Sans mâle et sans tabou 3

Michèle et Fiona
mardi 3 octobre 2006
par  Nicky Gloria
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CHAPITRE 3

Michèle l’entend faiblement, tournant dans la chambre comme une lionne en cage, assaillie par tant d’émotions contradictoires qu’elle ne sait plus où elle en est. Elle s’immobilise brusquement, sentant une présence derrière elle. Michèle se retourne vivement, le cœur battant à tout rompre. Fiona est face à elle, l’observant en silence, comme un fauve à l’affût. D’une de ses mains, elle lui caresse le visage, trace le contour des traits, suit les lignes pures, avec des doigts doux, frais. Ses yeux sombres la détaillent. Michèle est hypnotisée, prisonnière de cette caresse, retenue par l’intensité du regard insistant. Elle reste sur place, comme assommée, incapable du moindre mouvement, des frissons sur tout le corps. La chambre est dans la pénombre, et Fiona n’en paraît que plus belle, plus irréelle. Ses yeux brillent dans l’obscurité, soudain tout prés, tandis qu’elle perçoit sur ses lèvres cette même haleine parfumée qui lui a déjà fait tourner la tête. Le baiser la fait tressaillir.

Un baiser d’abord léger, doux, mais terriblement long. Michèle en perd le souffle, haletante. Elle penche la tête en arrière, cherche de l’air. Fiona en profite pour couver sa gorge de baisers enfiévrés, glissant vers son menton, vers sa bouche. Michèle baisse vite la tête, s’offrant au baiser. Sa langue s’enroule autour de l’autre, déjà consentante, déjà impatiente. Soudain, le baiser se fait plus brusque. Presque féroce. Michèle ferme les yeux, poussant des râles ininterrompus. Leur bouche se dévore dans la fureur d’un même désir, s’interrompant un bref instant lorsque Fiona se déshabille jusqu’à la taille. Michèle n’a pas le temps de la voir nue, poussée jusqu’au lit par sa partenaire qui, impatiemment, entreprend de la déshabiller à son tour. Elle ne l’en empêche pas, trop excitée, l’aidant même à ôter son tailleur—pantalon. Fiona, en la prenant par les épaules, la fait maintenant asseoir sur le lit, la plaçant au milieu. Elle lui élève aussitôt les jambes qu’elle embrasse en glissades lentes, allant de bas en haut, partant de la cheville jusqu’au bord du pubis. A chaque fois qu’elle approche du buisson secret, elle sent Michèle se crisper, et n’insiste pas. Elle n’est pas prête. Aussi, c’est à elle de lui donner envie. Elle joue donc avec son corps, trouve les points faibles, explore les zones érogènes, détecte toutes les failles avec une sensualité affolante. Sa science est prodigieuse, d’une volupté à la fois raffinée et sauvage, et pénètre Michèle comme une fièvre. La tête renversée contre le rebord du lit, elle respire par petits coups pénibles et saccadés, se tord souplement, gagnée par un bien—être indescriptible. Elle n’est plus qu’un corps ardent, noué par une faim lascive qui la tenaille délicieusement. Des lèvres, Fiona lui caresse la courbe des hanches, revient vers le ventre, descend le long des cuisses, s’arrête sur le genou, s’attardant un instant à la saignée, puis remonte le long de ses jambes pour y rencontrer une tiédeur croissante. Michèle sent l’haleine chaude dans l’intérieur de ses cuisses, et creuse encore son ventre, fuyant toujours ce contact intime. En même temps, elle en a terriblement envie, et terriblement peur. Peur de l’inconnu, et surtout peur d’adorer ça. Elle sait très bien que cette caresse sera pour elle le point de non—retour, un plaisir inouï comme elle n’en a certainement jamais connu. Elle en redoute les conséquences, autant sexuelles que morales, qui transformeront à jamais son avenir. Elle en vient à s’agiter comme une perdue, battant follement des bras avant de saisir la tête de Fiona qu’elle veut repousser. Elle resserre instinctivement ses cuisses mais, d’une tête obstinée, bravant le torticolis, Fiona s’accroche à elle, collant sa bouche sur l’affolant pubis, le léchant sur toute la longueur, aspirant doucement entre les lèvres le bouton rose du clitoris qu’elle taquine savamment, le provoque, le presse. Affolée, Michèle se met à rire et à pleurer en même temps, en plein délire, appréhension et bonheur mêlés, dans l’incapacité de refréner cette impétueuse chaleur qui se propage dans son bas—ventre. Elle bondit, avec un cri stupéfait qui se termine par un long râle extasié. Elle écarte ses cuisses, s’offre toute entière. Fiona profite de cet abandon pour savourer enfin sa victoire, prenant tout son temps. Sa langue masse sournoisement les poils pubiens, s’infiltrant lentement entre le fin duvet pour jaillir plus loin, pénétrant audacieusement à l’intérieur d’une vallée secrète déjà inondée. Michèle, éblouie, se sent électrisée par cette caresse redoutable, et s’agrippe de toutes ses forces à la longue chevelure brune, caresse la masse soyeuse avec une infinie douceur. Maintenant, elle veut voir, sentir le désir par le regard. Elle lève la tête, se dresse sur les coudes, puis subit un choc érotique, un de ces coups incroyables qui font vaciller la raison. Elle trouve qu’il n’y a rien de plus beau que cette femme, étendue entre ses jambes, le dos luisant de transpiration, fesses levées, diablement sexy dans son jean alors qu’elle—même est entièrement nue, la tête enfoncée dans la fourche de ses cuisses, en train d’explorer amoureusement son sexe comme personne ne l’a fait, avec un tel appétit qu’elle semble vouloir la dévorer vivante. Cette vision est un coup de fouet qui attise son désir encore plus violemment. Le coup fatal est imparable.

