Mémoires d’André Sabatier chap 11 à 15

lundi 13 juin 2005
par  Richard Tuil
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CHAPITRE XI.

Nous refîmes l’amour très souvent, et durant la seconde fois ce fut merveilleux, autant que la première fois, mais mieux encore, car Mirabelle n’a pas eu mal cette fois.

J’aimais Mirabelle de plus en plus, et je m’attachais à elle toujours de plus en plus. Je n’imaginais plus la vie sans elle, ni même mon avenir sans elle. C’était avec elle que je voulais le construire.

Elle—même avait des projets semblables pour son avenir, et je l’embrassais tout le temps.

À ce propos d’ailleurs, M. Calejon, le prof de maths nous fit, un jour cette réflexion : »Vous devriez arrêter de vous embrasser en public ! » Toute la classe se mit à rire, et Richard, qui était juste derrière nous a dit : « Non continuez ! C’est tellement beau ! » En fait, je crois qu’il nous enviait, car il me semble que Muriel ne l’aimait pas comme il aurait voulu être aimé d’elle ! C’était désolant !

Mais j’en reviens à notre amour à nous, et non à celui des copains.

Mirabelle était de plus en plus radieuse, de plus en plus femme, de plus en plus belle ! Et moi, j’en étais de plus en plus amoureux ! Mais ça, je crois que je l’ai déjà dit.

Au mois de décembre 1980, durant les vacances, nous décidâmes de rechercher un nid d’amour où nous pourrions abriter nos ébats quand nous le voudrions. Bien sûr, j’aurais passé ma vie à lui faire l’amour si cela avait été possible, mais à notre âge, et notre condition…

En fait, nous trouvâmes plus : nous pouvions nous retrouver dans un petit meublé des Chênes, qu’un ami de Frédéric nous sous—louait pour 500 francs par mois, ce durant trois mois, de février à avril 1981. Puis, il nous le laissa sans réclamer un centime. J’avais réussi à économiser tout mon argent de poche que m’octroyait mes parents.

Mirabelle était aux anges, et ce bonheur était contagieux, et puis, cela me rendait heureux.

L’année 1981 entamée, elle passa comme un charme, et arrivèrent les grandes vacances, celles de l’été.

Et comme chaque année, nous fûmes séparés. C’était aussi triste que ça !

CHAPITRE XII.

Malheureusement, nous n’avions aucun contact lors de nos vacances d’été, et je trouvais que ça n’avait que trop duré ! Je décidais donc d’y remédier l’année suivante, si bien sûr, elle était encore à Cergy. « Tu viendras à Villeurbanne ! » m’avait—elle dit, et moi, bien sûr, j’espérais que ce soit possible.

À la rentrée des classes, notre niveau scolaire avait quelque baissé, nous avons donc redoublé Mirabelle, Ali Bénaïni, Richard Tuil, Mariano Cecchin et moi—même.

Ainsi, nous fûmes tous ensemble pour une quatrième année au Collège de la Justice. Cette année—là, d’ailleurs, c’était Mme Francesca Cadain qui était notre prof principale et de français, et si j’en parle ici, c’est parce que Mariano et Ali en étaient amoureux.

Mais je reviens à Mirabelle :

À chaque fois que nous nous retrouvions après les vacances, elle était toujours plus et encore plus belle !

Cette année, elle avait décidé de changer de coiffure, et je ne me mêlais pas de ce genre de choses. Donc, le mercredi 9 septembre, elle s’est fait friser les cheveux. Cela la changeait, mais elle était MA Mirabelle. Elle me disait déjà que c’était sa dernière année scolaire à Cergy, et qu’il faudrait en profiter ; il fallait que nous en profitions.

Alors, c’est ce que nous fîmes : cinéma, piscine, ballades, restaurants, et amour… à n’en plus finir !

Je sentais aussi que les derniers moments approchaient et au lieu de m’attrister et de me morfondre sur mon sort, que dis—je ? sur notre sort, je, nous bouffions la vie aussi souvent que possible. Il ne se passait pas trois jours sans que nous ayons fait l’amour.

Ses parents et les miens étaient d’accord pour que l’été 1982 ne se passe pas l’un sans l’autre, mais nous n’en étions pas encore là, et heureusement !

Mais alors, l’année commençait à peine, et j’étais encore heureux d’être dans la classe de Mirabelle. J’avais toujours eu cette chance depuis qu’elle habitait à Cergy. Nous entamions une cinquième année dans la même classe.

J’avais une appréhension malgré tout : qu’est—ce qui faisait que Mirabelle s’attache tant à moi ? J’avais peur qu’à Villeurbanne elle ne m’oublie. J’avais peur qu’elle ne s’entiche de quelqu’un d’autre…

Elle remarqua mon air sombre, et me demanda pourquoi j’avais l’air si triste. Quand je lui parlais de ce qui me troublait, une vague de tristesse traversa son regard tendre. Puis, elle sourit, faisant ressortir ses jolies fossettes, et posa sa main gauche sur sa hanche gauche, et sa main droite sur sa main gauche.

— André, je t’aime. Et je crois que je ne pourrais aimer comme je t’aime. Je pense que suis à toi. Tu vois, je pense que tu es à moi toi aussi. Je n’aime que toi, et je ne t’ai jamais trahi ni dans mes actes, ni dans mes paroles, ni dans mes pensées, ni dans mes sentiments. J’ai été dure avec toi, je le reconnais, lorsque nous nous sommes séparés en novembre 1978…

— Tu te souviens encore de cette date malheureuse ? dis—je réellement étonné.

