Mémoires d’André Sabatier chap 21 à 27

lundi 8 août 2005
par  Richard Tuil
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CHAPITRE XXI.

J’étais encore au lycée, ce jour de rentré des classes, le jeudi 8 septembre 1983, et j’ai retrouvé Richard Tuil et Fabrice Blasco, avec qui Mirabelle et moi étions au collège des Touleuses, en 6e. Nous étions tous les trois en 1ère A1A ; et avec M. Beverraghi, nous étions censés faire de gros progrès en vue du BAC de français en fin d’année.

Alors, il s’installa entre Mirabelle et moi, une longue période de lettres et de silences qui pouvaient durer jusqu’à un mois. Ma mise à l’épreuve était tortueuse. Mais cette année—là, j’avais le visage de Mirabelle en face du mien à chaque instant, et c’est pourquoi je lui fus fidèle, et à toute épreuve.

La preuve : il y avait dans le lycée de Cergy deux jeunes femmes blondes, l’une aux yeux bleus, grands et en amandes, comme deux yeux de chats ; elle se prénommait Bénédicte, et je pense encore qu’elle avait le plus joli minois du lycée. Quant à la seconde, elle avait les cheveux courts, blonde aussi, mais elle était plus sexy que Bénédicte... eh bien ? Rien ! Je les regardais, je les dévorais des yeux, mais je voyais Mirabelle, ma chère fée, dans tout, dans rien. Je m’étais persuadé qu’elle possédait quelque pouvoir secret, et qu’elle était là avec moi.

J’avais réussi l’épreuve, et lors de notre conversation téléphonique du 14 juin 1984, je lui confirmais mon attitude au lycée : "J’y étudie ! Je suis sérieux ! On se marie quand ?" demandais—je comme un enfant impatient de recevoir sa récompense ; "pas encore !" avait dit Mirabelle.

Pourquoi me faisait—elle cela ? Nous avions près de 19 ans, et je n’avais pas encore eu l’autorisation de déposer le dossier du mariage à la mairie.

— Qu’est—ce qui ne va pas ? demandais—je.

— Je veux qu’on passe le BAC. Après on pourra construire quelque chose de solide.

— Oui, mais on aura déjà 20 ans. Ce seront deux années de perdues.

— Peut—être, mais il ne fallait pas me trahir !

J’étais choqué. Je la savais "droite", mais je pensais qu’elle était au moins un peu miséricordieuse.

— Pitié ! criais—je encore. Marions—nous !

J’insistais lourdement, et je pensais avoir raison. Seuls les sentiments comptaient pour moi ! C’est vrai que Cathy et Valérie étaient sexy, désirables, mais je ne les avaient jamais aimées.

"On se mariera quand tu auras grandi !"

Puis elle raccrocha le combiné. Je restais longtemps encore un long moment à entendre le bip—bip du téléphone, n’en croyant pas mes oreilles.

C’est vrai qu’elle mettait tous les torts de mon côté, et je ne trouvais pas ça très sympathique. Mais qui demande à une femme d’être sympathique ? Moi !

Après cela, je restais coi un bon quart d’heure.

J’avais tellement envie de me marier avec elle que j’en oubliais le reste.

Mirabelle a eu son BAC de français. Moi, j’avais l’esprit tellement torturé, que je ne fis qu’un score médiocre à cette épreuve. Mirabelle était fière d’elle—même, mais pas de moi.

— Qu’est—ce que tu as fait ? me demanda—t—elle quand elle vint à Cergy au mois de juillet 1984.

— Eh bien, je n’ai pas réussi l’écrit car j’avais de la fièvre.

— De la fièvre ?

— Oui, et puis tu es toujours présente. Je passe mon temps à penser à toi. Ta pensée m’obsède jour et nuit. Alors, on se marie quand ?

— Tu es vraiment lourd, André. Je t’ai déjà dit l’année prochaine, si tout va bien.

