La marque

mardi 27 février 2007
par  Mafca
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Comme il le lui a demandé elle s’est changée en rentrant du travail. Enfin changée si l’on peut dire. Elle a pris une douche, a contrôlé l’intégralité de son épilation et a simplement enfilé un manteau pour l’attendre.

Dés qu’elle entend la voiture s’arrêter devant chez elle, elle sort et monte dans le véhicule.

« Bonsoir, tu as bien fait ce que j’ai demandé ?

— Oui, voulez-vous vérifier ? »

A peine a-t-elle fini sa phrase que l’homme lance sa main sur son genou, remonte rapidement sur la cuisse et atteint sans encombre l’intimité pas encore moite de la dame.

« C’est bien nous pouvons y aller alors. Tu sais … Je t’emmène en un lieu vraiment particulier. Lorsque nous arriverons …

— Je sais tout cela, vous me l’avez déjà dit.

— Oui mais je veux être sûr que tu as bien compris ce qui t’attend. Je vais te laisser devant la porte d’entrée, tu sonneras et attendras que l’on vienne t’ouvrir. Une fois que tu seras à l’intérieur, tu seras seule. Tu es sûre de pouvoir le faire ?

— Oui. Je m’accrocherai à votre image pour tout supporter, pour vous prouver que je suis digne du temps que vous m’accordez et …

— Et ?

— Et de l’amour que vous éprouvez pour moi.

— Oui je t’aime, je sais bien que je ne te le montre pas beaucoup, que tu aimerais que je passe plus de temps avec toi, mais cela va bientôt venir, je te le promets. Je suis sur un poste qui va me permettre de me rapprocher. Ainsi nous pourrons enfin vivre ensemble. »

A ces mots le visage de la femme s’éclaire et un sourire se pose doucement sur ses lèvres pleines et rouges.

Ils roulent en silence pendant presque 1 h 30. Elle sent le sommeil venir, ses paupières se faire de plus en plus lourdes et finalement elle sombre.

Une légère secousse sur son épaule lui fait ouvrir les yeux. Devant elle se dresse une modeste demeure. Elle a bien du mal à cacher son désappointement. Elle s’attendait à quelque chose de plus grand, de plus beau. Et la devant elle se dresse un, certes beau, pavillon de banlieue aisée. Elle regarde l’homme qui se tient à coté d’elle. Il sourit, la regardant tranquillement puis se penche sur le coté. Instinctivement elle ferme les yeux et s’apprête au baiser d’au revoir. Elle sent de l’air frais s’engouffrer dans la voiture, ouvre les yeux pour le découvrir toujours dans la même position, toujours avec le même sourire. Seul différence notable, la portière coté passager est ouverte. Les jambes légèrement tremblantes elle se dirige vers la porte qui n’a rien d’impressionnant, sonne et attend. A peine la porte a-t-elle commencé à tourner en silence sur ses gonds qu’elle entend dans son dos la voiture s’éloigner.

Une jeune femme, blonde, le visage avenant lui fait signe de s’avancer. Elle pénètre dans un petit vestibule simple, sans fioriture. Une nouvelle fois elle sent la déception poindre. Elle qui avait tant fantasmé cet instant, elle qui espérait quelque chose de magique, de magnifique elle se retrouve dans un modeste pavillon, dans ce vestibule qui ne paye pas de mine. Au moment ou elle ouvre la bouche pour dire quelque chose, la blonde est plus rapide. Elle pose un doigt sur les lèvres de cette femme vêtue d’un manteau et lui fait signe de la tête de ne pas parler. Avec une infinie douceur cette blonde lui enlève le manteau qui lui tient plus que chaud. Elle ne sourit même pas, ne cille pas en voyant la nudité de cette autre femme. Puis toujours sans un mot la blonde lui fait signe de la suivre. Elles passent ensemble une porte banale et se retrouvent dans une pièce entièrement plongée dans le noir, si ce n’est quelques bougies qui diffusent une lumière blafarde qui n’éclaire pas grand-chose.

Une voix féminine brise le silence presque pesant.

« Ainsi voici notre nouvelle recrue. Mesdames, Messieurs, je vous présente Anaïs. Selon ses désirs elle est ici pour satisfaire la moindre de nos envies, de nos caprices. Bien entendu chacun est libre de s’en servir selon ses préférences. »

A peine a-t-elle terminé cette présentation que des applaudissements remplissent la salle.

Anaïs commence à prendre peur. Combien sont-ils ? La voix à bien dit Mesdames et Messieurs ? D’un seul coup elle hésite, ne sait plus très bien. Oui elle a promis qu’elle le ferait, oui c’est elle qui en a fait la demande. Mais tout ceci ! Cette mise en scène ! La pièce est surchauffée et pourtant elle sent sur ses bras ses poils se dresser.

Puis la blonde revient.

« Vous êtes d’accord avec tout ce qui vient d’être dit ? »

« Oui. » Un souffle plus qu’un mot. Un désir plus qu’une affirmation.