Vaincue, elle se laisse retomber sur le lit. Elle sanglote, pâlit, étend ses bras sur les cotés, s’agrippe aux draps, se tord en tout sens, sentant monter de fulgurantes sensations qui lui brûlent le ventre. Elle se laisse entraîner par le chavirement de ses sens, tente un moment de retarder l’explosion finale, pour qu’il en soit plus dévastateur. Mais l’épreuve est trop difficile, elle n’en a pas la volonté, et projette vite son bassin en avant, écartant les cuisses au maximum, sollicitant la caresse de toutes ses forces en ondulant de plus en plus vite. Fiona cesse alors de la maintenir par les hanches, et fait glisser ses paumes jusqu’aux seins, massant les mamelons qui, tout de suite, durcissent et doublent de taille. Cela en est trop pour Michèle. Elle se soulève soudain du lit, tendue, cambrée, les jambes parcourues de tremblements nerveux. Elle émet des petits cris d’extase, le ventre ravagé par une explosion foudroyante, en proie à un plaisir jamais atteint, tétanisée par la violence de l’orgasme qui la laisse un instant sans voix. Puis, mollement, traversée d’ultimes frissons, repose sans force, comme abasourdie. Elle n’a pas conscience de respirer bruyamment, observant Fiona qui vient de se lever. Celle—ci se débarrasse hâtivement de son jean et de son slip, et reste un instant debout, entièrement nue, le feu aux joues, haletante. Elle apparaît divinement belle, farouche, sauvage, avant de se jeter dans les bras de Michèle. Celle—ci l’accueille avec un soupir d’abandon. Elle frémit délicieusement lorsque le corps nu et chaud de sa partenaire se colle impérieusement contre le sien, se frottant avec une sensualité incroyable tout contre sa chair enflammée. Fiona lui embrasse fiévreusement le visage de baisers humides et fougueux.

— Ta bouche, je veux ta bouche ! ordonne t—elle d’une voix méconnaissable.

Michèle, avec un petit soupir enfantin, entrouvre ses lèvres. La bouche exigeante de Fiona en prend aussitôt possession. Elles ne sa lassent pas de rester longuement ainsi, nues et haletantes, emportées par une frénésie si intense qu’elles transpirent vite, luisantes et glissantes comme des anguilles. Fiona s’excite à l’odeur de sa peau mouillée, se coule sur elle, comme si elle voulait que leur chair se confonde, qu’elles ne fassent qu’une. Michèle est stupéfaite de constater qu’elle n’est toujours pas rassasiée, bien au contraire. Elle veut encore recevoir du plaisir. Elles s’enlacent plus fougueusement, cherchant à se frotter mutuellement le bout des seins, mêlant leur sexe trempé qui les pique à vif, provoquant un plaisir furieux qui les fait gémir d’impatience. Partout où leur corps se touche, se soude, viennent les ondes lascives qui les brûlent comme si elles étaient en contact avec de la braise. C’est délicieux et insupportable. Fiona lui dispense toute sa science, toute sa sensualité, agaçant et provoquant pour qu’elle la supplie de continuer. Tour à tour câline, espiègle, tendre ou perverse, elle sait lui inspirer de telles émotions que Michèle ne fait que trembler, incapable de retenir les frissons de plaisir qui la secouent de la tête aux pieds, et se demandant à voix haute comment de telles sensations pouvaient exister. Mais son rôle reste malgré tout passif. Tantôt elle s’abandonne aux étreintes qui l’asservissent, tantôt elle se dérobe à des jeux érotiques qui la déroutent, des exigences audacieuses ou positions nouvelles qui la déstabilisent. Un instant, cette résistance met Fiona hors d’elle, laissant retomber son plaisir avec une exaspération qui ressemble presque à de la colère. Elle en veut plus, un abandon total et aveugle. Michèle en reste égarée, pathétique dans son désarroi, luttant à moitié, consciente de la décevoir et de ne pas l’emporter là où elle brûle d’aller. Fiona doit la guider, redoubler d’effort et d’attention pour la mettre en confiance et briser ses dernières défenses. Sa patience porte enfin ses fruits. Un instant, penchée sur elle, elle la caresse doucement, ses doigts parcourant toute la longueur de la fente intime, avant de s’attarder sur le clitoris qu’elle perçoit toujours très sensible aux savants attouchements. Michèle la laisse faire, les yeux fermés, s’abandonne encore une fois. Puis, quand elle ne fait que pousser des gémissements extasiés, le corps agité de mouvements spasmodiques à l’approche du plaisir, Fiona lui dit sur un ton pressant en interrompant sadiquement la caresse :

