La dalmatienne

lundi 13 mars 2006
par  Christine Arven
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Le dos ankylosé par une trop longue immobilité, elle se retourna cherchant vainement une position plus confortable. Le tapis avait beau être épais, elle se dit avec regret qu’il n’avait toutefois ni le confort et encore moins la douce chaleur du lit de son Maître dont elle avait été bannie pour la nuit. Mais bon, elle l’avait bien cherché ! Avec le recul, elle se demandait ce qui lui avait pris la veille au soir. Elle d’habitude si docile et si empressée à satisfaire les désirs de son Maître adoré avait fait preuve d’une indiscipline qui l’avait étonnée. C’est vrai que ce qu’il exigeait d’elle lui avait paru si énorme.

Ne lui avait-il pas fait part de son intention de l’emmener le lendemain matin chez un vétérinaire de ses amis (un vétérinaire !!!) pour qu’il lui pose un anneau inamovible portant la mention de son appartenance. Il lui avait même montré la petite plaque sur laquelle était gravé : "Nickie, propriété de A." Lui faire ça à elle, une dalmatienne pure race ! Comme si elle était une vulgaire chienne bâtarde ! Pire du bétail ! Ce n’était pas tant le fait de porter sur elle la marque de son appartenance qui l’avait contrariée. Au contraire, elle se sentait flattée que son Maître veuille afficher à tous qu’elle était à lui. Mais un anneau qui allait lui transpercer les chairs ! Autant la marquer au fer rouge avait-elle songé en frissonnant. Si ça se trouve, avait-elle pensé de façon elle le savait tout à fait irraisonnée, il allait lui faire porter cette médaille accrochée à l’oreille pire encore à ses narines. Comme si elle était une vache ! Ne comparait-il pas souvent se poitrine, certes fort opulente, à des mamelles et ses tétons à des pis qu’il tétait, pour son plus grand plaisir elle devait bien en convenir, goulûment. Il était bien sûr hors de question qu’elle se dérobe à ce qu’avait décidé son Maître. Elle n’avait d’autre alternative que d’obéir ou d’être chassée. Etre privée de la présence de son Maître ! Cette seule pensée l’emplissait d’angoisse. Totalement inenvisageable ! Mais elle avait pris, pendant toute la soirée, un malin plaisir à le contrarier, faisant notamment exprès de renverser la gamelle (sa si jolie gamelle bordée d’une farandole de minuscules dalmatiens qu’ils avaient choisi ensemble) dans laquelle il lui avait servi son repas et se refusant après coup à nettoyer le sol ainsi que son Maître le lui avait ordonné. Elle s’y était enfin résolue à contre cœur le corps en feu par les violents coups de cravache que son Maître avait assené sur sa croupe avec une brutalité qui ne lui était pas coutumière, preuve de sa colère à son égard, et qui l’avait fait, hurlante de douleur, s’enfuir dans un coin de la pièce afin d’échapper, en vain bien sûr, à ce déluge. Sur le moment, malgré la souffrance qu’elle éprouvait, elle en avait été secrètement satisfaite. Ainsi donc, elle avait le pouvoir de pousser à bout son Maître. Retenant ses sanglots et son humiliation, elle avait fini par lécher consciencieusement à grands coups de langue le carrelage de la cuisine jusqu’à faire disparaître toute trace de saleté. A dessein, afin à la fois de le provoquer mais aussi de l’amadouer, tout en lapant le sol, elle avait redressé sa croupe, cuisse écartées offrant elle le savait une vision qui ne laissait jamais son Maître indifférent. Mais ce soir là, elle était allée trop loin et il était resté inflexible. Lui refusant son pardon. Et tout ce qu’elle avait gagné de cette stérile crise d’indépendance mal placée avait été d’être reléguée pour la nuit sur le tapis. Loin de lui et de sa chaleur.

Ses cuisses la faisaient encore souffrir des coups de cravache reçus. Elle passa une main légère le long de ses fesses afin de calmer la brûlure qui les irradiait encore. A coup sûr, se dit-elle, elle allait garder de nombreux jours la trace de cette punition méritée. Et cette pensée la ravit. Elle aimait tellement avoir sur elle la marque de son Maître. Finalement, elle ne comprenait plus très bien, sa réaction de la veille. De temps en temps, elle avait ainsi des crises de rebellion qu’elle regrettait ensuite amèrement. Mais bon, la vie de chienne n’est pas toujours facile. Son Maître devrait en être conscient et se montrer plus patient avec elle qui faisait de son mieux. Immédiatement, elle regretta cette pensée. Qui était-elle pour oser juger son Maître qui savait bien sûr mieux qu’elle ce qu’il convenait de faire pour qu’elle devienne une chienne soumise et docile.