— Si tout va bien ?

— Oui, si tu restes fidèle à ta parole, celle que tu m’as donné le dimanche 8 octobre 1978.

— Ouah ! Tu te souviens encore de cela ?

— Oui André, je m’en souviens, et même si à l’époque j’hésitais encore depuis trois semaines entre l’amour et l’amitié avec toi, ce sont les paroles que tu m’as dites ce jour—là, et qui sont resté gravées dans ma mémoire, car c’est ce jour là que moi, je suis tombée amoureuse de toi.

— Et tu ne me les as jamais rappelées, lui dis—je en guise de reproches.

— Je n’avais pas cru que tu les avais oubliées.

— J’avais peur que toi, tu les aies oubliées.

— Je n’ai rien oublié de ce jour merveilleux, mais je ne savais pas si toi tu t’en souvenais encore.

— Toi alors !

— Quoi ?

— Ecoutes André : je ne suis pas sûre que tu sois digne de mon amour. Oui, on s’entend bien c’est vrai. On s’aime aussi. Mais est—ce suffisant pour construire un foyer ensemble ? Je veux que pour moi tu sois prêt à tout, et surtout que tu sois toujours là pour moi. Si j’ai besoin de toi, tu dois répondre immédiatement à mon appel.

— Tu veux un esclave pour mari ?

— Non ! Je veux quelqu’un qui soit heureux avec moi, et heureux de ce qu’il fait avec moi. Je veux des enfants André ; mais je ne sais pas encore si c’est avec toi que je les veux.

— Pourquoi tu me dis tout ça ? demandais—je affolé.

— Je te dis tout cela pour que tu prennes conscience de tes faits et gestes : on n’a plus 14 ou 15 ans. Nous sommes adultes aujourd’hui, et tu vas avoir 19 ans dans quelques jours. Alors, arrête de jouer les gamins qui pensent que toutes les jolies femmes de la terre sont pour lui.

— Eh, criais—je presque. Je ne pense pas ça, et j’ai réussi ma mise à l’épreuve. Je n’ai pas touché à une femme en dehors de toi depuis juin 1983.

— Eh bien, recommence encore cette année, et on se marie après le BAC.

— C’est vrai ça ?

— Oui, c’est vrai. Mais fait très attention !

— J’en ai l’intention. Je t’aime tant.

— L’intention ne suffira malheureusement pas. Tu dois réellement faire attention. Si j’apprends que tu m’as trahie encore une fois, c’est définitivement fini entre nous. Et dans le cas contraire, je te demanderai d’acheter les alliances et de déposer le dossier du mariage à la mairie. Mais réussis ton BAC, ne penses pas encore qu’à moi. Pense à tes études.

Je n’avais pas encore d’idée précise de ce que je voulais faire après le BAC, j’avais envie de devenir écrivain, ou prof. de français, ou d’histoire—géographie, ou dentiste. Quant à Mirabelle, elle voulait s’occuper d’enfants, être institutrice ou puéricultrice, ou vétérinaire !

Lorsque nous nous étions retrouvé à Cergy en ce mois de juillet, et le mois d’août à Villeurbanne, nous nous sommes aimés, malgré les hauts et les bas.

CHAPITRE XXII.

À la rentrée des classes, j’étais en terminale, et pour cette dernière année de lycée, j’étais plein de bonnes résolutions, concernant et Mirabelle et mes études. Mais les intentions sont les pensées, et les actes sont des actes !

Finalement, Bénédicte, celle au visage d’ange, et aux yeux bleus de chat me fit du charme. Et comme il était extrêmement difficile, voire impossible, d’y résister, je tombais dans ses rets. Allez savoir ce qui lui avait plu en moi ? Je n’en sais rien, et de novembre 1984 à mai 1985, nous avons entretenu une relation secrète, car j’aimais Mirabelle. Je voulais l’épouser, mais le charme, la douceur, les yeux de Bénédicte étaient si parlants à mon cœur que je succombais encore une fois.