« Parfait, je vais vous bander les yeux. Voila comme ça. Maintenant posé votre main sur mon épaule. Nous y allons ».

Anaïs se sent un peu perdue. Elle tente de suivre tant bien que mal cette femme. Elle tourne à gauche, fait quelques pas, tourne à droite. Il lui semble qu’elles marchent toutes les deux pendant de nombreuses minutes, trop de minutes pour cette petite maison.

Enfin la femme s’arrête.

« Nous sommes arrivées. Dans un premier temps nous allons vous mettre des bouchons d’oreilles, nous souhaitons que vous ne soyez réceptive qu’aux sensations, pas de bruit, pas d’image. Bon plaisir ».

La femme prend la main d’Anaïs et la retire de son épaule. Elle est désormais nue au milieu de tout ces gens, l’ouïe et la vue coupée. Elle patiente, tentant maladroitement de se tenir debout. Une main chaude vient se poser en coupe sous son sein. Malgré la douceur du contact elle ne peut pas s’empêcher de sursauter. Dans sa tête défile des visages, des corps, les propos qu’ils doivent s’échanger sur elle. La main se fait plus pressante, caressant presque amoureusement cette rondeur. L’un des doigts remontent sur l’aréole, tourne autour, revient, monte jusqu’au mamelon qu’un ongle agace légèrement. Pour ne pas perdre l’équilibre elle écarte légèrement les jambes. Aussitôt une autre main vient se poser sur son entrecuisse. Les mots se mélangent dans sa tête. Salope. Pute. Soumise. Oui elle veut être tout cela … Pour l’homme qu’elle aime, pour l’homme qui l’abaisse à cet état pour mieux la relever par son amour. La main sur son sexe bouge, caresse largement cette fente qui s’ouvre pour devenir accueillante.

Un doigt se glisse en elle, sort, revient, sort à nouveau, revient. Un autre se pose sur ses lèvres. Elle l’aspire. Ce doigt porte son odeur. Alors d’où vient celui qui la fouille. Ceux car maintenant ils sont plusieurs en elle. Et puis toujours cette main sur son sein qui n’en finit pas de jouer. Les mains toutes ensembles se mettent à glisser sur son corps, se croisent, se chevauchent. Des doigts entrent, sortent de sa bouche, de son sexe. Des ongles griffent, des cheveux la frôlent. Elle se sent partir. Sans s’en apercevoir elle a encore écarté les jambes. Deux mains (appartiennent-elles seulement à la même personne ?) l’attrapent par les poignets et lui font attraper une barre qui se trouve au dessus d’elle. Elle s’en saisit au moment où une claque tombe sur ses fesses. Elle a l’impression de pousser un immense cri tellement celui-ci se répercute sur les parois de son cerveau, part, renvient en écho à lui-même. Des bracelets sont passés à ses poignets. Elle les sent, bracelet de cuir matelassé. Mais que vont-ils lui faire ? Qui sont-ils ? Puis une main sur sa cheville lui fait lever le pied et reposer presque aussitôt sur un support moelleux. Le deuxième pied suit et se retrouve aussi en hauteur. Elle imagine la vue qu’elle offre, les mains au dessus de la tête, les cuisses écartées, impudiques avec son sexe qui réclame, son derrière visible par tous. Plus personne ne la touche. Son corps est tendu, attendant avec une impatiente appréhension son châtiment.