— Je m’en souviens, et je regrette, crois—moi, la dureté avec laquelle je t’ai traité à l’époque ! J’aurais dû te pardonner immédiatement au lieu de perdre quatorze mois de notre vie. Quatorze mois de gâchés ! D’autant que je sais que tu n’es pas du genre à aller chercher un paquet de clopes, et de revenir trois jours après. Mais je sais que tu m’as pardonné, et que cela n’a plus d’importance.

— D’autant que je ne fume pas !

— Alors, je t’en prie, dit—elle en riant, ne sois plus triste, et ne gâchons pas les quelques mois qui nous restent à vivre.

Je l’embrassais, et :

— Mirabelle, veux—tu m’épouser ?

— Nous n’avons pas encore pas dix—huit ans, fut sa réponse.

— Et alors ? si nos parents sont d’accord, on peut le faire. On a seize ans, et on peut donc être émancipés.

— Je sais. Mais je préfère attendre d’avoir dix—huit ans. Comme ça, on sera vraiment heureux. Et puis, j’aurais dix—huit ans cinq mois avant toi. Dans ce cas, on le fera en septembre 1983, dans deux ans, si tu es d’accord.

— Tu veux dire que tu es en train de fixer une date pour cet événement ?

— En effet André ! Je t’aime, et je veux qu’on se marie. Mais pas avant.

— Comme tu voudras mon amour, et je l’embrassais de nouveau.

Ainsi, elle avait décidé qu’on se marierait avant la rentrée des classes, en septembre 1983. J’aurais ainsi dix—huit ans, et je serai l’homme le plus heureux de la Terre.

Cette discussion se passait le samedi 22 novembre 1981, et, j’étais heureux comme un poisson dans l’eau !

Quelques jours plus tard, c’était déjà la fin de l’année, et nous avons été voir « Popeye » de Disney en VO, au cinéma avec Abouaf et Cadain (j’en connais deux qui étaient aux anges !). Moi—même, j’étais très content d’être avec Mirabelle au cinéma. J’étais très heureux.

Avec les vacances, nous vîmes « la tour infernale » et « Fra Diavolo » à la télé. Puis, nous les revîmes chez Muriel Grimont, celle de Richard, car ils avaient chez eux un magnétoscope betamax Sony, chose qui était encore très rare à l’époque.

Au début de l’année 1982, Mirabelle se refrisa les cheveux, car ils étaient de nouveau très raide.

C’est aussi à cette époque que Mirabelle se luxa la cheville droite. En effet, le 7 janvier, elle avait glissé sur le verglas qui avait recouvert la neige en ce début de 1982.

Il y avait un chemin de terre pour aller au collège, et en grimpant la colline qui menait sur la route, Mirabelle a glissé. Je l’ai accompagné à l’hôpital, où elle s’est fait plâtrer. Sa mère nous accompagnait.

Depuis que sa fille et moi avions fait l’amour, et comme elle voyait que nous étions toujours ensemble, elle me considérait comme son fils. Cela lui en faisait un troisième !

Frédéric et Franck me regardaient plus comme un frère que comme un ami ; et j’étais heureux ainsi.

Alors, durant deux semaines, Mirabelle ne put venir au Collège, et j’avais dit à Francesca Cadain, ainsi qu’aux autres profs, sur le ton de la galéjade : « Voulant prolonger ses vacances de Noël, elle s’est fait mal, pour rester à la maison ! »

Bien sûr, tout le monde a bien ri, mais moi, cela me permettait de rester le soir avec elle.

En effet, j’étais chargé, volontaire aussi, de lui apporter les devoirs, et nous les faisions ensemble, tant qu’à faire !

Nous profitions de ces moments pour faire bien d’autres choses, et c’est vrai que nous nous aimions si fort, que cela arrivait tout aussi naturellement que de boire, de manger ou bien de dormir. Mais à chaque fois, c’était un acte nouveau, un acte sublimé par ce grand amour.

On ne peut pas dire que nous étions des obsédés sexuels, ou des malades, ou des fous de sexe. Non ! Nous vivions un amour si grand, si fort, qu’il était naturel de faire l’amour. Et du fait que nous étions séparés la plus grande partie de la journée, nous n’étions jamais pris au dépourvu.

Je n’arrive pas, aujourd’hui encore, à réaliser la beauté et la force de cet amour. Je me demande pourquoi Mirabelle m’avait choisi, car on ne peut pas dire que je sois vraiment « beau » ! Et même à l’époque de nos 16 ans, elle, elle était belle, moi pas. Je me souviens très bien de ces jours heureux, où nous nous regardions, sans mot dire, et nous prenions un plaisir immense et simple à nous aimer. Nous étions vraiment faits l’un pour l’autre ; et malgré les années qui se sont écoulées depuis, je me rends compte maintenant, qu’elle était la meilleure, dans tous les sens du terme, sans aucune trace de moquerie, et sans être péjoratif. Non ! Il n’y avait pas que le sexe dans la vie, même si celui—ci, devenait de plus en plus important.

Un jour, Mirabelle voulait que je lui apporte les disques de Kool and The Gang et de Earth, Wind and Fire. Alors, je lui ai apporté « Ladies’ Night » et « I am », deux disques de 1979. C’étaient les seuls que je possédais de ces deux groupes mythiques des années 1970—1980.