La première fois que nous fîmes l’amour, ce fut dans sa chambre, dans l’extrême nord de Cergy, qu’on appelle Cergy St Christophe. Je me souviendrais toujours de ses grands yeux bleus en amandes qui brillaient.

Elle enleva mes chaussures et mon pantalon, tandis que je baisais son front blanc, et... j’oubliais Mirabelle. Je dénouais ses cheveux blonds comme les blés sous le soleil, qui étaient souvent nattés ; elle était véritablement jolie.

Elle s’agenouilla et se mit à lécher mon engin, puis le suça en s’aidant de sa main droite pour le maintenir. Ouah ! C’était si bon que j’ai cru me lâcher sans attente, mais maître de moi, je la relevais, et l’allongeais sur son lit, et je lui léchouillais les bouts des seins ; tout en lui caressant les lombes. Alors, elle me demanda de la caresser de la tête aux pieds, afin, me disait—elle, d’augmenter son plaisir.

Je m’exécutais, bien que ce fut la première fois que je fis cela, et effectivement, au bout de quelques minutes, je la sentis frémir.

"Viens !" me demanda—t—elle.

L’homme est fait pour donner et la femme pour recevoir ; donc j’essayais de lui faire plaisir, et de lui en donner.

Alors, tandis qu’elle commençait à réagir, j’enfonçais mon épée de chair jusqu’à la garde (et je voyais bien qu’elle n’était plus vierge), et dans un mouvement de va et vient, et pendant qu’elle se massait le clitoris, je l’envoyais au moins au 6ème ciel !

Puis, dans un moment d’euphorie et de jouissance, nous déchargeâmes ensemble, perdant nos sucs intimes, dans une parfaite harmonie.

Voilà ce que je faisais avec Bénédicte, tandis que Mirabelle se morfondait à Villeurbanne. Mais je n’avais pas de remords, car Bénédicte était vraiment très belle, et j’étais heureux, en fait !

Mais qu’est—ce que je raconte ?

Est—ce que quelqu’un pouvait rivaliser avec Mirabelle ? Même encore maintenant, je sais bien que ce n’est pas possible !

Mais Bénédicte était adorable, si douce, si câline et tellement compréhensive. Imaginez ! Je lui avais dit au début de notre relation que j’étais amoureux de Mirabelle, eh bien, Bénédicte n’était pas jalouse.

"Si tu l’aimes, avait—elle dit souriante, ce n’est pas grave. C’est sûrement une personne extraordinaire. Je veux simplement t’aimer, et que nous soyons amants."

Après m’avoir prédit, six ans auparavant, un destin d’homme à femmes, Agnès ne s’était pas trompée !

Ce que j’aimais en Bénédicte, c’était cette extrême douceur qui émanait d’elle. Elle était appréciée pour ça, et jamais elle ne fit défaut à cette réputation.

Lorsque l’année scolaire s’acheva, elle me dit adieu, et cela sans aucun reproche.

J’ai su par la suite qu’elle était devenue la petite—amie de Laurent Torrens, qui avait été dans ma classe à l’école primaire de la Croix Petit, mais contrairement à Richard Tuil, je ne l’appréciais pas trop, et je ne faisais pas partie de ses amis.

Mirabelle et moi, comme j’avais oublié de le mentionner, nous nous écrivions tous les jours, ou nous téléphonions tous les jours, comme elle me l’avait demandé. Ce fut ainsi tout au long de cette année scolaire de terminale.

CHAPITRE XXIII.

Mirabelle m’appela le 27 juin 1985.

"Allô André ! Je t’aimes. C’est fini, j’ai passé ma dernière épreuve du BAC, tu peux donc demain, déposer le dossier du mariage à la mairie du village de Cergy. Bon, je te laisses, j’ai plein de choses à faire. Essayons de faire en sorte qu’on se marie vers le 1er septembre. J’ai hâte d’y être !"

