Alice et Soldanelle

Chapitre 28 et 29
vendredi 23 avril 2021
par  lahoule
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Chapitre XXVIII

L’audience au tribunal s’éternisait pour Alice et Soldanelle. L’une comme l’autre avait été citée à témoigner, ainsi que la sœur de Carmen. La juge avait, semble-t-il, bien compris la position délicate dans laquelle Carmen avait été plongée dans ses recherches et un autre procès s’annonçait, retentissant celui-là, concernant l’espionnage économique entre les laboratoires dans lequel le rôle de Carmen serait à nouveau mis en lumière.
Le juge avait convoqué un bondageur afin d’éclairer le jury sur la strangulation de Carmen et de déterminer si quelqu’un d’extérieur avait pu ou dû intervenir. L’homme prouva avec des documents ce qu’Alice et Soldanelle avaient déjà démontré. Il avait donc fallu une aide extérieure et le suicide n’était pas totalement avéré. Blaise avait également témoigné et révélé les traces ADN recueillies sur la défunte et qui prouvait que Gourmaz dans un laps de temps de deux ou trois heures avait eu des relations sexuelles avec Carmen. Madame Duchênes avait témoigné avoir vu Gourmaz descendre l’escalier dans les mêmes heures. Avec les traces de pas et le morceau de chemise, tout accablait Gourmaz.
Celui-ci, durant tout le procès, était resté de marbre dans le box des accusés, même lorsque Bernard Constantin et Emilie Termini avaient témoigné de leur relation. Vint le tour de la défense et on vit Chantal Aubert se lever. Elle avait une prestance évidente avec sa grande robe noire, perchée sur ses talons aiguilles et sa mèche rebelle qu’elle remontait constamment. À coup sûr se dit Alice, elle tente de séduire le juge. Et en effet, elle se montra à la hauteur de sa réputation. L’accusation avait prouvé que Gourmaz était en relation intime avec Carmen, que les preuves de sa participation à la mort de la chercheuse étaient avérées. Tout coïncidait, le jour, l’heure, le témoin, qui avait témoigné au grand jour, depuis qu’elle avait appris les frasques de son mari à la Souricière.
Avec beaucoup de persuasion, Chantal Aubert expliqua les relations étroites entre les chercheurs, les risques qu’ils prenaient dans ce domaine de l’énergie nucléaire et leur besoin d’évasion de ce milieu par des débordements sexuels parfois excessifs. Elle décrivit la relation intime entre Simon et Carmen en mettant en évidence les aspects fusionnels autant dans leur travail que dans ses à-côtés. Cependant, à chacune des questions ou remarques de l’accusation ou du juge, on sentait bien qu’elle ne pouvait nier l’implication de son client dans la mort de Carmen.
Le malaise grandissait et l’avocate commençait à perdre pied à vouloir justifier cette relation qui s’envenimait avec l’arrivée d’Emilie Termini. Elle demanda une interruption de l’audience afin de pouvoir discuter avec son client.
Le juge, qui semblait se désintéresser peu à peu tant sa conviction était faite, accepta à contrecœur.
—  À la demande de l’avocate de M. Gourmaz, l’audience est exceptionnellement suspendue pendant une heure.
-  Tout le monde quitta la salle.
—  Alice se tenait à côté de Soldanelle, lorsque San Verità arriva.
—  Monsieur San Verità ! Quel plaisir de vous avoir parmi nous !
—  Je suis convoqué comme témoin par Chantal Aubert !
—  Ah bon, et pourquoi ?
—  Je ne sais pas encore, mais je viens de recevoir un téléphone qui me demandait de venir en toute urgence !
Il finissait à peine de s’exprimer que Chantal Aubert se précipitait sur lui.
—  Ah ! Monsieur San Verità ! Merci d’avoir pu vous libérer. Est-ce que nous pouvons nous entretenir quelques minutes avant la reprise de l’audience ?
—  Mais bien volontiers !
—  Il suivit la belle avocate sans se retourner sur Alice qui restait rouge de confusion.
—  Beau présage pour votre relation !
—  S’il vous plaît, Soldanelle ! Je ne comprends pas ce qui se passe.
—  Laisse tomber, on verra bien à la reprise de l’audience. Viens, je te paie un petit café en bas.
Les deux jeunes femmes quittèrent le grand couloir de la salle des audiences, descendirent l’escalier de marbre qui conduisait au rez-de-chaussée à la machine à café. Soldanelle, curieusement, fit couler deux cafés et en remit un à Alice, comme si elle partageait sa gêne devant l’attitude trop discrète de Georgio.
Elles burent leur café sans une parole ni un regard. Alice tournait et retournait dans sa tête les raisons possibles de cette convocation. De temps à autre, elle jetait un œil de coin sur sa collègue qui regardait par la fenêtre.
—  Vous avez quelque chose, ce soir ?
Alice n’en pouvait plus et ce fut une parole aussi plate qui émergea de son esprit, uniquement pour couper court ce silence.
—  Pourquoi, tu m’invites ?
—  Volontiers !
—  Où ?
—  À la maison.
—  Entendu, mais tu connais mes conditions lorsque je viens chez toi ou que tu viens chez moi !
—  Oui !
—  Alors entendu.
—  Je crois que l’audience va reprendre, on peut monter.
L’assemblée se leva à l’entrée du juge qui d’un geste auguste pria la salle de s’asseoir.
—  L’audience reprend avec la parole à Maître Aubert. Celle-ci se leva et s’adressa au juge.
—  Monsieur le juge, j’aimerais faire entendre un nouveau témoin et ajouter une pièce au dossier de cette affaire.
—  Entendu, Maître Aubert, faites entrer le témoin.
L’huissier ouvrit la porte et fit entrer Georgio San Verità.
—  Déclinez votre nom, prénom, et profession, s’il vous plaît !
—  Georgio San Verità, photographe.
—  Maître Aubert, la parole est à vous !
—  Monsieur le juge. Aujourd’hui, mon client est accusé du meurtre de Madame Ruggieri, sans que l’on sache exactement ce qui s’est passé ce jour fatidique. Et bien, j’aimerais que l’on y revienne justement. Les témoins précédents se sont plu à relever les qualités de madame Ruggieri sans trop insister sur ses côtés moins reluisants si je puis dire. On a beaucoup insisté sur le fait que mon client avait des mœurs dissolues, peu compatibles à leurs yeux avec la charge qui était la sienne. Mais on n’a pas pris le temps de mesurer dans quelle mesure madame Ruggieri a été la complice de mon client dans ses mœurs et j’aimerais en interrogeant notre témoin mettre une lumière quelque peu moins angélique et plus réaliste sur Madame Ruggieri. Si monsieur Sans Verità a accepté de témoigner, c’est pour que la vérité soit mise au grand jour et non pas pour soutenir quelconque des deux parties. De cela il faut lui rendre hommage.
—  Bien Maître, venez-en aux faits s’il vous plaît !
—  J’y viens, Monsieur le Juge, j’y viens.
Alice commençait à s’énerver sur son siège à constater les effets de manche de la belle avocate. Soldanelle lui mit la main sur la cuisse pour la calmer. Leur regard mutuel calma tout de suite Alice. LIRE LA SUITE

