Le prédateur

dimanche 29 octobre 2006
par  Colette
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Je me présente à vous je m’appelle Colette

Je travaille dans une banque, mon poste est adjointe administrative.

Un poste on peut dire d’homme. Les responsabilités vont avec le salaire.

Je vous conte mon histoire à la troisième personne ce qui, je crois, va être plus facile à écrire car je ne suis pas une écrivaine à succès. Car cet homme m’a fait découvrir une partie de moi qui était inconnue. Vous la raconter va peut-être me soulager la conscience et mes démons.

*****

Elle ne tient plus en place, elle l’a vu entrer dans le hall à travers le vitrage de son bureau. Et ce client assis face à elle qui n’en finit pas de demander des précisions sur ses placements, ses possibilités de découvert, la gestion de son portefeuille … elle a envie de lui balancer son dossier en travers du portrait à cet emmerdeur.

Là-bas dans le hall, elle l’a reconnu tout de suite, pourtant elle ne le connaît pas vraiment (juste son nom et prénom : Serge). Il y a deux semaines il est venu ouvrir un compte, c’est elle qui l’a reçu. Tout de suite elle a senti qu’elle avait un prédateur en face d’elle. Sa façon de planter son regard dans le vôtre, ses phrases précises, sèches, jetées comme des ordres, ses silences avant de répondre avec toujours ces yeux qui vous guettent, vous épient comme aux aguets. Elle avait ressenti comme un choc, un sentiment de peur, de panique et en même temps ce bouleversement dans son ventre, comme une attirance physique, un désir incontrôlable.

Il était revenu il y a quelques jours et avait insisté pour être reçu par elle. Et toujours ce sentiment de frayeur et d’attraction qui l’étreignait. Il s’était montré plus convivial, plus direct allant jusqu’à la complimenter sur sa féminité, son élégance.

Et de nouveau il était là, tournant dans le hall, s’intéressant à des affichages. Puis elle le vit s’approcher de son box, lui faire un signe. En s’excusant auprès de son client, elle se précipita :

— Je n’en ai plus pour longtemps, Monsieur, je vous reçois tout de suite après.

— Attendez, je n’en ai que pour une seconde. Je viens vous inviter à dîner ce soir, que diriez-vous de 20 heures ici ?

Elle hésite, il va trop vite en besogne, elle le connaît à peine… mais il la fixe, impérieux, elle bredouille un oui merci à peine audible. Sans rien ajouter, il tourne le dos et disparaît.

Elle a un mal fou à dissimuler son trouble en reprenant sa place. Comment a-t-elle pu accepter si vite ? Se croit-il en pays conquis ? La prendrait-il pour une chienne que l’on siffle ?

Oui, elle était soumise dans l’âme, oui, elle aimait la domination, les vexations, les insultes même, être pieds et poings liés à la merci du Maître !!! Mais pas du premier venu, pas sur un claquement de doigt !!! Son Maître, elle le choisissait, l’élisait, elle définissait les limites à ne jamais dépasser.

Après tout, elle pouvait parfaitement ne pas être au rendez-vous, elle ne s’était pas engagée sur l’honneur. Il se prenait pour qui celui-la ? Elle ne serait pas au rendez-vous, voila tout et s il revient, elle lui riverait son clou.

Elle regarda l’heure, encore 5 minutes et la journée terminée. Elle ne traînerait pas selon son habitude et filerait chez elle, 2 heures ne seraient pas de trop pour se préparer. Ce n’est qu’en arrivant à l’appartement qu’elle réalisa !! Mais enfin, que lui prenait-elle ? Elle avait décidé de ne pas y aller, non ? Alors pourquoi cette hâte ? Ces questions sur ce qu’elle allait mettre ? Elle devenait folle, elle ne voulait pas y aller et malgré tout elle se préparait, fébrilement, faisait couler un bain, inspectait sa garde robe, choisissait son parfum … mettrait-elle une culotte ou non ? Oui quand même, surtout avec la mini jupe de cuir noir et ses bas résille.

19h30, il fallait qu’elle parte, en priant pour que la circulation ne la bloque pas. Elle griffonna un mot pour son mec "ne m’attends pas, je dîne avec des copines, débrouilles toi avec le frigo" et se jeta dans sa bagnole.

Il est la, elle l’a vu alors qu’elle se garait un peu plus loin, il fume une cigarette, appuyé à sa chiotte, non pas une chiotte, une BMW, le dernier modèle sûrement.

Elle respire à fond pour calmer son émoi, elle dégrafe son corsage d’un bouton pour se rendre plus aguichante, elle a de très beaux seins et elle le sait. Petit coup d’œil à son miroir de courtoisie, retouche rapide. Elle va le vamper le grand chasseur, lui faire oublier sa morgue, le faire bander et ne plus penser qu’à ça.

D’un pas mesuré elle s’approche. Un léger sourire aux lèvres, il la regarde arriver, son regard voyage, l’examine de la tête aux pieds, sa bouche dessine un pli appréciateur.