« Mais non ! me dit—elle. Ce n’est pas ceux—la que je voulais. Ce sont leurs derniers : « Something special » et « Raise »

Alors, je me les suis procurés, car tout comme moi, elle aimait ces musiques.

J’étais aux anges, car nous avions les mêmes goûts, pratiquement en toute chose.

Nous rêvions souvent ensemble, et rien que de la voir sourire ou rire me faisait jubiler. J’étais heureux lorsqu’elle l’était.

CHAPITRE XIII.

J’étais parti rejoindre mes grands—parents à Toulon durant la semaine de vacances de février, et Mirabelle me manqua. C’est pourquoi je lui écrivais tous les jours un petit mot, et je lui fis faire, venant du Var, un rond de serviette en argent, avec son prénom gravé dessus. Il était plutôt joli, et comme d’habitude, je n’ai pas regardé à la dépense. C’était la tante de ma mère qui m’avait payé ce voyage, et je n’avais pu rien faire, je veux dire que je n’ai pu y échapper.

Après son accident, Mirabelle fut immobilisée durant deux semaines, et après avoir repris les cours vers le 20 janvier nous fûmes de nouveau ensemble en classe. J’étais toujours content : mais je ne pouvais pas oublier que l’échéance du 1er septembre au plus tard approchait ; et je commençais à compter, non plus les mois, mais les semaines. J’avais très peur. Mirabelle allait quitter la Croix Petit, non pour un autre quartier de Cergy, mais pour une destination plus lointaine : 400 km !

« Tu sais, je viendrai chez ma tante aux Linandes », m’avait—elle dit. Et j’avais besoin de le croire, sinon, j’allais mourir.

J’avais écrit entre 1980 et 1981, dans le secret d’un petit cahier, quelques lettres qui ne devaient pas être lues par n’importe qui. Ces lettres étaient adressées à Mirabelle, j’en reprends ici quelques—unes :

« Cergy, le 11 avril 1980.

Ma Très Chère Mirabelle,

Si à la fin de l’année, c’est accepté, tu partiras, tu laisseras le vide et l’ennui. Le jour où tu partiras sera pour moi jour de tristesse et de désespoir. J’espère vraiment que tu ne partiras pas.

Celui qui t’aime plus que lui,
André Sabatier. »

« Cergy, le 1er juin 1980.

Ma Très Chère Mirabelle,

Si je te lègue tant de choses de valeur, c’est que je t’aime, tu as dû le deviner.

Celui qui t’aime plus que lui,

André Sabatier. »

« Cergy, le 23 juin 1980.

Ma Très Chère Mirabelle,

Hier soir j’ai pleuré en pensant à toi, car ce soir c’était peut—être le dernier jour que je te vois, si je ne reviens pas de Toulon ou d’ailleurs, voilà la raison de mes larmes.

Celui qui t’aime plus que lui, André Sabatier. I love you… »

Et plein d’autres…

Ces lettres, elle n’a jamais eu l’occasion de les lire, et même si elles datent de 1980—1981, j’étais convaincu que lorsque Mirabelle partirait pour Villeurbanne, je ne survivrai pas à un tel choc.

Ainsi va la vie des hommes : elle ne change pas ! Des joies et des peines se partagent tout le temps de la vie ; et son départ paraissait si proche que je n’étais pas sûr de vivre très longtemps.

« Ne sois pas triste ! me disait—elle. Prends la vie du bon côté et profitons de ces quelques heures heureuses. »

Elle me disait souvent cette phrase avant que nous ne fassions l’amour. Et je goûtais à ses charmes autant que je le pouvais, et elle—même en profitait car elle était très sensible, et quelle que soit la partie de son corps que je touchais ou caressais, elle réagissais très vite, et nos liqueurs intimes s’emmêlaient dans une jouissance et un plaisir total.

Le printemps arriva, et avec lui, la saison de l’Amour, et je ne pouvais plus me passer de ma belle Mirabelle qui avait eu 17 ans en février, et j’éprouvais pour elle, rien d’autre qu’un réel et profond amour. J’étais accroc !

Même si j’ai connu d’autres femmes après elle, je n’ai jamais ressenti la même chose qu’avec elle. J’étais subjugué, parfaitement conditionné et j’étais tellement enthousiaste quand je la voyais : je pouvais déplacer les montagnes pour elle, et même décrocher la lune pour elle ! Une seule a réussi à me faire ressentir la même chose, à moindre échelle malgré tout, c’est Seana.

Si on devait graduer l’amour, ou bien noter sur 20, je dirai que Seana a 18 sur 20, et Mirabelle : 20 sur 20.

Mais j’en reviens à la saison des amours : nous étions toujours ensemble ; elle venait chez moi, et je venais chez elle. Nous étions chez nous, chez elle comme chez moi.

Comme j’étais très peu enclin à me passer d’elle, malgré que je n’avais pas le choix, je décidais de mettre fin à mes jours après son départ, ou après ses dix—huit ans, lorsqu’elle me quitterait. Mais elle m’avait « promis » qu’on se marierait en septembre 1983, lorsque j’aurais 18 ans révolus. Elle me l’avait promis.

En avril, avec les vacances, elle dû s’absenter, et j’errais comme une âme en peine. Je tournais en rond, chez moi… ou même chez elle, car j’y étais comme un enfant de la maison. Mais je n’arrivais pas à ne pas m’ennuyer.

Quand elle était là, nous faisions l’amour physique et psychique.

J’étais parfois heureux, d’autres fois inquiet, mais elle était toujours là pour me remonter le moral, et pour me rendre le sourire.