J’en restais accroché au combiné. Je n’osais pas y croire. Elle n’était pas au courant de ma relation avec Bénédicte qui avait fini lorsque j’ai quitté le lycée le 2 juin, et Mirabelle acceptait enfin qu’on se marie.

Enfin !

J’ai eu un soupir de soulagement, et après quelques larmes de joie (je n’en croyais pas mes oreilles, sincèrement). Je repris le téléphone, et je rappelais Mirabelle, ma jolie fée.

— Mirabelle ! C’est moi. On ne se voit pas durant ces vacances ? demandais—je anxieux.

— Oh pardon mon chéri. J’ai oublié de te le dire tout à l’heure. Je serai à Cergy à partir de 25 juillet. Alors, tu peux venir me rejoindre ici.

— Dans ce cas, j’attends les résultats du BAC, après le 4 juillet, donc le 5. Je serai chez toi le 6 juillet, et le 25 on rentrera ensemble.

— Super ! Excuse—moi, il faut vraiment que j’y ailles. Devine ce que je fais aujourd’hui ?

— Je ne sais pas, dis—je timidement.

— Tu es vraiment naïf ! Je vais choisir ma robe de mariée.

— Bien ! dis—je. Choisis—la jolie, et pense à moi en le faisant.

— Allez, je t’embrasse. À bientôt mon amour.

— Au revoir ma chérie.

Ainsi, elle avait décidé qu’on se marierait malgré mes frasques. Et, je m’étonnais de la constance et de la fermeté de sa fidélité à mon égard. Je l’avais aimé de mai 1977 à septembre 1978 sans succès, et jamais elle ne m’avait trahie, même lorsque officiellement, nous n’étions plus ensemble entre le 14 novembre 1978 et le 16 février 1980. Quelle force de caractère elle avait ! Jamais je n’ai vu une femme aussi fidèle à ses convictions et à ses amours. Elle était plus forte que moi.

Je descendais à la gare où j’achetais mon billet pour Villeurbanne, et je me reposais en attendant les résultats du BAC.

Quand je suis allé voir ces fameux résultats au lycée de Cergy... j’avais raté le BAC ! Je n’avais même pas assez de point pour avoir droit au rattrapage, et lorsque M. Delpech, le proviseur, m’envoya une lettre—type pour me dire que j’avais "l’autorisation" de redoubler, je n’y répondis même pas. J’avais besoin de travailler afin de payer les études de Mirabelle, et le loyer de l’appartement que nous devions prendre, etc...

En attendant, ma sœur Karine s’était mariée avec Vania Moscovsky en septembre 1984 ; elle avait donc libéré une chambre. On y installa mon frère Gérard, et la grande chambre, où nous étions, devint celle de Mirabelle et la mienne jusqu’à ce qu’on ait trouvé notre propre appartement.

Finalement, quand j’appris à Mirabelle mon échec au BAC, alors qu’elle l’avait réussi :

— Idiot ! me dit—elle. Tu es vraiment bon à rien ! Je plaisante... Mais qu’est—ce que tu as fait ?

— Je ne sais pas. L’année dernière on pouvait accuser la fièvre, mais cette année, je ne sais pas. Et puis tant pis, il faut que je travaille, car on ne peut pas vivre sur le dos de nos parents. Alors, je préfère travailler. J’ai déjà obtenu un travail à partir du 16 septembre, dans la zone du Vert Galant à St Ouen l’Aumône.

— Et qu’est—ce que c’est ?

— Rien de spécial. Je serai manutentionnaire et je serai chargé de balayer et nettoyer l’usine...

— Tu seras manutentionnaire ?

— Et alors ? Il n’y a pas de honte à cela. Il faut bien que quelqu’un le fasse, et l’on va avoir besoin d’argent !

Alors, elle m’embrassa avec fougue, et je voyais qu’elle m’aimait réellement.