De nouveau, elle se retourna en gémissant. Décidément, le tapis n’était vraiment pas confortable. Et puis, elle avait froid. Jamais, elle n’arriverait à se rendormir. Du lit, lui parvenait un léger ronflement. Elle se redressa à quatre pattes et écarquilla les yeux pour essayer d’apercevoir son Maître dans l’obscurité de la chambre. Il était étalé dans toute la largeur du lit, bras et jambes écartés en une invite qui la fit frémir d’envie. Apparemment profondément endormi. En tout cas son souffle régulier et profond le laissait supposer. Elle hésita un moment. C’est vrai qu’il lui avait ordonné d’un ton sans réplique de dormir sur le tapis au pied du lit. Mais bon, songea-t-elle si elle faisait suffisamment attention, il ne se rendrait compte de rien. Et puis quand bien même, elle serait si câline qu’il n’aurait pas à cœur de la renvoyer. De toute façon, elle était sûre qu’il serait content de la trouver, à son réveil, contre lui le léchant ainsi qu’elle en avait l’habitude à petits coups de langue. Elle commencerait par ses pieds, puis remonterait le long de sa jambe. Un moment elle s’arrêterait entre l’arc de ses cuisses, à cet endroit si sensible où s’accrochent les couilles pulpeuses et dodues qu’elle finirait, ivre de gourmandise, par happer entre ses lèvres. Puis sa langue agile continuerait sa course le long de son membre en éveil, juste quelques coups de langue afin de bien le faire grossir puis sa langue glisserait le long de son ventre, de son torse, son cou pour finir sa course sur sa bouche dans laquelle elle s’engouffrerait avec avidité à la recherche de sa langue à lui pour s’y enrouler. Un frisson de désir la transperça à l’évocation de sa langue sur le corps de son Maître. Comme elle l’aimait. Comme elle aimait le goût de son corps. Son odeur aussi. Elle eut un brusque mouvement de recul qui la tira de sa rêverie amoureuse alors que son Maître se retournait dans le lit. Dans le mouvement, le drap qui le recouvrait avait glissé le découvrant entièrement. La vision du corps nu de son Maître, de son sexe qui reposait mollement sur sa cuisse firent s’évanouir ses dernières hésitations. D’un mouvement souple, elle se redressa et se glissa en silence dans le lit au pied de son Maître, sa tête reposant à quelque centimètre du membre convoité

Un moment, elle resta immobile osant à peine respirer. Puis son corps se détendit. Tout allait bien. Son Maître dormait. Tout près d’elle. Elle pouvait sentir le parfum de son corps exciter ses narines. Sa chaleur. Elle était bien ainsi, elle sa chienne fidèle, à la place qui lui était dévolue. Involontairement, un soupir de contentement lui échappa, qu’elle regretta aussitôt. Un bref moment rien ne se passa et elle commençait juste à se décontracter qu’un violent coup de pied la projeta au sol.

— Qui t’a permis de monter sur le lit, tonna son Maître

Elle le regarda d’un œil apeuré. Elle savait bien que son Maître ne se laisserait pas apitoyer par son air battu mais elle ne pouvait pas s’empêcher d’essayer. Et puis de toute façon, c’est vrai qu’elle ressentait une profonde détresse à être ainsi rejetée après avoir frôlé l’extase. Elle se recroquevilla sur le sol, tremblante de désespoir. Elle aurait tellement eu envie de lui dire qu’elle s’excusait, qu’il veuille bien lui pardonner son inconduite de la veille, qu’elle ne recommencerait plus, qu’elle l’aimait, qu’il pouvait faire d’elle ce qu’il voulait, qu’elle voulait juste être digne de son amour, quelle serait obéissante. Elle aurait voulu lui dire tout cela. Mais bien sûr une chienne ne peut pas parler. Seule son attitude pouvait lui montrer sa contrition et son amour. Elle le regardait les yeux noyés de larmes.

Un moment, il resta immobile à l’observer. Sa chienne. Sa douce brune. Sa chose. Son animal. Sa propriété. Un sentiment très fort l’étreint, mélange de pouvoir et d’amour, à la voir le regarder suppliante implorer son pardon le faisant osciller entre le désir de conserver sa stature de Maître inflexible et celui de la prendre dans ses bras et de la consoler. Dissimulant son regret, il lui montra du doigt le tapis en songeant qu’il se punissait au moins autant qu’il la punissait elle. Il ne put toutefois, juste avant de s’endormir, retenir sa main qui vint se poser sur la nuque de sa dalmatienne qu’il flatta tendrement et c’est ainsi qu’elle s’endormit, heureuse.

Retrouvez ce texte dans le livre (papier ou téléchargement) : A toi au jour le jour : Chronique d’une soumission




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