Sommaire
Alice et Soldanelle 1
Chapitre I 3
Chapitre II 9
Chapitre III 25
Chapitre IV 31
Chapitre V 37
Chapitre VI 47
Chapitre VII 57
Chapitre VIII 67
Chapitre IX 75
Chapitre X 83
Chapitre XI 93
Chapitre XII 100
Chapitre XIII 109
Chapitre XIV 119
Chapitre XV 129
Chapitre XVI 139
Chapitre XVII 145
Chapitre XVIII 149
Chapitre XIX 153
Chapitre XX 163
Chapitre XXI 169
Chapitre XXII 179
Chapitre XXIII 185
Chapitre XXIV 193
Chapitre XXV 199
Chapitre XXVI 205
Chapitre XXVII 209
Chapitre XXVIII 221
Chapitre XXIX 229



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Commentaires

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mercredi 28 avril 2021 à 15h34 - par  lahoule

Un grand merci à Henic et Sylvain pour leurs commentaires très intéressants. Promis, je n’attends pas 11 ans pour la suite. La suite de Soldanelle viendra sans doute, mais avant vous aurez droit à une nouvelle aventure, je l’espère intéressante et pleine de péripéties.

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samedi 24 avril 2021 à 10h58 - par  Sylvain

Ce récit se termine en apothéose : épisodes avec Livingstone puis San Verità. Le procès conclut la partie enquête. Alice vit parfaitement ce qu’elle n’attendait pas. Soldanelle est plus effacée dans ce final. Un long récit qui a séduit le lecteur. Espérons ne pas attendre 11 ans le prochain récit. Sylvain.

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vendredi 23 avril 2021 à 19h10 - par  Henic

C’est une conclusion un peu à la façon d’une fin de conte de fées : « Ils se marièrent et eurent beaucoup... » D’enfants, pourquoi pas, même si ce n’est pas le plus probable ? De plaisir, c’est plus plausible. Et d’amour, ça semble presque certain.
Comme le proclamait (hautement) l’avocat du Sapeur Camembert, le coupable est innocent(é) et s’en tire d’une manière cohérente avec la manière de penser d’aujourd’hui ; savoir si c’est justice est une autre question.
Mais, et c’est habile, la nouvelle affaire qu’Alice doit traiter permet d’envisager une suite, si Lahoule n’est pas épuisé après avoir fait vivre et agir autant de personnages à la fois. Ce serait une idée, ne serait-ce que pour faire un peu mieux connaissance de Soldanelle qui semble avoir un lourd passé...
Un très grand bravo en tout cas pour l’intérêt des deux histoires tressées ensemble avec brio de bout en bout.