Quand arriva le mois de mai, durant une semaine où Mirabelle était malade, elle décida d’aller voir sa tante à la clinique d’Ermont : celle—ci se faisait opérer d’une éventration, je crois.

Mais pour y aller, je devais sécher quelques cours de la matinée, et pour retourner en cours l’après—midi, sans que cela se sache. Je n’avais encore jamais fait la bleue !

Nous nous étions mis d’accord le lundi soir, quand je lui apportais les devoirs que le lendemain matin j’irai en cours, et que je reviendrai la chercher à 9h45, après le premier cours. Ensuite, nous irions prendre le bus à la station de la Croix Petit pour que je ne sois pas vu, et de là pour la gare de Pontoise où nous prendrions le train pour Ermont.

Bernard Amat, le surveillant me signa mon bulletin d’absence, ainsi que le bon d’entré, comme si j’avais été présent à tous mes cours. Bernard a cru à cette histoire de rendez—vous urgent chez un médecin.

Mais Catherine, la mère de Mirabelle, ne voulait pas que je sèche un cours. Nous avons fait fi de ses désirs, et j’ai séché le cours d’EMT (Education Manuelle et Technique), que j’avais de 10h30 à 11h30.

Alors, comme prévu, je suis arrivé vers 9h50 chez Mirabelle, et après l’avoir embrassé, nous sommes partis pour Ermont.

C’est vers 10h40 que nous sommes entrés dans la chambre de sa tante Mireille.

Elle allait bien, et après une discussion d’environ un petit quart d’heure, Mirabelle, ma chérie, s’est sentie mal ! C’était l’odeur de l’éther qu’elle ne pouvait supporter.

Nous dûmes sortir plus tôt que prévu. Par contre j’avais prévu deux sandwichs au pâté, car j’avais dit à ma mère, pour ne pas qu’elle se doute de quoi que ce soit à propos de mon école buissonnière de ce matin—là, que je devais prendre un sandwich pour manger le midi, car j’avais une réunion de prof/élèves avec Cadain, pour la classe de 3ème 3.

J’avais donc réussi à endormir la méfiance de ma mère, et de celle de l’administration scolaire.

Mais Gérard et Didier qui étaient, eux aussi au collège ne devaient pas le savoir non plus, alors j’ai inventé pour les copains de la classe, une histoire, qu’ils devaient répéter à mes frères Gérard et Didier, s’il y avait des questions de leur part.

Donc après être sortis de la clinique d’Ermont, nous avons pris le train pour Pontoise. Mais comme Mirabelle avait faim, je lui ai donné un de mes deux sandwichs. Elle a aimé le pâté.

Et tandis qu’elle rentrait chez elle, je retournais en cours, ni vu ni connu j’t’embrouille !

Ce fut une journée merveilleuse, où je prouvais encore mon amour pour elle, car sa mère ne voulait pas qu’elle y aille seule. Et sa tante avait dit, à juste titre, que j’étais « là » pour la soutenir !

Quelle journée merveilleuse !

Le mois de mai est passé, et après lui, juin est arrivé.

Le 1er, Mirabelle, m’avait donné deux disques : « Voyage » et le groupe Jacksons, leur disque « Destiny » de 1978.

Le 12 de ce mois—là, j’ai pris Mirabelle par la main, et je l‘ai amenée voir ce classique qu’est « Ben Hur », au cinéma de la Préfecture.

Ensuite je l’ai raccompagné chez elle, car il était déjà minuit passé.

Le lendemain, vers 10h, je suis allé la voir, et ce qu’elle m’annonça tomba comme un couperet de guillotine : le déménagement était pour septembre 1982, donc six mois avant la date prévue, et elle, Mirabelle, elle partait le jour même, chez ses grands—parents, pour ne plus revenir à Cergy. Ce fut la nouvelle la plus terrible que mes jeunes oreilles avaient entendue. Pire encore que le déménagement lui—même, car je commençais à m’y préparer, et j’en avais déjà subi le contrecoup.

J’avais été heureux la veille, et ce dimanche 13 juin 1982 fut catastrophique. C’était sa tante Mireille qui devait l’accompagner chez sa grand—mère et je devais juste accuser le coup !

Le pire était que la veille elle ne m’en avait pas dit un mot.

— Pourquoi ?

— Ecoutes André, je ne suis pas fautive, je ne le savais même pas hier. Mais ma grand—mère ne se sent pas très bien, alors cet après—midi, on doit y aller. On partira des Linandes vers 15h. justement, je voulais que tu m’y accompagnes : on partira d’ici vers 14h.

— D’accord, je viendrai… Mais tu comprends que je sois triste. »

Et là, je me suis mis à pleurer. Je ne pouvais plus me retenir. Je pensais que je ne verrais plus jamais ma douce Mirabelle.

Au bout d’un certain temps, je rentrais chez moi, les yeux secs, mais désemparé.

Je revenais quelques minutes plus tard, je ne pouvais pas la laisser partir sans la serrer dans mes bras et la couvrir de baisers. Nous pleurâmes en nous embrassant, et nos larmes couvraient nos visages. Et en écrivant ces lignes, mon cœur se souvient, et saigne.

Nous sommes partis, comme prévu vers14h, main dans la main. Tout était minuté !

Je portais le sac de Mirabelle, et ensemble, nous allâmes aux Linandes.

— Je ne sais pas si je reviendrai ; me disait—elle, je dois aider ma grand—mère. Elle est peut—être en train de mourir, et dans ce cas, je risque de prolonger mon séjour là—bas, tout l’été.