— Tu as enfin mûri. Je t’aime mon André.

— Moi aussi je t’aime.

Et je passe sur les détails de ce qui arriva ensuite.

Le 21 août 1985, nous allâmes confirmer notre mariage à la mairie. Mirabelle avait amené sa longue robe, blanche et pailletée, et elle la gardait jalousement. Je ne l’avais pas encore vu ! Té ! J’achetais un costume bleu marine, une chemise blanche et nœud papillon noir. J’étais aux anges !

CHAPITRE XXIV.

Quand le matin du 2 septembre 1985 arriva, Mirabelle et moi étions sur les nerfs ; mais étant d’un naturel calme et posé, même si je suis parfois impulsif, car les élans de mon cœur me sont toujours agréables, alors je passais mon temps à calmer ma fiancée et mes parents !

Oui ! C’était enfin le grand jour, le jour du mariage, et même si Mirabelle habitait chez mes parents avec moi depuis le 25 juillet, je n’arrivais pas à croire au bonheur qui m’était échu.

J’étais l’homme le plus heureux de la terre. Ainsi, la femme que j’adorais depuis huit ans (huit ans déjà !), avait accepté de m’épouser.

Bon, c’est vrai que cela faisait des années qu’on en avait parlé, mais le grand jour était enfin arrivé.

Donc, comme le mariage avait lieu à 15 h, à la mairie du village de Cergy, je ne savais moi non plus par où commencer. Mes parents, comme ceux de Mirabelle, s’étaient occupés de toute la partie festive. Quant à moi, je m’étais occupé des préparatifs administratifs. Mirabelle ne s’était occupée que de choisir une très jolie robe qui allait jusqu’au—dessous des genoux, et, puisqu’il faisait encore beau, malgré l’été finissant, elle la mit, et je n’en croyais pas mes yeux. Elle était là, devant moi, plus merveilleuse que les plus belles perles ou diamants les plus purs. Je la voyais sous un nouveau jour. C’était extraordinaire ! Que de fois, j’avais rêvé à ce moment magique.

D’un coup, Mirabelle avait effacé jusqu’au souvenir de Valérie, de Virginie, de Bénédicte, d’Agnès, de Tanya, de Cathy. J’étais fou d’amour et je m’enivrais de sa beauté ! Sa vue m’était tout à coup meilleure que le boire dans un désert de sable et de chaleur. Son regard, son sourire m’étaient meilleurs que tous les trésors du monde. Personne n’est parfait, du moins c’est ce qu’on dit, mais j’avais là, devant moi, la perfection faite femme. Je l’adulais, et je ne crois pas que qui que ce soit puisse me le reprocher, car j’étais honnête et sincère, du moins, avec cinq femmes différentes, et cela, malgré tout, n’est pas ce que j’ai fait de mieux dans ma vie.

Mirabelle et moi, nous nous sommes rendus à la mairie rapidement, vers 15 heures, afin de signer l’acte de mariage et d’en finir avec cette formalité.

Qu’on me pardonne mon impatience, mais j’avais envie de "lui sauter dessus", pour ne pas dire vulgairement "la sauter". Bien que depuis des années nous faisions l’amour, c’était à chaque fois une fête, une joie d’être dans ses bras, entre ses cuisses, à l’intérieur d’elle.

Bon, je vais arrêter de divaguer !

Nos deux familles étaient réunis, et les quelques amis que nous avions, Richard Tuil, mon témoin, son frère Franck, son témoin.

Nous étions une quarantaine, et je ne me souviens pas de tous les invités. Mais je me souviens que sa tante Mireille m’avait félicité, et m’avait dit qu’elle était étonnée du fait que j’avais réussi l’épreuve ! Alors, je lui avais dit que c’était grâce à la force de l’amour que me portait Mirabelle que j’avais pu réussir, car sinon, j’aurais sombré dans le vulgaire et la mort.

