Troisième séance

dimanche 25 mars 2007
par  Felony
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Elle marchait vite. La rue défilait sous ses talons sonores. Elle avait attendu ce moment toute la semaine, la dernière journée se traînant de façon insupportable.

Ce soir, elle rejoignait son Maître.

Encore une fois, le rendez-vous était arrivé inopinément. A chaque fois, il choisissait une façon différente. Alors qu’elle se rendait à son travail, un matin, c’est un jeune garçon qui était venu la voir, et lui avait glissé la petite enveloppe dans les mains. Il n’avait rien dit, s’était contenté de la fixer un instant avant de repartir. Il avait dans les yeux l’innocence de l’enfance. Elle ne l’avait pas questionné, sachant que l’enfant ne savait rien, qu’il avait été payé pour simplement lui donner le carton.

Elle arriva à la station de taxi. Les indications étaient simples : cette adresse, une date, un numéro de voiture, et une heure. 19h12. Elle savait que la précision était essentielle, que même si elle ne le voyait pas, son Maître saurait si elle était en retard, si elle n’avait pas fait attention. Et il saurait la punir en conséquence, le cas échéant. Elle tenta d’ignorer le frisson d’excitation et de peur mêlées qui la saisit à cette idée.

La voiture était là. Elle-même avait dix bonnes minutes d’avance. Elle patienta tant bien que mal. Le chauffeur était gros et vieux. Il avait dans ses yeux la lubricité d’un porc. Elle espéra que son Maître ne projetait pas de la livrer à cet homme. Cette pensée la glaça. Peut-être était-ce le genre de chose qui la pousserait à stopper. Elle savait que si elle lui disait non, elle ne le reverrait plus jamais. C’était la teneur du pacte qu’ils avaient passé. Elle savait aussi qu’elle était prête à beaucoup de choses, et qu’il pourrait la guider pour aller encore plus loin. Mais elle redoutait sincèrement qu’il la pousse au-delà de ses limites.

Enfin, l’heure arriva. Elle se dirigea vers la voiture, et entra à l’intérieur avec une assurance qu’elle était loin de ressentir réellement. Le chauffeur l’observait depuis un moment, déjà, il se tourna vers elle avec une respiration souffreteuse de gros fumeur. Il empestait.

"- Qu’est-ce qu’elle me veut, la p’tit dame ?"

Un instant, elle resta interdite. Se pourrait-il qu’elle se soit trompée ? Devait-elle lui montrer le carton ? Elle décida de jouer le bluff :

"- On vous a donné une destination. Faites ce qu’on vous a dit.

— Et bien, ma p’tit dame, montez pas sur vos grands chevaux, on y va. ’Core un truc de ces malades de détraqués. "

Il mit la voiture en route et démarra. Elle se contenta de contempler le paysage. Elle redoutait particulièrement que la situation dérape. Elle voulait sortit de cette voiture le plus tôt possible.

Le trajet fut interminable. L’angoisse monta d’un cran lorsqu’il quitta la ville. Elle s’efforçait de ne pas le regarder, mais elle sentait qu’il posait souvent ses yeux porcins sur le décolleté de sa robe. Elle craignait vraiment qu’il ne prenne des initiatives, maintenant. Le soir tombait, rendant la situation encore plus inquiétante. Il alluma les phares.

Les routes devenaient de plus en plus étroites, les bordures étaient maintenant uniquement composées d’un rideau ininterrompu d’arbres. S’il stoppait la voiture, elle n’aurait personne pour l’aider. Et elle doutait sérieusement de ses capacités de fuite en talon haut et robe étroite. Elle tenta de refréner sa peur.

Soudain, presque sans ralentir, il s’engagea sur un chemin de traverse, non bitumé. Elle tenta de contrôler la situation de sa voix la plus impérieuse :

— Qu’est-ce que vous faites ?"

