La fabuleuse histoire de Sandrine et Sylvie

Chapitre 1 Les prémices
jeudi 4 novembre 2021
par  Arsinoé
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25 votes

Au début de cette histoire, Sandrine et moi partagions un appartement en ville, solution que nous avions retenue pour la durée de nos études de droit. Bonnes copines et originaires de la même région, nous avions soumis l’idée à nos parents qui s’étaient empressés d’accepter. Bien qu’il m’ait fallu travailler plus dur que Sandrine pour y parvenir, nous avions toutes deux obtenu notre diplôme au terme des deux premières années. Pour moi, les choses se gâtèrent à l’échelon suivant où la mort dans l’âme, je dus me réorienter après un redoublement infructueux. Par la suite, j’avais vainement tenté ma chance dans d’autres filières si bien que de tâtonnements en échecs, j’avais traversé plusieurs périodes de déprime.
Quand survinrent les premiers « événements » avec Sandrine, mon moral était au plus bas et mon corps en était marqué. J’avais pris quelques kilos et je me sentais tellement coupable que je n’osais plus dépenser l’argent que me donnaient mes parents pour les fringues ou les coupes de cheveux. Au désespoir de réussir mes études, j’en étais venue à m’inscrire au chômage, mais mon petit diplôme universitaire n’intéressait aucun employeur. C’est ainsi qu’entre deux errements, je passais mes journées devant la télévision en attendant le retour ma colocataire. Car tout au contraire de moi, Sandrine avait brillamment obtenu son diplôme d’avocate d’affaires. Elle était maintenant salariée dans un grand cabinet, sa carrière était toute tracée et elle touchait de confortables salaires lui donnant accès aux boutiques de prêt-à-porter pour « executive women ».
Ainsi l’avais-je vue se métamorphoser au fil du temps. La fraîche étudiante toujours encline aux confidences et à la camaraderie était devenue une jeune femme élégante, quelque peu distante. Cette transformation attisait en moi les braises d’une homosexualité mal assumée. En effet, les quelques aventures que j’avais eues avec des garçons m’avaient toutes semblé insipides. Celles qui alimentaient mes fantasmes depuis toujours étaient ces femmes qui jouent de leur féminité tout en égalant les hommes dans leurs métiers, mentalement masculines à certains égards. Cependant, jamais je n’aurais osé passer à l’acte ; j’étais même à cent lieues d’entreprendre une telle démarche. Je me contentais de caresses intimes sous la couette en me mordant la lèvre inférieure pour n’émettre aucun son, car Sandrine et moi partagions la même chambre et nos lits n’étaient séparés que par un paravent.

***

Un jour que Sandrine était à son travail, je me morfondais dans l’appartement, en attendant un rendez-vous à l’ANPE en vue d’une hypothétique formation rémunérée. Mes turpitudes prenaient alors le dessus, comme souvent lorsque j’étais désœuvrée. Alors qu’auparavant je m’installais devant la télévision avec des gâteaux à grignoter, je préférais depuis la transformation de Sandrine flâner dans sa moitié de chambre en m’attardant sur chaque détail, comme pour faire la conquête de mon amie en contemplant le cadre de son intimité.

