odeur du gigot d’agneau qu’elle avait pris soin d’apporter. Précaution, ou courtoisie ? Courtoisie, je décidai : si je ne l’avais pas tuée à notre première rencontre, alors que ma rage contre elle était meurtrière, je n’allais pas le faire maintenant. Elle avait commencé à s’acquitter de sa dette envers moi, et elle se doutait assurément que j’avais des raisons bien plus importantes pour la laisser vivre. Elle avait gagné mon respect. Pire encore, elle avait allumé un vif désir en moi. Un jour, j’allais lui donner la Morsure afin d’en faire ma louve. Un jour.

Je parvins à atteindre ses effets personnels sans me faire repérer. Elle ne se rendit compte de ma présence que lorsque je commençai à dévorer le gigot. Je m’étais placé de manière à ce que la lumière de la Lune reflète dans mes yeux pour l’effet lumineux et menaçant. Je savais que ça ne l’effraierait pas, mais ça me faisait paraître encore plus comme une bête sauvage, et je savais combien ça l’excitait. Comme de fait, son odeur devint plus forte, plus intense.

Je la dévorais des yeux, car ça aussi la faisait frémir. Mes critères de beauté différaient de ceux de mon humain, qui lui la considérait comme étant très belle. Physiquement, elle était bien trop légère et fragile, j’aurais bien aimé une poitrine beaucoup plus volumineuse, ainsi que des hanches plus amples. Mais pour le reste, elle était parfaite. Son odeur.. sa voix.. sa personnalité..

Elle me regardait, sans dire un mot, sans bouger, sachant qu’on troublait la paix d’un loup qui mangeait à ses risques et périls.

Le gigot était succulent et l’os contenait de la moelle. La viande en premier, puis je cassai l’os entre mes dents pour lécher et sucer la moelle. C’était un repas léger, mais suffisant. Je me léchai les doigts et les babines, puis tournai mon attention vers son équipement, le reniflant. Malheureusement, aucune nourriture cachée dans une besace, pas de ration de campagne, rien.

Je la surveillais du coin de l’œil : à trois mètres de moi, je pouvais aisément l’atteindre d’un bond. Prétendant chercher de la nourriture, je me préparai à fondre sur elle. Sa rapière, une arme à peine suffisante pour bien trucider une souris, était sur la berge, mais pas son stylet. C’était une arme en apparence ridicule, mais on m’avait une fois transpercé d’une telle arme, et j’avais trouvé l’expérience fort déplaisante. Gardait-elle l’arme pour moi, au cas où, ou bien pour un éventuel mécréant voulant profiter d’une femme nue et vulnérable ? Un peu des deux, probablement.

Mon bond fut une surprise manquée. Elle s’attendait toujours à n’importe quoi de ma part, sur ses gardes. Surprise ou pas, le résultat était le même : je l’attrapai avec mes longs bras, l’enserrant contre ma poitrine, ses bras prisonniers des miens. Et je l’entraînai sous l’eau avec moi. L’eau était peu profonde, le fond vaseux, mais mon corps n’avait pas beaucoup de gras et je flottais à peine mieux qu’une roche. Aujourd’hui, ça faisait bien mon affaire.

La femme que je tenais dans mes bras, lorsqu’elle avait soumis mon humain à la Question, avait souvent fait usage d’une technique de torture consistant à plonger la tête du supplicié sous l’eau, de manière répétée. Une suffocation contrôlée, des dizaines de séances pendant la durée de sa captivité. Je pouvais dire ce que je voulais de mon humain, mais il m’avait rendu très fier et honoré de l’avoir pour humain. Il n’avait pas parlé, avait gardé le secret, malgré des mois de sévices. J’allais, un jour, partager avec lui tous les souvenirs de ce que j’avais fait, la vengeance extraite pour lui.

Ce soir, Kra-nyssa allait goûter à son propre remède..

Son stylet était dans un étui attaché à son mollet droit. Je ne trouvai aucune autre arme et la libérai de son arme en la glissant hors de son fourreau. Un moment pour prendre un peu d’air et lancer l’arme sur la berge, puis je me concentrai sur les choses sérieuses..