— Regarde—moi.

Michèle ouvre les yeux, rouge et haletante. Fiona reprend alors la caresse, de plus en plus vite. Michèle ne la quitte plus des yeux, et plonger son regard dans celui de cette femme pendant qu’elle la caresse lui donne l’impression de se livrer toute entière, corps et âme, de lui offrir ce qu’il y ’a de plus secret en elle, de plus intime. Elle avait déjà ressenti cette sensation dans la voiture, quand c’est elle qui lui donnait du plaisir. Un sentiment de forte complicité, d’union totale, d’être en phase, mais avec cette fois—ci une grisante liberté où elle peut tout se permettre. Elle n’a plus rien à lui cacher, plus rien à lui refuser, soutient toujours son regard tandis qu’un spasme agite ses hanches. Elle finit ensuite par tout lui donner, sans retenue. Lorsque, pour la seconde fois, Fiona colle son visage entre les fesses blanches, glissant sa langue au plus intime de l’orifice anal — une intrusion qu’elle avait toujours jugée sale et dégradante, s’interdisant de l’appliquer — Michèle ne proteste plus, et encore moins lorsque l’index s’y enfonce doucement, entièrement. Elle se décide même, peu après, à glisser sous sa partenaire qui s’appuie sur les bras et se soulève pour lui faciliter le passage. Michèle se contorsionne sur le dos, descend plus bas, parvient à saisir les cuisses, à les tenir écartées au—dessus de sa tête, et pose sa bouche active sur le sexe en feu. Sa langue la dévore, enfouie dans un sillon déjà humide, déjà ouvert. Elle y prend goût, enivrée de boire à cette source d’amour, et pousse plus loin sa langue, aussi loin qu’elle peut, ignorant le clitoris qu’elle a senti d’instinct moins sensible, en s’enfonçant plutôt au creux du vagin qu’elle lèche goulûment. Fiona, les yeux fous, l’encourage à persévérer par des cris sauvages, haletant son plaisir tout en abaissant son pubis tout contre la bouche audacieuse. Puis, enfin, elle pousse une sorte de long feulement qui signale un autre orgasme. Impitoyable, Michèle continue sa caresse buccale. Fiona la trouve divinement douée, et plus encore lorsqu’elle met bouchée double en enfonçant également ses doigts au creux de la fente luisante. Fiona jouit aussitôt une autre fois. Anéantie, elle bascule sur le côté, échappant à sa complice qui remonte tout de suite le long de son corps pour l’embrasser furieusement. Elle abandonne vite sa bouche, picorant ses seins avant de refiler vers son mont de vénus. Elle veut retourner à la source du plaisir, au centre de la féminité, confiant à ses lèvres le soin d’attiser d’autres envies. Vaincue, Fiona repose sur le lit, bras et jambes écartées, poussant des soupirs infinis, ravie d’avoir réveillé un véritable volcan dont elle est la seule à profiter. Mais Michèle ne semble pas vouloir se contenter de cette lâche inertie, et elle le lui fait comprendre en se positionnant tête—bêche, avec cette même fébrilité et cette même maladresse touchante. Malgré son inexpérience, elle y met une incroyable fougue, une volonté qui force le respect, plaquant son pubis sur le visage de Fiona et cherchant le sien en tordant le cou. Pas besoin de faire un dessin à Fiona, les intentions de son amante sont claires, aussi limpides que les soupirs impatients qu’elle exhale avant d’atteindre son objectif. Fiona pousse un cri quand la pointe de la langue se faufile en elle. De nouveau, elle se sent fondre, et satisfait à la demande de son amie en lui dévorant à son tour ses parties intimes. Contre toute attente, c’est Fiona qui hurle d’abord sa jouissance, ce qu’elle pensait impossible après tant d’orgasmes. A ses cris, les transports de Michèle redoublent. Il semble qu’un feu intérieur la tourmente et la pousse à la rage, la faisant ressembler à un animal sauvage qui se laisse aller à ses pulsions les plus primitives. Maintenant, alors que tout semble opposer ces deux femmes issues d’un milieu si différent, elles sont unies par le même désir, les mêmes envies. La chair et le sexe ont le pouvoir extraordinaire de réconcilier les êtres, leur prouver qu’ils sont identiques. Surtout pour deux personnes du même sexe, si indissociables et complémentaires, une logique qui paraît à Fiona incontestable alors que sa partenaire abandonne toute retenue, ballottée par un tourbillon de sensualité effrénée. Elles continuent de faire l’amour avec cette même ardeur presque désespérée, deux personnes blessées par la vie qui veulent oublier et se consumer dans une passion libératrice. Un mélange de tendresse et de débauche qui finit par les laisser épuisées, endormies l’une contre l’autre. Quelques minutes s’écoulent avant que la magie ne s’estompe peu à peu. La sensation de se sentir observée réveille Michèle. Fiona est penchée sur elle et l’observe attentivement. Elle sourit, ses yeux noirs brillent dans la pénombre, les rendant encore plus énigmatiques. Michèle se blottit tendrement dans ses bras.