Elle élevait ma vie vers des sommets que personne ne pouvait imaginer. J’étais fière de ma future épouse, car elle était constante dans ses sentiments, et je n’avais, je crois, rien à craindre.

Alors, que nous allions vers Madame Le Maire, puisque c’était Isabelle Massin, maire de Cergy, nous fûmes apostrophés par l’agent d’État Civil : nous étions en avance ; Mme le Maire allait arriver.

J’étais enchanté et tremblant.

Lorsqu’après les questions et le discours sur les devoirs civiques d’usage, et que Mirabelle eut prononcé le "oui", après moi, je m’écroulais, prit par l’émotion. Mirabelle était plus forte que moi, je n’avais plus la force de tenir debout.

Ce sont mes frères Gérard et Didier aidés de Frédéric et de Richard qui m’assistèrent et m’assirent. J’étais troublé ; tout le monde était autour de moi et voulait savoir ce qui arrivait. Je ressentais une douleur au niveau de la poitrine, et lorsque j’en ai parlé à mon médecin, le docteur Weil—Karsenty (qui avait remplacé le Dr Lévy qui avait quitté Cergy en 1982), il m’avait dit que j’avais fait une mini—crise cardiaque, mais que je n’avais rien à craindre, car c’était l’émotion, trop forte, qui m’avait terrassé. Mon cœur étant jeune et solide, je n’avais rien à craindre.

Mais que le lecteur ne se trouble pas, car la fête battait son plein, quelques minutes plus tard.

CHAPITRE XXV.

Chaque fois que je regardais mon épouse, Mirabelle Sabatier, née Girard, je fondais.

Qu’est—ce qui lui avait pris de m’épouser, cela c’est un mystère qui restera entier, car elle ne fut mon épouse que quelque temps. Mais ce n’est pas le pire.

J’étais fou amoureux d’elle, et je voulais rapidement un enfant, afin de perpétuer notre alliance et notre union, et je voulais que cet enfant soit une fille qui soit la copie conforme de sa mère.

Mais Mirabelle allait entamer ses études afin de devenir institutrice, et elle était inscrite à l’Ecole Normale, qui se trouve près des Plants et des Touleuses à Cergy—Sud.

C’était le comble pour moi ! C’est vrai que je voulais un enfant, mais je ne voulais pas l’empêcher de faire ses études ; et c’est donc le choix qu’elle fit.

Moi, je bossais comme manutentionnaire chez FRETOM S.A. dans la zone industrielle du Vert Galant, et je rentrais le soir, heureux d’être près de Mirabelle Sabatier. Cela me fait tellement plaisir d’écrire "MIRABELLE SABATIER"... je n’arrivais pas à croire qu’on était marié.

C’était toujours une chance d’être près d’elle.

Quelque temps après que nous eûmes mon travail, le 17 octobre, nous déménagions chez nous, dans notre propre appartement. Nous fûmes logés par la SCIC à la Croix Petit, dans des trois pièces.

Je laissais Mirabelle prendre soin de l’aménagement et de la décoration de notre petit nid d’amour, et je vivais plus heureux entre ces quatre murs que partout ailleurs.

Nos parents respectifs nous aidèrent pour les divers achats de meubles et d’électroménager. Nous fûmes tranquilles durant une longue période.

En 1986, je faisais un stage de formation AFPA, et là, je ne fus pas aussi présent pour elle, car le temps entre Cergy et Choisy—le—Roi, où j’effectuais mon stage était long. Je crois que Mirabelle se sentit abandonnée à ce moment, entre le 13 janvier et le 3 octobre 1986.

Pourtant, ce n’est pas que je ne faisais pas d’efforts. Non !

Je rentrais tard le soir, c’est vrai, et le matin, je la quittais si tôt qu’elle dormait encore. Pourtant, son habitude était de se réveiller chaque nuit dans mes bras.