— Wouahou, sensationnel, rien à jeter !!!

Elle rougit un peu de plaisir, elle a fait tilt. Il reprend :

— J’ai réservé une table du coté de la Place Dauphine, ça te va ? Monte, c’est à moins de 10 minutes.

Maintenant il la tutoie !! Fugitivement elle a envie de répondre "oui si tu veux" pour lui montrer qu’elle n’est pas sa chose mais sa gorge est serrée et puis il n’attend même pas de réponse. Tête baissée elle contourne la voiture et s’installe près de lui.

Le resto est très select, leur table est dans une sorte de petit box qui les isole un peu du reste de la salle. Il se révèle un convive très attentionné et attentif à ses moindres désirs. Elle n’est guère habituée à fréquenter des établissements aussi chic et il la guide très gentiment avec tact sans avoir l’air de la conseiller. C’est un maître assurément mais un maître doublé d’un gentleman accompli.

Tout ce passe bien jusqu’au dessert, elle est sur un petit nuage quand il lui demande :

— Tu mets quoi comme petite culotte ?

Elle redescend brutalement sur terre, prise de court, elle bredouille "string".

— Fais moi voir ça.

Il sourit toujours, sa voix est douce comme s’il distillait des mondanités mais sont regard a changé, s’est durci, des reflets métalliques le traversent comme des flashes.

Elle sent la panique lui bloquer la poitrine. Est-il devenu fou ? Ici dans le restaurant, devant tout le monde !! Mais son regard ne flanche pas, ne cille pas, il la fascine. Elle se détourne légèrement pour éviter que toute la clientèle ne se régale et lentement elle fait glisser sa jupe et entrouvre ses jambes.

Son sourire s’accentue tandis qu’il braque ses yeux sur l’entrecuisse. Elle est morte de honte, voudrait se lever, fuir … mais reste la, offrant à qui veut le voir le renflement de son pubis que ne dissimule à peine le voile léger de son cache sexe.

— Charmant, tu as de très belles jambes mais vois-tu, je préfère de beaucoup quand il n’y a pas de culotte.

Elle sursaute, resserre ses genoux, elle a compris, sa préférence est un ordre !!! Il veut la mortifier, la pousser hors de ses limites. Ha oui … il croit qu’elle va se dégonfler, se cavaler, battre en retraite !!! "C’est toi mon bonhomme qui va flancher, que crois-tu, ce ne sera pas une première pour moi".

Elle se lève en hochant la tête à son attention et en tortillant du popotin se rend aux toilettes. Enfermée dans une cabine, elle ôte sa culotte, la hume, l’examine d’un œil critique, elle ne la porte que depuis à peine 2 heures mais on ne sait jamais (bon ça va pas d’odeur suspecte), elle en profite pour pisser un coup et se torche soigneusement la moule. Un petit coup d’œil au miroir et tenant le string bien serré dans son poing elle rejoint sa table.

Le serveur est là qui prend la commande du dessert. Serge la regarde droit dans les yeux et lui tend la main !! Il est fou il veut le slip, il doit attendre que le serveur reparte, non !! Son regard ne la quitte pas, elle se liquéfie, le rouge de la honte lui brûle visage mais elle obéit et aussi discrètement que possible, elle tasse le bout de chiffon dans la main tendue.

Il la prend mais au lieu de la cacher dans sa poche, il l’étale devant lui en la lissant sur la table du plat de la main. Elle croit défaillir, voudrait disparaître. Mieux, il la reprend et la passe sous son nez avec une mimique inspirée puis s’adressant au serveur s’exclame : "jolie n’est-ce pas ?"

— Heu … certainement … oui Monsieur, très… heu … très jolie assurément.

— On fait de très belles choses maintenant, regardez-moi cette dentelle si délicatement ouvragée.

— Heu… certainement … Monsieur très, très heu… délicat.

— Quand je pense que ces merveilleuses babioles ne sont faites que pour être cachées, je trouve ça très injuste.

— Heu ! Certainement ! … Monsieur très, très … heu !… Très.

Le garçon a l’air, lui aussi, de ne pas savoir où se fourrer. Et l’autre qui n’en fini pas de tripoter mon slip, l’air tout à fait a l’aise.

Elle a le nez dans son assiette, se demandant combien de temps cela va durer. Finalement il commande une banane flambée et le garçon s’enfuit sans même prendre le temps de noter sur son calepin.

Le repas se termine plus calmement et il ne cherche plus à l’humilier.

Sur le parking, il la plaque contre la portière de l’auto, lui passe la main entre les cuisses et lui empaume le sexe.

— Es-tu d’accord pour l’hôtel ?

Bien incapable de lâcher le moindre mot elle acquiesça d’un mouvement du menton, réponse inutile, d’ailleurs, car la mouillure dont elle commençait à couler sur la main baladeuse, valait tous les oui du monde.



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Commentaires

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mardi 24 juillet 2012 à 16h06 - par  AngeM78

Superbe texte. Bien écrit.
Scénario assez réaliste.

A quand la suite, Colette ?

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