Ce jour-là, je pris sur sa table de nuit un de ces cubes sur chaque face duquel on expose une photo. Les clichés représentaient Sandrine et sa famille, depuis son enfance jusqu’après son baccalauréat. Je comparais avec amusement le corps de Sandrine à divers stades de sa croissance. Enfant presque ordinaire, elle était devenue une adolescente à la silhouette élancée, dont les sweats et les jeans dissimulaient les formes naissantes. Au lycée et à l’université, les vêtements confortables se mirent à cascader sur une poitrine haut perchée et une croupe d’africaine, alors que des pommettes prononcées, un nez aquilin et une moue de dédain sur les lèvres donnaient à son visage l’air altier que je lui connaissais maintenant. Désormais, elle tenait un peu de Gina Lollobrigida et pour celles qui ont vu « Mulholland Drive » de David Lynch, un peu du personnage de Rita alias Camilla. Bref, au panthéon des superbes brunes, ma copine d’enfance figurait en bonne place.
Alors que mon esprit battait la campagne, mon regard s’attarda sur l’armoire où Sandrine rangeait ses vêtements. Me promettant de ne toucher qu’avec les yeux, je donnai un tour de clé pour en ouvrir la porte. Au premier abord, je ne vis rien que je n’aie déjà laissé entendre : plusieurs tailleurs, un imper noir et des escarpins. Je notais que les fringues les plus communes étaient reléguées sur l’étagère du haut quand mon attention fut attirée par un morceau de crêpe noir qui dépassait d’un tiroir. Intriguée, je l’ouvris délicatement et plongeai mes doigts dans l’entrelacs d’étoffe. Ce que je découvris fit naître au niveau de mon plexus une petite boule de désir. De même qu’un sourire béat s’installa sur mon visage quand passèrent entre mes doigts des dessous de toutes les teintes, les uns classiques en dentelle et d’autres furieusement modernes, sans couture et en voile transparent. Je ne sais plus combien de temps je suis restée accroupie devant ma trouvaille, mais je faillis rater mon rendez-vous tellement j’étais absorbée. Je souriais encore en franchissant le seuil de l’ANPE, ce qui m’arrivait rarement avant ce jour.
Les semaines suivantes, inspecter la garde-robe de ma colocataire devint ma récréation favorite. Je n’accompagnais plus Sandrine dans ses séances de shopping depuis bien longtemps, mais j’étais capable de reconstituer la liste excitante de ses emplettes ; ici, une paire de collants en résille pour aller avec une jupe de cuir noir et là, une guêpière et des bas gris perle achetés le même jour qu’un ensemble anthracite. Dans certaines périodes de lucidité, je me disais bien que je devenais fétichiste comme un homme laid en proie à la misère sexuelle, que toute cette lingerie de luxe était sans doute destinée à un bellâtre qui lui avait mis le « grappin dessus », que de toute façon elle m’adressait de moins en moins souvent la parole, que mon oisiveté devait l’horripiler, que bientôt elle ne se satisferait plus de ce logement d’étudiant et que nous nous quitterions pour toujours. Alors j’étais malheureuse et il fallait soit que je mange du chocolat, soit que je retourne jeter un œil dans l’armoire.
Un soir, Sandrine et moi nous étions retrouvées dans la salle de bain à l’occasion de nos ablutions. J’étais en train de me brosser les dents quand elle apparut dans le grand tee-shirt Mickey qui lui tenait lieu de chemise de nuit (j’ai omis de préciser que jamais elle n’arborait ses jolis dessous en ma présence). Au lieu de se démaquiller, comme d’habitude, elle marqua un temps d’arrêt, mit les doigts sur le rebord de la vasque, chercha mon regard dans le miroir et dit en substance :
—  Tu sais Sylvie, j’ai l’impression que quelqu’un fouille dans mes affaires. Tu ne vois pas qui cela pourrait être.
Je piquai aussitôt un fard et baissai la tête, la brosse en travers de la bouche, retenant la salive qui menaçait de dégouliner. Submergée par la honte, je n’osais affronter son regard. Elle poursuivit :
—  Je ne sais pas moi, peut-être que tu as fait venir un plombier ou bien France Télécom. Peut-être qu’EDF est passé pour faire un relevé. Ça ne te dit rien ?
Pour toute réponse je secouai la tête de gauche à droite.
—  Tu crois que ce pourrait être le propriétaire ? Si ce cochon avait gardé une clé, tu l’aurais remarqué, non ?
Je ne sus émettre qu’un vague haussement d’épaules en gardant les yeux baissés, attendant que son regard noir se détourne de moi.
Pour garder un minimum de prestance, j’aurais pu gagner quelques secondes en me rinçant la bouche, le temps d’inventer une histoire ; par exemple, que j’avais dû me présenter à un entretien d’embauche en urgence et que je n’avais rien de convenable à me mettre. Avec une bonne dose de courage, j’aurais même pu passer aux aveux, lui dire que j’admirais ses toilettes. Peut-être même que de fil en aiguille, j’aurais pu lui faire comprendre que j’en pinçais pour elle. Elle était ouverte d’esprit et intelligente ; peut-être ne m’aurait-elle pas méprisée. Au lieu de cela, rien que le mutisme le plus bête. C’était plus qu’il n’en fallait à cette professionnelle qu’on avait entraînée à jauger les coupables. Sa conviction acquise, elle se désintéressa de moi pour essuyer son rouge à lèvres.
Les semaines suivantes, le comportement de Sandrine changea principalement sur un point ; d’ordinaire très ordonnée, elle se mit à abandonner ses affaires ici et là dans notre appartement. La première fois, il s’agissait d’une culotte et d’un soutien-gorge devant la cabine de douche. Comme je m’étais promis de ne plus donner libre cours à mes contemplations malsaines, j’ai tout simplement enjambé les dessous. Le deuxième jour, je leur ai jeté un coup d’œil en coin, juste le temps d’apprécier la finesse des arabesques florales, toutes de mauves et de pourpres dessinées. Le troisième jour, réalisant que les deux pièces se ratatinaient dans l’humidité entre le carrelage et le tapis de bain, je me suis dit que c’était trop dommage et je les ai ramassées. LIRE LA SUITE


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Commentaires

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vendredi 5 novembre 2021 à 20h00 - par  Henic

Cette histoire commence avec une sage lenteur, de manière douce, et tout cela laisse un très large éventail de suites possibles. Les lecteurs sont bien sûr avides de connaître celle choisie par l’auteur.
Par ailleurs... Il faut toujours lire les contrats que l’on signe ! Le fait que Sylvie ait signé à la va-vite pourrait se retourner contre elle le jour où elle trouvera l’arrangement avec Sandrine moins agréable. En tout cas, il y là une clé qui ne demande qu’à tourner en cas de besoin.

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jeudi 4 novembre 2021 à 10h16 - par  de Perry

Ces dix-neuf premières pages sont très intéressantes. L’auteur sait bien faire la part des actes, réussit à maintenir le suspense. Espérons seulement ne pas attendre indéfiniment la suite. Un GRAND PLAISIR de lecture. Sylvain.

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