Le soir après notre mariage, lors de notre nuit de noce, elle me dit :

— J’ai peur, laisse—moi dormir dans tes bras.

— De quoi as—tu peur ? Plus rien ne peut nous atteindre ; nous sommes réunis, à la vie, à la mort !

— J’ai peur !

Et ce furent ses seules paroles ; et elle se blottit dans mes bras, et depuis cette nuit—là, elle ne pouvait dormir autrement. J’étais persuadé, et je le suis encore aujourd’hui, qu’elle avait dû faire un cauchemar, et je crois que j’avais compris. Elle avait peur que je quitte ce monde à la suite de la crise cardiaque, mini, réelle, que j’avais eu le jour de notre mariage. Ces souvenirs me font parfois souffrir, car ils sont douloureux, mais je suis persuadé qu’il n’y avait rien de mieux que Mirabelle s’endormant dans mes bras.

Au début, cela me gênait un peu pour dormir, mais elle, elle s’endormait aussi facilement qu’une personne qui n’avait pas dormi depuis des mois.

Moi, je l’accueillais par mesure de sécurité entre mes bras, et jamais, elle ne voulut me dire pourquoi elle tenait absolument à dormir de cette façon.

Donc, lorsque je réveillais le matin, par la force des choses j’étais obligé de la réveiller. C’était triste, car elle devait dormir trois heures de plus que moi.

— André, me disait—elle après mon échec au stage qui avait duré neuf mois, tu ne sais rien faire ?

— Ô ma chérie, ce n’est pas ça, mais tu sais bien que je ne suis pas un manuel. Mais je te promets de passer rapidement le permis de conduire et d’acheter une voiture. D’ailleurs, on doit le passer ensemble, et puis je trouverai toujours un travail, sans problème.

— Je t’aime mon amour ! me dit—elle.

Et je sais que c’était vrai.

CHAPITRE XXVI.

Notre mariage me rendit heureux jusqu’à quel point ?

Mirabelle changeait aussi bien que moi, apparemment mariés trop jeunes, nous n’avions plus l’insouciance de ces années de l’adolescence qui furent pour moi les meilleures. C’est vrai, je dois le reconnaître, c’est bien à Mirabelle que je dois les plus douces et les meilleures années de ma vie. C’est un fait ! Je lui dois aussi mes meilleurs souvenirs. Tout ce que nous faisions, tout ce que nous pensions, tout ce que nous disions, c’était enivré d’amour l’un pour l’autre. Si j’ai aimé quelqu’un passionnément, c’est bien Mirabelle.

Mais le temps, inexorablement, passe et laisse toujours des cicatrices, et celles du cœur sont les plus difficiles à cicatriser.

J’étais amoureux de Mirabelle et, je le savais, elle m’aimait aussi. Mais il est temps d’ouvrir une petite parenthèse :

Durant l’hiver 1986, alors que j’étais en stage, c’était en février 1986, je fis la connaissance d’une actrice pour films d’adultes. Je veux dire que par l’intermédiaire de la revue VIDEO 7, je suis tombé amoureux de cette femme plantureuse aux yeux verts : Norma Kuzma.

C’était au travers ses photos publiées dans ce magasine que j’en tombais amoureux. Mais je gardais cela secret.

En mai 1986, Norma est venue en France au Festival de Cannes, et invité par le magasine ci—dessus, elle fut interviewée par celui—ci. Je me souviens que lorsqu’elle entra dans la salle de rédaction, tous les regards s’allumèrent d’une lumière de désir et de convoitise. Moi qui étais sur place, invité par le Rédacteur en Chef, j’eus le cœur foudroyé. La sensualité qui émanait d’elle était telle qu’on aurait pu la prendre pour une panthère, pour une extra—terrestre, ou pour la déesse Aphrodite. Rien que l’on pu voir qui ne fut perfection !