Il ne répondit pas. Se contenta d’un autre regard lubrique en direction de sa poitrine, et d’un sourire mauvais. Elle détourna le regard et serra les poings. La voiture cahotait sur le chemin enfoncé d’ornière. Les pneus faisaient déborder les flaques dans un glissement mouillé. Elle ne pouvait pas sauter du véhicule. Elle décida d’attendre, échafaudant divers plans pour l’attaquer s’il tentait quoique ce soit.

Soudain, le chemin s’infléchit, et la voiture déboucha dans une clairière. En fait, il s’agissait d’un parc, à la pelouse minutieusement entretenue, largement éclairée par des spots camouflés dans le sol. Trônant face à la voiture, se dressait un magnifique château du XIIième siècle, brillamment illuminé. Le chauffeur se gara devant. Elle ouvrit la portière et descendit. La voiture repartie, sans qu’il ne lui ait dit un seul mot.

Elle se retrouva seule, dans la fraîcheur du soir, face à l’imposante bâtisse. La pierre de taille était largement ornée de meurtrières, de créneaux à ses sommets. Certaines fenêtres gothiques étaient même ornées de vitraux. Il ne manquait que les douves, pour en faire un vrai bâtiment de guerre. La porte de bois massif était lourdement ornée de ferronneries. Le tout était tout simplement somptueux, quoiqu’un peu angoissant. Il n’y avait pas un bruit aux alentours.

Reprenant souffle et courage, elle s’avança vers la porte. Elle frappa avec le lourd marteau. Aucune réponse, pas même un bruit de pas. Elle actionna le loquet. La porte s’ouvrir dans un grincement sinistre. Derrière, il y avait un couloir, orné de dalles, et éclairé par des candélabres allumés et fixés aux murs. Soit, elle était donc attendue.

Elle s’avança. Elle traversa ainsi le couloir, n’osant appeler. Elle passa encore trois autres pièces désertes, puis déboucha dans une grande pièce centrale. Une table gigantesque, des draperies et des armures en décoration, un feu dans cheminée monumentale. Son Maître y était accoudé. Il lui tournait ostensiblement le dos, contemplant les flammes.

Elle fut heureuse de le trouver, mais n’en perdit pas sa contenance pour autant. Au contraire, elle avança d’un pas lent, et s’arrêta à quelques mètres de lui. Elle attendit. Elle savait qu’il apprécierait son silence.

"- Ton chauffeur a été déçu de ta timidité."

Ainsi, il savait tout. Elle réalisa également qu’elle n’était peut-être pas la première qu’il faisait ainsi passer par ces étapes. Elle en ressentit un pincement au cœur, une jalousie furieuse par rapport à cette autre qui s’était montrée plus délurée. Puis, presque aussitôt, un sursaut d’orgueil. Elle ne serait pas aussi facile à manipuler que les autres, quelles qu’elles aient étés, mais elle saurait être meilleure qu’elle, s’il lui en donnait l’occasion. Elle choisit de ne pas rétorquer.

Il se retourna. Il avait toujours cet éclat si dur dans le regard. Mais il fut un instant adoucit par un léger sourire. De ce sourire qui devenait presque carnassier lorsqu’il pensait aux sévices auxquels il allait la soumettre. Il était toujours incroyablement beau.

"- Te sens-tu prête ?

— Aussi prête que je puisse être…. Maître."

Aussitôt elle sut qu’elle était allée trop loin, même s’il avait de toute évidence apprécié le nom qu’elle venait de lui donner. Le sourire disparut.

"- Je saurais te faire perdre ta suffisance, crois-moi."

Son regard était dur. Il est vrai qu’elle ne baissait pas les yeux, aussi peu habituée qu’elle était à se soumettre.

"- Déshabille-toi !"

Le mot avait claqué comme un ordre. Elle réagit par la colère, comme à chaque fois, avant d’obtempérer.