— Mais ce n’est pas possible !

— Et si, malheureusement. Je suis sa seule petite—fille, et il n’y a que moi pour l’aider.

— C’est bien la mère de ton père, non ?

Elle fit oui de la tête.

— Eh bien, pourquoi ce n’est pas lui qui y va ?

— Voyons André, il travaille, tu le sais.

— Qu’est—ce que ça à voir ? Il peut prendre des congés, non ?

— Oui, mais financièrement ce n’est pas possible, car cela serait un congé sans solde.

Je laissais tomber le sujet, et je faisais semblant de sourire, car je ne voulais pas qu’elle soit triste à cause de moi.

— Allons André, me dit—elle quand on arrivera aux Linandes, tu auras des vacances !

— Oui, bien sûr ! dis—je en me rappelant qu’effectivement je n’avais pas pris de vacances cet été—là, et je décidais d’aller la rejoindre si elle n’était pas rentrée au mois d’août.

Chez sa tante Mireille, qui était donc la sœur de son père, nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre, et nous recommençâmes de pleurer jusqu’à 15h.

Là, je redoublais de larmes… comment faire ? Et si jamais elle disparaissait de ma vue à tout jamais, et si elle m’oubliait ?… Mais quoi ? Je joue l’égoïste : n’étais—je pas aussi triste qu’elle ? Mais elle avait plus de courage que moi, car elle ne pleurait plus.

— Allons, ne pleure pas, me demandait—elle.

— Et comment tu veux que je fasse ?

— Allons—y ! avait dit Mireille.

Et après s’être embrassé, Mireille nous sépara, et me dit de ne pas perdre courage !

Oui, mais si Mirabelle ne se montrait plus à Cergy ? Qu’allais—je devenir ?

Je rentrais après un dernier regard, en pleurs. Son dernier geste fut un signe de la main, que je vis à travers le pare—brise de la Renault 30 de Mireille.

J’avais une chanson nostalgique dans la tête, le plus beau slow de Kool and the Gang : « Too Hot ».

Et d’un coup, le ciel s’est mis à pleurer avec moi !

Je rentrai à la Croix Petit, complètement aveuglé par mes larmes, et mes yeux piquaient. Je n’allais plus revoir Mirabelle, j’en étais persuadé, et je ne pensais qu’à ça. Mes parents avaient accepté, pour la première fois, que je ne partes pas en vacances. Je devais donc rester avec Mirabelle tout l’été, et voilà qu’on me l’enlevait à nouveau ! ô cruel Destin !

Devais—je me plaindre de ce cruel destin qui m’avait fait aimer cette fée, si belle, ma déesse devrai—je dire plutôt ?

Elle était si parfaite !

Je restais cloîtré en pleurant dans ma chambre jusqu’au matin du 5 juillet.

CHAPITRE XIV.

Ce lundi 5 juillet 1982 au matin, et comme tous les jours depuis le départ de Mirabelle, je regardais à la fenêtre de ma chambre, sans espoir d’y trouver la moindre trace de Mirabelle, quand je LA vis !

Mirabelle allait vers les 3 fontaines, et elle était là et je ne le savais pas ! Jamais je ne lui fis le moindre reproche, car elle était tout pour moi : « My first, my last, my everything ! », comme le disait la chanson de Barry White.

Je mis mes chaussures, et je ne trouvais pas mieux que de lui courir après !

J’étais aux anges, car personne ne me faisait autant d’effet qu’elle. Je savais qu’elle et moi étions les deux bras, les deux mains d’un même corps. Nous étions si complémentaires.

Quand j’étais à quelques pas derrière elle, je l’appelais : « Eh ! Te voilà Mirabelle, si chère à mon cœur ! »

Elle se retourna, et me regarda souriante des lèvres et ses légendaires fossettes, mais son rire était aussi dans ses yeux.

Je lui ouvris les bras, et elle se jeta entre eux, et quelques larmes se mirent à couler de ses beaux yeux.

— Je suis si heureuse de te revoir. Tu m’as tellement manqué…

— Tu es rentrée ma chérie. Toi aussi tu as bien faillie me rendre fou. Ne plus pouvoir te voir, te parler, ou bien te toucher, quel affreux cauchemar qui a duré trois semaines.

— Oui, je suis rentré hier, dimanche. Mon père m’a remplacé auprès de sa mère. Oh ! si tu la voyais mon chéri. Elle ne va pas vivre bien longtemps, j’en ai peur.

Et je la serrais dans mes bras, elle posa sa tête sur mon épaule, et pleura : « Pleure, mon amour. Cela te soulagera. »

Ce qu’elle fit en silence. Je croyais qu’elle parlerait plus longtemps, mais plus rien. Après un reniflement, elle sécha ses larmes, se retourna, et nous allâmes au centre commercial, en silence. Et tandis que nous marchions, je la vis sourire, et le baume qu’elle mettait dans mon cœur était de nouveau là pour moi, en moi.

J’avais décidé de l’aimer encore plus. Et je me disais que si j’arrivais à écouter ses pensées les plus intimes, je saurais exactement ce qu’elle aime et désire. Mais n’est—ce pas le viol le plus abject, celui de la pensée ?

Alors, je me dégoûtais, et je lui souris.

Nous marchions main dans la main. J’étais très riche. J’avais la main de mon aimée dans mienne. J’ai appris à ce moment ce qu’était la plus grande richesse : celle d’être auprès de l’être aimé.

