Monsieur

dimanche 10 mai 2009
par  Christine Arven
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Quand j’entre dans la chambre, il est, ainsi que je le lui ai ordonné, assis nu sur le lit les yeux recouverts d’un bandeau. Il me tourne le dos et ses mains sont resserrées l’une sur l’autre sur ses reins. Son corps se découpe parfaitement sur les rideaux de la fenêtre qu’il a pris soin de tirer et ses cheveux d’un blanc immaculé sont la seule source lumineuse de la chambre ainsi plongée dans la pénombre. Je m’immobilise un instant et observe cet homme qui, il y a quelques jours, voulait me soumettre et qui aujourd’hui s’offre à moi.

Soudain, un sentiment de timidité presque de gêne m’étreint à l’idée de ce que je m’apprête à faire… qui plus est à cet homme vers lequel tout m’entraîne à me soumettre. S’il est vrai que ces dernier temps, l’envie de dominer un homme emplit de plus en plus mes pensées, me retrouver effectivement dans cette situation me donne si ce n’est l’envie de m’enfuir du moins de faire marche arrière et me retrouver dans le rôle de la soumise qui m’est plus familier et qui me convient en définitive parfaitement. Je sens au fond de ma poitrine mon cœur battre irrégulièrement et mon souffle se précipiter alors que je l’observe avec l’envie de plus en plus pressante de coller mon corps au sien et de lui souffler d’oublier cette chimère dont je ne sais plus que faire.

Me revient en mémoire, le souvenir de notre première rencontre dans ce bar au confort feutré où il m’avait donné rendez-vous à 8 heures du matin pour un petit déjeuner. A mon arrivée, il était déjà là confortablement installé sur une banquette feuilletant un journal, une tasse de café vide devant lui. Avec une courtoisie à laquelle j’avais été sensible, il s’était levé pour m’accueillir. Geste de déférence qui, pour certain peut sembler désuet et inutile, mais qui pour moi est important. Je suis soumise certes mais cela n’a jamais signifié que l’on doive s’affranchir à mon égard de la plus élémentaire des politesses. Grand, massif, une attitude ferme et assurée, il est très exactement le type d’homme qui me plaît et je sens en moi un frémissement de désir me parcourir alors que je le détaille à la dérobée. Ce matin-là, nous n’avions fait que parler et échanger le pourquoi de notre recherche et donc de notre rendez-vous. Sensation étrange de deviser aussi librement de choses aussi intimes à cette heure du matin de la même façon que si nous avions eu un rendez-vous de travail. Etait-ce l’autorité qui émanait de lui, son regard sur moi attentif et sans complaisance, l’ambiance rassurante de ce lieu… toujours est-il que je lui avais confié beaucoup plus que je n’en avais l’intention sur mes désirs, mes attentes. Puis, il m’avait parlé. Longuement, il m’avait expliqué ce qu’il attendait de moi si j’acceptais de me soumettre à lui, ce que je représenterai pour lui. M’avait confié qu’une autre occupait déjà la place de soumise dans sa vie et qu’elle seule avait le droit de l’appeler Maître, que pour moi il ne serait que Monsieur… Qu’il comprendrait que cela ne me convienne pas… Je l’avais écouté sous le charme de sa voix aux chaudes tonalités qui faisait naître en moi un émoi certain que je sentais mouiller mon entre-jambes. Prête à le suivre et à m’abandonner à lui tout de suite s’il m’en avait fait la demande alors même que je savais que je ne pourrais, pour cet homme, accepter de passer en second. Déjà, mon corps penché en avant sur mon siège, je m’inclinais vers lui me disant combien il me plairait de me glisser à genoux à ses pieds… combien j’aimerais sentir ses mains me parcourir… combien j’aimerais lui dispenser le plaisir qu’il était en droit d’attendre de moi…. A-t-il eu l’intuition de mon désir d’abandon, je ne sais pas… Oui sans doute… il m’est si difficile de cacher mon désir… Mais, assez brusquement, il avait mis fin à notre entretien, s’était levé et était parti en me demandant de réfléchir.

J’aurais tellement voulu être en mesure d’accepter ce qu’il me proposait. Mais, la mort dans l’âme, j’avais refusé. Non par désir puéril et illusoire d’exclusivité. Il y a bien longtemps, que cet aspect d’une relation est secondaire pour moi et n’en constitue pas le fondement préférant de loin la qualité d’une relation à une fidélité source de frustration. Mais de là, à être reléguée au second plan, n’être qu’une parmi d’autres… pas question ! Il y a trop de fierté en moi pour accepter cette seconde place qui en définitive équivaut en n’en occuper aucune. Je veux bien partager mais à la seule condition que je sois la "favorite du harem" qui choisit pour son Maître celle qui sera digne de partager sa couche. Souvenir vivace de mes fantasmes qui me poursuivent depuis l’enfance…