A nouveau la main vient sur son sein, joue un peu avec le mamelon puis elle est remplacée par quelque chose de froid. Cela glisse un peu sur son sein, va sur l’autre, glisse d’une rive à l’autre et d’un seul coup la douleur. Pas une douleur terrible, pas une douleur à hurler mais une douleur surprise. La pince sur le sein n’est pas forte, sans doute juste suffisante pour qu’elle tienne en place. Mais elle n’a que ça, uniquement cette sensation bientôt doublée puisque une deuxième pince vient ornée son autre sein. La notion du temps lui échappe totalement. Il n’y a que cette douleur diffuse qui tend à se concentrer sur et dans ses seins. Elle appelle, d’abord doucement, juste un murmure. Puis petit à petit son murmure se transforme en plainte. Elle a l’impression que les pinces se font mordantes, qu’elles se serrent de plus en plus. Une main doucement se pose sur son épaule, elle sursaute, se tord mais se tait. La main glisse entre ses seins provoquant chez elle un tremblement qu’elle ne peut pas contrôler puis elle frôle une pince arrachant à Anaïs un cri de douleur. Elle sent quelque chose sur son sexe, un souffle chaud qui immédiatement transforme son cri en un râle de plaisir. Quelque chose de doux lui parcourt la fente, une langue ? Autre chose ? Elle ne sait pas mais elle sent son désir couler. La main a saisit une pince et l’ouvre. Elle attend, concentré sur cette sensation, oubliant ce qui se passe plus bas. D’un seul coup elle est là, la douleur de son sang affluant dans son mamelon, explosion intense qui la projette dans des gouffres de délicieuses douleurs. A peine s’est elle remise que la deuxième pince est retirée. L’attente et puis à nouveau le déferlement, la prise de conscience brutale de l’existence de ce petit bout de chair. La langue, car c’en est bien une, continue plus bas son office, explorant sans répit les moindres recoins de cette bouche humide de délicieuses saveurs. Alors que son corps commence à bouger en rythme, tout le monde l’abandonne. Elle reste plantée là, agrippant de toutes ses forces la barre qui l’a sauvé du naufrage. Puis avec douceur ses pieds rejoignent le sol, ses poignets sont détachés. Elle manque de s’écrouler, les jambes parcourus de milliers de fourmis mais des mains fermes la retiennent. Elle se sent entrainée, trainée vers un ailleurs. Le chemin n’est pas long. On l’a fait s’allonger sur quelque chose de moelleux et de chaud puis à nouveau elle est attachée, cette fois les bras et jambes en croix. Les liens sont fermes, serrés forts. Elle tente de bouger mais des sangles sont passées autour de ses chevilles, de ses poignets, et même de son cou. Des mains soulèvent son masque. Elle met à peine dix secondes à se repérer. Dans une cheminée une flambée jette dans la pièce des lueurs dans les tons rouges. En arc de cercle, face à Anaïs, en contre jour des personnes confortablement installé dans des fauteuils. Elle ne distingue pas leur trait. Au moins 6 fauteuils et autant d’occupants. Aucun d’eux ne bouge. Peut être parlent-ils ? Du coté de la cheminée un homme debout qui s’approche d’elle. Il tient à la main une barre de fer. Une fois arrivé à son coté il lui montre, faisant aller doucement la tige devant son regard affolé. Elle sait ce qu’il va faire, elle sait qu’Il veut qu’elle soit marquée. Au bout de la tige se trouve un dessin compliqué, comme celui servant pour marquer le bétail.

Elle lance un regard troublé à l’homme. Il sourit calmement puis pose la tige métallique sur le ventre d’Anaïs. Elle tremble, sent les larmes monter dans ses yeux. Non cela elle ne veut pas. Même pas par amour, pour rien au monde. Si seulement Il était là. Mais peut être est ce le cas. Peut être est-il parmi ces personnes assises qui la regardent. Pourquoi personne ne bouge ? Pourquoi personne ne vient à son secours. L’homme s’éloigne, fouille quelques instants devant la cheminée et revient avec un seau plein de braises. Il le pose à coté du lit. Elle sent la chaleur dégagé par les braises qui rougeoient et ses yeux laissent couler son effroi. L’homme plonge le bout de la tige dans le seau, le retire, lui montre. Il commence déjà à prendre une couleur rouge menaçant. Puis il la replonge dans le seau L’homme dit quelque chose, elle voit ses lèvres bouger. Sans aucun doute parle t-il aux personnes assises. A nouveau il lui montre le fer. Cette fois il est rouge profond, diabolique. Il l’approche de sa peau. Elle sent la chaleur qui s’en dégage. Elle commence à paniquer. Si seulement il lui retirait les bouchons d’oreille, qu’elle entende ce qui se dit, qu’elle entende leurs encouragements. Au lieu de cela l’homme à nouveau pose le bandeau sur ses yeux. Elle se tend, contracte tout son corps. La chaleur approche puis la sensation de brûlure qui la fait hurler de douleur, se cambrer, se tordre, tirer sur ses liens. Son corps lui échappe, il semble pris d’une vie propre. Mais déjà la douleur s’estompe, déjà le cri dans sa bouche se réduit. La douleur n’est plus là. Son corps est pris de soubresaut, elle tremble. Des mains douces lui retirent son bandeau. Il est là, au dessus d’elle, la regardant tendrement avec une lueur d’inquiétude.

Un flot de parole s’écoule de sa bouche mais Il se penche sur elle, retire ses bouchons et toujours tendrement la délivre de ses liens. A peine à t-il défait le bras ou elle a sentit la marque qu’elle le porte à son regard. Rien, pas une trace. Les paroles de l’homme parviennent enfin à son entendement.

« Chut, du calme mon amour, ma tendre. Chut. »

Elle s’agrippe à cette voix, se blottit entre les bras chaud et réconfortant.

Quelqu’un allume la lumière. Elle ne peut s’empêcher de quitter le havre de paix constitué par les bras de son amant pour se tourner vers les fauteuils avec une furieuse envie de leur hurler dessus. Mais au lieu de la brodée d’injure c’est un rire qui nait dans sa gorge.

En face d’elle se trouve 5 mannequins qui la regardent de leurs yeux de verre. Elle rit, encore et encore, libérant toute la tension accumulée. Elle rit, pleure, pleure encore et continue de rire. Et puis le rire petit à petit s’estompe. Elle regarde cette pièce banale sous l’éclairage de l’halogène. Puis son lit et découvre la coupelle ou finit de fondre un glaçon. Elle se presse encore contre la poitrine de l’homme et dans un souffle murmure :

« Je t’aime. »



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