J’étais tranquille avec elle. Mais je savais aussi que deux mois plus tard, il fallait qu’elle parte.

— Non ! me dit—elle. Il me semble… Il me semble que ce sera pour les prochaines vacances de noël ou février. On ne sait pas encore. D’ailleurs, ma mère a déjà fait le nécessaire pour que je rentre au lycée, le 10 septembre. Tu viendras me chercher, n’est—ce pas, mon amour ?

— Ça, tu peux compter là—dessus, et même plus…

J’étais heureux. Elle partait, mais l’échéance fatale était repoussée.

J’allais être bien ces mois d’été, et même l’automne… C’était bien plus que je ne l’espérais. j’avais une bonne étoile ou je ne sais quoi qui me protégeait ou quoi ? Je n’en sais rien, mais je la remercie.

J’étais avec Mirabelle, et c’est tout ce que je désirais.

J’ai relu des extraits des lettres ou des petits mots que Mirabelle et moi échangions dans ces années—là, et je puis garantir qu’il n’y a rien de plus attendrissant pour moi.

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne voulais pas qu’elle fût pour moi, la source du bonheur le plus pur. Elle aurait pu m’aimer plus encore, et je l’aurais peiné encore plus si j’avais dû le faire. C’était pour moi un sujet de discrétion absolue : « Réservé aux Etats—Majors Uniquement ». Notre destin était d’être séparé malgré tout, et je décidais de lui rappeler le plus souvent sa promesse de m’épouser au plus tôt, en septembre 1983, donc quatorze mois plus tard ! C’était génial !

Mais il ne fallait pas que je la mette sous pression, ce qui aurait été très mauvais pour l’avenir de notre relation.

J’étais toujours content quand je l’accompagnais, et aux 3 Fontaines, on acheta deux baguettes de pain, et nous retournâmes à la Croix Petit.

Elle sourit. J’en fus surpris.

— Qu’est—ce qu’il y a ? demandais—je.

— Cette année, ni toi, ni moi n’allons en vacances, n’est—ce pas ? On va être tous les jours ensemble ! Tu t’en rends compte ?

Moi, je savais ce que cela pouvait impliquer : le bonheur et l’amour. On avait droit à une prolongation, comme au football. J’étais heureux.

— Oui, je sais… dis—je simplement.

— Mais encore ? demanda—t—elle.

— Eh bien, nous pouvons faire plein de choses, et peut—être que nous aurons l’occasion de nous évader quelques jours, à Londres, peut—être, loin de chez nous, ou peut—être que nous pourrions aller chez ma grand—mère à Toulon.

— Je ne sais pas André… Moi, j’ai un faible pour ce quartier où nous avons grandi en même temps que notre amour, et où nous avons vécu nos plus beaux moments. J’aimerais qu’on reste à la Croix Petit.

— Comme tu voudras mon amour. Je n’ai d’autre volonté que la tienne. Je ferai ce que tu voudras. Mais je n’aurais pas cru que tu aimes tant ce quartier. Dans ce cas, pourquoi partir ? Tu pourrais vivre avec moi jusqu’au mariage. En février, tu auras 18 ans, et même tes parents ne pourront plus rien te dire. Alors, je te propose cela, c’est une chance pour nous. Tu pourras toujours dire que tu dois finir au moins l’année scolaire commencée à Cergy.

— Je crois que mes parents préféreraient que j’habite chez ma tant. Ils pensent sûrement que cela serait plus normal. Tu sais, je n’aimerai pas vivre avec Mireille tout le temps. Elle est sympa, mais je n’aimes pas son mari, un coureur de jupons. Lui, il est plutôt con !

— Je ne savais pas que cela était aussi gênant pour toi. Mais habite chez nous ; ce sera aussi bien, et puis le lycée est plus proche de la Croix Petit que des Linandes.

— Tu as raison sur le principe : mais cela m’étonnerait que cela marche… et puis tes parents ne vont pas forcément accepter.

— C’est vrai. Je n’ai pas pensé à tout. Mais si on n’essaye pas de demander, on ne pourra pas savoir si vraiment on a une chance de réussir.

— On verra, dit—elle. J’en parlerai à maman tout à l’heure, et je te donnerai sa réponse.

Mes parents écoutèrent mes arguments :

— Tu l’aimes bien cette fille ? demanda mon père.

— Quelle question ! répondis—je. Je ne l’aimes pas, je l’adore. Sans elle la vie m’est insipide et insupportable. C’est elle ma raison de vivre, et sans elle, si elle part, si elle me quitte, la vie deviendra si dure qu’elle ne vaudra plus la peine d’être vécue !

Ma mère me fit une bise sur la joue.

— Mon fils est amoureux ! Et à ce point !

— Maman, je ne suis plus un bébé ; et on a décidé de se marier à la fin de l’été 1983.

— Quoi ? demanda mon père.

— Pardon ? demanda ma mère incrédule.

— Oui. On a décidé de se marier. Alors, vous voulez bien qu’elle habite chez nous durant l’année scolaire ?

— Mon fils… avait dit mon père (et je n’aimais pas quand il commençait ses phrases par : « mon fils », c’était mauvais signe) je suis d’accord pour que tu te maries un jour, et je t’assure que le plus tôt sera le mieux, mais en tout cas, il vaudrait mieux que tu finisse tes études et que tu aies un travail.

— Oui, renchérit ma mère. Et il faut aussi que Mirabelle fasse quelque chose de sa vie, à part être mariée avec toi.