Et me voilà aujourd’hui avec lui dans une chambre d’hôtel ayant inversé nos rôle. Lui soumis et moi devant le dominer. Une angoisse soudaine se diffuse en moi alors que je m’approche lentement de lui, presque à regret. Je ne sais pas comment faire. Je ne sais même plus si j’ai vraiment envie de faire cela qui me paraît dérisoire et hors de propos. Dominer un homme, j’ai lancé l’idée un peu comme un défi. On m’a dit si souvent que mon attitude relevait plus de la Domina que de la soumise. Qu’il y avait en moi une force qui ne demandait qu’à s’exprimer. Ce n’est pas faux. Je le sais bien sûr. Comme je sais que me soumettre est ma façon à moi de dominer. Personne à ce jour ne peut se prévaloir de m’avoir fait faire quelque chose que je n’ai voulu ou décidé de faire. Etrange mécanisme de l’abandon qui me fascine qui fait que je ne me sens jamais aussi puissante au moment même où je transmets tout pouvoir à celui qui me domine. Equilibre des forces à la fois contraires et complémentaires qui rend la relation magique. Essayer d’aller jusqu’au bout de cela… de l’autre coté du miroir qui reste pour moi un territoire inconnu... pour savoir.

Mais avec lui qui n’a rien d’un soumis ! Cela me paraît soudain complètement aberrant… pourtant en même temps l’idée de soumettre un Maître c’est-à-dire la dernière personne à laquelle j’aurais pensé, est, rendant les choses plus difficiles, extrêmement excitante… Il va me falloir non seulement m’assurer du contrôle de cet homme dont je devine la fierté mais aussi m’astreindre en endiguer mon inclination à me jeter à ses pieds.

J’ai le souvenir de la première fois où j’ai été en position de Domina. Cela remonte à de nombreuses années. L’homme était lui un véritable soumis. Un peu trav sur les bords. Je le revois m’attendant engodé agenouillé le cul en l’air dans le vestibule de son appartement et je me rappelle la sensation nauséeuse que j’avais alors ressentie de voir un individu se comporter avec une telle indignité prenant plaisir à s’avilir devant moi. Quand, violemment et avec une rage difficilement contrôlable, je l’avais cravaché c’était en fait davantage pour le punir de se comporter ainsi que par véritable désir de le dominer. Aujourd’hui, rien de tel. C’est bien un homme qui est assis là et qui, en dépit de son attitude docile, n’a rien de servile en lui. L’idée me traverse qu’il a finalement peut-être trouvé là le moyen infaillible de m’entraîner là où il voulait, de m’emmener à me rendre à lui… Et quand bien même… quelle importance… De toute façon, c’est là où j’ai envie d’aller aussi et j’ai la ferme intention qu’avant de nous quitter, nos rôles se seront de nouveau intervertis…

Je suis maintenant tout près de lui. Debout. A le frôler. Mes mains s’élèvent. Envie de le toucher… de sentir enfin la chaleur de sa peau sous mes mains… envie de prendre son visage entre mes mains et de le coller contre mon ventre palpitant de désir contenu… envie de le pousser sur le lit et, sans plus attendre, m’accroupir sur lui et tendre vers sa bouche… sa langue… mon sexe ruisselant, lui ordonner de me lécher et boire à la source que je sens couler entre mes cuisses…. Lui ordonner de me donner ce plaisir que mon corps réclame et que je chéris entre tous. Mais non… plus tard peut-être… Avec une lenteur délibérée, je me défais de mes vêtements que je dispose sur lui comme je le ferai sur un valet, mon soutien-gorge en guise de chapeau, ma culotte, dont pour une fois j’ai décidé de me vêtir, enfoncé dans sa bouche. Il reste parfaitement immobile, stoïque devant l’humiliation que je lui impose de se montrer ainsi à moi aussi grotesquement affublé. Quelque part, au fond de moi, quelque chose jubile de disposer ainsi de cet homme qui a pu croire disposer de moi à sa guise. Comme une revanche sur toutes les humiliations que j’ai, parfois contre mon gré, dû endurer. Montrer à un Maître ce que c’est que de subir… à quels ressorts en soi il faut faire appel pour ne pas se rebeller, combien il est parfois difficile de contenir sa fierté… Oui, je vais lui montrer cela. Je vais lui montrer ce que c’est que d’avoir mal… et de résister… Ne pas laisser de place à mes scrupules et encore moins à mes désirs profonds. Il souhaite être humilié, il le sera… Il souhaite être dilaté… il le sera aussi… il ne veut pas avoir mal… il aura mal quand même… car cela fait partie du jeu et que l’on ne peut s’y soustraire sauf à faire semblant. Me demande-ton mon avis quand il s’agit de me soumettre ? Me demande-t-on de quoi j’ai envie ? Je me soumets, point final… prête à accepter parce que je l’ai décidé, ce que l’on veut de moi et faire en sorte de trouver en moi la force et la concentration nécessaire pour y parvenir. Prête à m’aventurer sur ces berges où douleur et plaisir se côtoient… Je me demande s’il connaît l’exaltation que l’on ressent d’avoir été capable, par la seule force de sa volonté, d’aller au-delà de ses limites… même si c’est au prix d’une douleur qui paraît, parfois, insupportable…

Sur mon ordre, il s’agenouille devant moi. LIRE LA SUITE




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Commentaires

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mardi 19 mai 2009 à 12h41 - par  Maître Décadent

C’est sublime Christine, je me suis vu à sa place, je me suis tout imaginé... le corps tendu, l’esprit ailleurs... j’aurais pu jouir ainsi de ce seul récit... hmmm
merci

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