C’est donc là que je la rencontrais, comme un simple fan, et surtout parce que j’avais pris quelques jours de congés maladie, et je lui fis l’invitation d’usage qu’elle accepta avec le plus grand sourire. Nous allâmes au restaurant, et de là, nous vîmes Paris, elle incognito, moi fier comme un coq ou un paon !

Le lendemain, elle fit une fête pour son anniversaire qui était le 7 mai, mais elle voulait le faire à Paris. J’étais là, avec quelques autres...

J’étais heureux, mais je n’ai rien dit à Mirabelle, en dehors du fait que j’avais fait la connaissance d’une actrice américaine, et qu’elle était très sympathique. En effet, avant qu’elle ne quitte la France, nous échangeâmes nos coordonnées.

Deux mois plus tard, j’appris par la presse, dans un encart dans le célèbre Télé Ciné Revue que Norma avait été arrêtée par le FBI, et ses vidéos saisies et interdites.

Elle avait tourné dans des films pour adultes, alors qu’elle n’avait pas dix—huit ans. Je ne savais pas cela, et j’en fus effondré. Je l’avais trouvée si géniale.

Je lui écrivais, et je reçus une réponse laconique : "Danger pour moi. Reprendrai contact plus tard. N. K."

Je n’y croyais pas.

J’en profite ici pour donner mon sentiment par rapport à la pornographie : je suis contre ce genre de choses. C’est de la débauche à l’état pur. Mais je n’y peux rien. Et surtout, j’y ai connu quelques merveilleuses jeunes femmes. Mais n’allez pas croire que Mirabelle ou moi—même étions amateur ! Non ! nous n’avons jamais vu ce genre de film. Fin de la parenthèse !

Et Mirabelle et moi continuions de nous aimer sans contrainte. Et, j’espérais que nous étions heureux, lorsque l’orage éclata !

CHAPITRE XXVII.

Mirabelle, le 16 mars 1987, m’annonça qu’elle voulait se séparer de moi !

J’en fus abasourdi !

— Qu’y a—t—il ? demandais—je.

— Rien ! Je ne peux plus supporter notre vie. Et puis j’ai rencontré quelqu’un.

— Quelqu’un ?

— Ne me fait pas le coup de l’homme blessé et jaloux ! Combien de fois ne m’as—tu pas trompée toi ?

— Mais il ne s’agit pas de cela. Je t’aime Mirabelle, et je ne t’ai jamais trompé depuis plus de deux ans (j’avais omis de lui parler de Bénédicte !). Au fait ! Comment s’appelle—t—il ?

— Il se nomme Denis Rouvet.

— Il est comment ?

— Il est blond, beau, grand et fort.

— C’est sûr, ce sont des qualités géniales !

— Et toi, hypocrite ! Tu ne t’intéresses pas au physique des femmes peut—être ?

— C’est vrai que je préfère les jolies femmes aux moins belles. Mais je ne savais pas que tu voulais me quitter...

— Cela fait des semaines André, que je prépare mon départ. Je vais vivre avec lui. Il habite... et puis non, je ne vais pas te donner son adresse. Il vient dans... un quart d’heure me chercher.

— Mais où l’as—tu connu ? Et depuis quand ?

— Il y a quatre mois. J’en suis tombée amoureuse lorsque je l’ai vu, en sortant de l’Ecole Normale.

— Donc, ce fut un coup de foudre. Alors, j’ai une chance, car cela ne durera pas.

— Et pourtant le tien a duré.

— Oui, mais moi je t’aime passionnément, et cela m’a rendu plus mûre, a sublimé notre amour...

Mirabelle voulait me quitter. Je n’en croyais pas mes oreilles. J’étais fou.

Je n’arrivais pas à imaginer la vie sans elle ; mais devant sa détermination, je dus me résoudre à la laisser aller avec ce Denis.

Ce qu’elle fit effectivement. Elle alla l’attendre avec sa valise sur le parking de l’immeuble, et elle partit...

C’était le 16 mars 1987.

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