— Ecoutez ! dis—je en paniquant à la pensée que mon plan échouait lamentablement. Je connais Mirabelle depuis cinq ans déjà ; et je n’ai pas l’intention de la quitter, avec ou sans votre permission.

— Mais qui te parle de la quitter ?

— J’avais trop envie de faire une année avec elle, et voilà que vous gâchez tout. Avec vous il faut de la patience. Vous savez quoi ? Mirabelle et moi, ça marchera si bien que vous en resterez bouche bée. Je n’ai pas dit mon dernier mot. Mais en fait, vous acceptez qu’elle passe son année scolaire ici, oui ou non ?

— Ce n’est pas possible André, et tu le sais, avait répondu mon père.

— Et pourquoi ? demandais—je sentant des larmes me piquer les yeux.

— Rien ne dit que ses parents vont accepter. Je ne le leur demanderai pas ! avais—je crié, et je m’enfuis dehors en claquant la porte.

Le ciel était gis ce jour—là, mais je ne me souviens pas qu’il ait plu.

Mes pas me menèrent tout naturellement chez Mirabelle, et sans même m’en apercevoir je frappais à sa porte. C’est elle qui me l’a ouverte, et je voyais qu’elle pleurait.

— C’est toi ! Entres !

— J’ai demandé à mes parents...

— C’était inutile, ma mère m’a sorti tout un speech pour me demander de ne pas rester plus longtemps à Cergy. C’est pourquoi je dois partir avec eux le week—end ou n’importe quel autre jour où l’on déménagera : j’espère le plus tard possible !

Elle se remit à pleurer, et je l’embrassais. Pourquoi les parents sont—ils sensés toujours tout savoir ? Est—ce qu’il n’y avait pas assez d’amour ou même du bon sens en nous pour réussir notre vie telle qu’on la voulait ?

Nous sommes restés longtemps ainsi à nous demander ce qui pouvait se passer si on ne se voyait plus, ne dit—on pas "loin des yeux, loin du cœur !" ?

Sa mère vint nous retrouver dans sa chambre, et me tint le même discours que mes parents... comme s’ils s’étaient donné le mot. J’étais déçu.

Mais que pouvions—nous faire : l’autorité parentale était encore trop forte, surtout à l’époque. Et puis Mirabelle et moi avions le respect des parents : même s’il n’existe quasiment plus aujourd’hui.

Nous ne savions plus quoi faire, enfin surtout moi. Par contre Mirabelle me prit par la main, et nous sortîmes. Une éclaircie nous encouragea, et nous allâmes jusqu’au bois de Cergy, à pied.

Nous étions tristes...

Au retour, nous sommes passés par le lycée : et voilà où nous serions à la rentrée. Ce lycée aussi avait ouvert le 15 septembre 1978, tout comme notre bon vieux collège de la Justice.

J’étais amoureux de Mirabelle, et je ne voulais pas qu’on se quitte. Et elle me disait la même chose.

"N’en parlons plus !" me disait—elle, et alors nous parlâmes d’autres choses.

Avec le temps, peut—être, que les parents accepteront cela. Nous l’espérions très fort en tout cas.

J’avais envie de pleurer quand nous entrions dans les Jardins de la Préfecture, derrière les mêmes roseaux, qui nous avaient servi de cabanes quatre ans auparavant. Le temps avait passé ; et pourquoi ? Pourquoi ne s’était—il pas arrêté à cette époque bénie où Mirabelle avait consenti à devenir... mon amie ?

J’aurais dû mourir foudroyé à cet instant précis où chez le dentiste, elle m’avait annoncé cette nouvelle, le vendredi 15 septembre 1978.

— Oui, mais tout ça est loin, me dit Mirabelle.

— Pardon ?

— J’ai dit que tout ça est bien loin...

— Qu’est—ce qui est bien loin ? demandais—je.

— Eh bien, l’été et l’automne 1978. Je sais que tu aimes cette année—là parce que je t’y ai confié mon cœur. Je sais André que tu m’aimes à un point tel que tu as très envie de te foutre en l’air quand je serai partie. Mais je t’en supplie, pour l’amour que tu me portes, ne fais pas cela, je t’en conjure. Je t’aime, moi aussi, tu peux en être certain.

— Mais comment sais—tu que je pensais à 1978 ?

— Tu ne faisais pas que penser, tu en parlais !

— D’accord... Il faut que je sois bien plus discret !

— Mais tu sais bien André que tu peux me confier toutes tes pensées, et tous tes secrets. Ne suis—je pas ta tendre moitié ?

— Oui, ma chérie !

Et je l’embrassais en l’enlaçant à nouveau. Elle était si douce, si tendre, que j’en étais épris au plus haut point.

Nos lèvres avaient toujours besoins de se toucher !

CHAPITRE XV.

Cette année—là, les vacances furent exceptionnelles : c’étaient les premières et les seules que j’avais pu passer avec Mirabelle depuis 1977. Cinq ans !

Ses parents qui faisaient des petits voyages à Villeurbanne chaque week—end nous laissaient, Mirabelle et moi, seuls durant neuf samedi et neuf dimanche.

Puisqu’ils prenaient Franck et Frédéric avec eux, nous étions absolument tranquilles. Je ne dirai pas ce que nous avons fait durant ces merveilleux week—ends. Que le lecteur sache seulement que nous nous sommes aimés à en mourir : la peur de se quitter sans doute ! En tout cas, nous avions à ce moment un entraînement plus raisonnable qu’en septembre 1980, et nous étions devenus très fort dans la pratique du Kama Soutra que nous n’avions jamais vu, et dont nous n’avions jamais entendu parler.