Je la tournai dans mes bras, jusqu’à ce que je sente ses petits seins contre ma poitrine. Allait-elle comprendre la nature du jeu ? Aucune crainte. À bout de souffle, mais toujours en contrôle, elle pressa son sexe contre le fourreau de mon pénis, réussissant à libérer la pointe de mon érection et à la prendre en elle. Elle battait des jambes, se tortillait, afin de glisser plus de ma chair en elle. C’était loin d’être facile pour elle, et ses efforts frénétiques brûlaient rapidement son oxygène. Elle me mordit durement une épaule pour me rappeler qu’il lui fallait respirer. C’était douloureux, mais facile à ignorer : j’avais beaucoup de plaisir, son corps travaillant désespérément le peu de ma chair enfoncée en elle.

J’avais les souvenirs de Kassariel pour me guider, juger du bon moment. Je la laissai faire surface, la femme respirant l’air goulûment, bruyamment. Un souffle, deux, trois, quatre. Mon corps l’alerta de ce qui allait se produire au prochain souffle.

"Non !"

J’ignorai son cri, lui replongeai la tête sous l’eau.

Elle savait quoi faire, savait qu’il lui fallait me donner de bonnes sensations si elle désirait être récompensée par quelques bouffées d’air.

Mon pénis était beaucoup plus canin qu’humain : la tête était pointue, facilement accommodée par son corps, mais il s’élargissait rapidement pour atteindre une telle grosseur qu’il me fallait toujours utiliser la force pour bien la pénétrer. Je n’arrivais jamais à enfoncer toute ma chair en elle, ma verge trop longue pour sa chatte. Ce soir, ce n’était pas moi qui avais à me démener.

Sous l’eau, son corps cherchant à flotter, et avec ses mouvements restreints par mes bras, sa tâche était difficile. Et profondément plaisante : pour me faire s’enfoncer en elle, elle devait me donner des coups de reins, m’agripper de ses muscles. Je n’allais pas la noyer, mais la rendre au bord de l’évanouissement ? Sans aucune hésitation.

Je la laissai faire surface plus tôt en guise de récompense, car ce qu’elle faisait était plutôt bien. Je lui laissai même plus de temps en surface, car elle n’arrêtait pas, continuait à bouger, à me stimuler. Notre première séance allait être douce et facile, mais je préparais déjà la suivante, examinant comment elle respirait. Je savais que j’allais délibérément lui faire boire la tasse à au moins une reprise. Kassariel ne se rappelait jamais de ce que je faisais, sauf lorsque je le voulais. Un jour, j’allais lui faire cadeau de mes souvenirs, et il saurait que je l’avais vengé, lui qui ne pouvait le faire, ses voeux l’empêchant d’agir contre un autre agent de Milikki.

La tête sous l’eau, encore. Une longue minute à savourer les efforts de la femme, efforts qui devenaient de plus en plus désespérés et frénétiques. Si étroite, si forte ! Une cruelle morsure à la poitrine me sortit de mon moment de distraction. Il y avait un côté plus sombre, sauvage et primitif de moi qui désirait lui laisser la tête sous l’eau jusqu’à ce que je jouisse, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Une vengeance finale profondément satisfaisante. Elle l’avait mérité, de nombreuses fois..

Sa respiration désespérée, sa toux profonde, les sons d’une personne échappant de peu à la noyade, me surprirent. Je l’avais laissé remonter !?! Elle pouvait lire cette surprise sur mon visage, elle savait que sa vie, dans le feu du moment, ne tenait qu’à un fil. La peur se lisait dans ses yeux. Ça et une excitation sans fond, un désir terrifié, un plaisir sans bornes. Elle jouissait, puissamment, se servait de moi pour son plaisir. Qu’elle était délicieusement tordue !

Fouetté, excité, je lui replongeai la tête sous l’eau. Elle l’avait mérité, elle était consentante, et ce n’était pas la première fois qu’elle s’offrait ainsi à moi, en pleine connaissance de cause.

Les sensations qu’elle me donnait étaient puissantes, mon plaisir s’intensifiait rapidement, et la Lune était magnifique. Je levai mon museau vers le firmament et exprimai en un hurlement langoureux mon appréciation de ce moment parfait..

A SUIVRE



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