Alors que ses doigts voletaient à l’assaut de ses boutons, elle en mesurait parfaitement la lenteur. Elle savait qu’il aimait la voir se dévêtir, et que la mesure qu’elle mettait dans ces gestes était sa meilleure et sa seule façon de le torturer.

Elle lui jetait quelques coups d’œil, qui lui confirmaient le pouvoir qu’elle développait sur lui. Son regard ne la lâchait pas, dans une fixité effrayante qui trahissait l’intensité de son désir.

Elle prit bien garde de choisir l’ordre dans lequel elle se déshabillait, dévoilant au fur et à mesure les parties de son corps les plus sensuelles. Et peu à peu, elle se surprit à fermer les yeux. Elle aimait sentir son corps de dénuder, se libérer de ses tissus, et s’alléger peu à peu. Lorsqu’elle se retrouva en sous-vêtements, elle se permit de lâcher ses longs cheveux roux sur ses épaules dénudées, goûtant un instant la caresse sensuelle des longues mèches, les yeux fermés.

"- N’as-tu pas honte de montrer à quel point tu aimes t’exhiber sous le regard d’un homme ?"

Aussitôt, elle réalisa qu’elle l’avait presque oublié. Elle rougit. Il jouait avec elle et ses tabous avec une facilité déconcertante, et qui l’agaçait au plus haut point. Masquant sa satisfaction, il se déplaça vers une petite table haute, en fer forgé, et dont le plateau en marbre portait un grand écrin de cuir. Elle le suivit, incapable de refreiner sa curiosité. Il ouvrit l’écrin, et le masqua de son dos, pour qu’elle ne puisse pas voir l’intérieur.

"- Tourne-toi."

La voix était calme, mais elle savait qu’elle ne devait pas se risquer à désobéir. Elle fixa la grande cheminée, sentant la douce chaleur du feu sur sa peau nue. Il revint vers elle, par derrière, et lui saisit le poignet droit. La prise était franche, nulle douceur dans ce contact, nulle caresse. Il lui tendit le bras vers l’arrière. Elle ne pouvait ainsi rien voir. Il attacha un large bracelet de cuir à son poignet. Sans freiner la circulation, il était assez serré, pour qu’elle réalise qu’elle pourrait tirer dessus sans le détacher, pour qu’elle réalise qu’elle aurait peut-être à tirer dessus en se débattant…

Rapidement, il fit subir le même traitement au second poignet. Elle put observer son nouveau bracelet à loisir. Il était très épais, très solide, et orné d’un anneau d’acier. Son Maître pourrait la suspendre, ce serait plutôt ses épaules qui lâcheraient que ces entraves.

Après les poignets, ce furent les chevilles, qui furent menottées à leur tour. Puis vint le collier de cuir. Elle s’étonna presque qu’il ne le lui ait pas passé en premier. Elle se sentait différente, ainsi. Ces quelques pièces de cuir et de métal suffisaient pour l’asservir complètement. Elle savait que le plus difficile allait débuter, et elle commençait à le redouter, quoique ce soit.

Il revint se placer face à elle. Il tenait une autre pièce de cuir, très large et épaisse, qu’il entoura autour de sa taille. La boucle en était placée dans le dos, et il la serra fort, sans aucune concession. Elle en eut presque le souffle coupé, et elle sentit la ceinture se placer d’elle-même dans le creux de sa taille. Sa respiration en était gênée, mais elle savait qu’il ne la libèrerait pas. Au niveau de son ventre, un autre anneau d’acier ornait la ceinture. Son ventre était complètement compressé.

Il se plaça à nouveau face à elle. Jaugea un instant la ceinture.

"- Elle est encore très lâche, mais tu apprendras à supporter bien pire."

Ces mots la glacèrent.

"- Bien. Tu m’as dit que tu étais prête à te livrer à moi, n’est-ce pas ? Alors je te demande d’en faire la preuve." LIRE LA SUITE

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