Nous étions et restions pudiques, et notre amour sublimait chacun de nos actes.

Les jours des semaines de Juillet nous faisions énormément de choses : nous allions au cinéma, à la piscine quand il faisait beau, ou bien aux étangs de Cergy—Neuville. Nous allions à Paris faire des ballades aux bords de la Seine, ou bien sur les bords de l’Oise à Pontoise ou à Cergy. Nous allions aux Jardins de la Préfecture ou aux Bois de Cergy ; mais le plus souvent, nous étions chez elle.

Au mois d’août idem. Mais c’est chez moi que nous passions le plus clair de notre temps, puisque ma famille était descendue à Toulon, en vacances, et que j’étais seul resté à la maison.

Le 4 août, je me souviens que nous avons mangé ensemble ce midi—là, alors qu’il n’y avait qu’une seule assiette, alors nous l’avions mise au milieu, et nous avions mangé avec la même fourchette.

— Je ne pensais pas que tu allais venir ! avait—elle dit.

— Et où veux—tu que j’ailles ?

— Alors tu viens juste pour manger ? dit—elle avec son sourire ravageur.

— Bien sûr, lui répondis—je en l’embrassant, et c’est de toi dont j’ai le plus faim !

Souvent nous goûtions copieusement avec des sodas, des biscuits et du chocolat (chaud ou froid selon les saisons).

Donc, en août c’était elle qui venait le plus souvent chez moi, et nous écoutions ou réécoutions les disques qu’elle m’avait offert le 1er juin.

Nous étions follement amoureux, et je n’ai jamais aimé de nouveau comme cette fois—là. Pourtant, j’en ai connu quelques autres, par la suite, mais Mirabelle les valait toute, sans exception. En tout cas, ce que j’ai éprouvé à l’époque était si fort et si grand, que j’aurais pu faire d’elle une reine, une déesse ; en tout cas, elle l’était pour moi.

J’ai assez dit des choses comme ça (et voilà que je vais parler comme Richard...), et je me répète très souvent, je sais. Mais je l’ai adoré, adulé au point que je l’aime encore aujourd’hui, que Seana me pardonne, car même si celle—ci est très belle, les sentiments que j’avais pour Mirabelle (ou que j’ai encore), n’ont jamais été égalés. C’est aussi pourquoi j’avais surnommé Mirabelle, "la Non Pareille" !

Ce qui était bien durant tout ce mois d’août, c’est que Mirabelle fut mon invitée. C’était génial ! Nos jours, tout comme nos nuits, ne se passaient pas l’un sans l’autre. C’était génial, c’était trop bien, trop bon, trop beau, et quoique nous savions que l’inexorable séparation approchait, nous ne faisions que l’amour, et restions ensemble. Nous étions réellement faits l’un pour l’autre comme la laque et la colle. Nous étions comme un couple de canards mandarin.

Mais il a fallu que les vacances se terminent, et que nous allions au lycée. C’est vrai !

Première catastrophe : Mirabelle et moi n’étions plus dans la même classe ! ô ! cruel destin ! Nous jouer un si mauvais tour juste avant son départ ? Quoi que cela fut sûrement mieux, car cela aurait été pire, sans doute, si cela été arrivé plusieurs années auparavant. Heureusement que nous avions les mêmes horaires de début et de fin de journée, ainsi, nous pouvions faire le chemin de la Croix Petit au lycée ensemble, vice—versa.

Les premiers jours, profitant des derniers feux de l’été, nous n’avons pas mis les pieds au lycée les 6 et 7 octobre. Une folie qui nous prit !

Nous sommes allés nous promener dans Paris, ce qui était fort rare. Nous avons été au Louvre, ce vieux rêve de notre enfance : voir Mlle La Joconde. Ensuite, nous avons été à Beaubourg, au centre George Pompidou qui avait ouvert ses portes l’année où Mirabelle était arrivée à Cergy, cette année où nous avions fait connaissance : c’était donc un autre symbole.

Après cela, nous sommes allés manger au Forum des Halles, lieu de rencontre d’une tourbe jeune, nombreuse et désœuvrée. Et nous avons fait un tour à la FNAC où j’ai offert à Mirabelle le disque 33 tours du groupe Imagination, l’un des plus grands succès de cette année 1982. Où est cette année si riche en événements ?

Oui cher lecteur, j’ai la nostalgie de cette époque où les saisons étaient encore marquées et visibles, et où j’étais heureux.

Là, pour sécher les cours, nous avons été voir un médecin, qui nous a donné un certificat médical chacun, pour ces deux jours, et nous sommes retournés au lycée le vendredi 8 octobre, quatre ans après jour pour jour, avoir déchiré la manche de ma veste ; frais et dispos si l’on peut dire, et plus riches de ces derniers souvenirs.

Mirabelle était si belle lorsqu’elle avait le vent ou l’air dans ses cheveux et qu’elle me souriait. Cette image est restée gravée dans ma mémoire malgré tant d’années.

J’avais décidé de sécher mes cours pour les derniers jours où elle serait à Cergy.

Malheureusement, les heures que l’on passait au lycée étaient des plus monotones, et je m’y ennuyais trop, d’autant qu’elles étaient perdues, irrémédiablement, puisque Mirabelle n’était pas près de moi.

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