— Fiona, tu sais, c’est la première fois que je fais l’amour avec une telle fougue… Tu m’as fait faire des folies !

— Tu ne le regrettes pas au moins ?

— Jamais je ne le regretterai. Je me suis sentie si vivante, si heureuse… Je ne pensais pas que de telles émotions pouvaient exister, c’était merveilleux.

Flattée, Fiona a un sourire éblouissant, mais c’est malgré tout avec une certaine gravité qu’elle répond :

— Ne parle pas à l’imparfait, je suis toujours là et compte bien recommencer.

Michèle tourne vers elle un visage ému.

— Je l’espère de tout cœur.

Mais c’est dit avec une pointe de scepticisme. Tout en allumant une cigarette, ses traits se figent dans un masque soucieux. Elle n’ose pas la regarder dans les yeux en lui posant une question qui lui brûle les lèvres :

— Mais pour combien de temps ?

— Quoi, combien de temps ?

— Une semaine sans aucun doute, mais après ? Il faudra bien que je prenne une décision, et je me pose déjà des questions sur notre avenir.

— Je t’ai déjà dit de vivre au jour le jour, cesse de t’en faire pour si peu.

— Facile à dire, mais on ne change pas comme ça, du jour au lendemain… Et, Fiona, je ne me fais pas d’illusion, je suis loin d’être stupide. Notre relation va tourner court, je le sais. Tu es comme cet animal tatoué sur ton sein, sauvage et libre, qui ne se laisse jamais apprivoiser et qui fait seulement ce qui lui plaît. Mais il y ’a aussi ce côté carnassier qui est le plus dangereux, qui aime la chasse. Ce qui t’excite, c’est la traque, arriver à tes fins, et je suis bien placée pour savoir que tu as obtenu ce que tu voulais… Et après ? Une fois que je serai une bonne élève, que tu m’auras tout appris, que tu auras exploité tout mon potentiel érotique et qu’à la fin je ne n’aurai plus rien à te donner, tu me balanceras comme un vieux mouchoir usé, avant de jeter ton dévolu sur une autre fille. Excuse—moi, mais les femmes qui séquestrent et violent pratiquement celles qui ont le malheur de leur plaire ne courent pas les rues, je ne pense pas être la première et encore moins la dernière.

Fiona la fixe droit dans les yeux, avec colère et tristesse. Elle lui prend brutalement la cigarette des mains et en tire une bouffée énervée. Sa voix est chargée d’amertume lorsqu’elle lui répond :

— Michèle, tu me connais à peine et déjà tu me juges… Je ne suis pas ce monstre sans pitié qui abuse des jeunes et jolies filles hétéros, comme tu sembles si bien le croire… C’est pas parce que j’ai l’air dur que je le suis obligatoirement. Creuse un peu, perce ma carapace, et tu y découvriras peut—être quelqu’un d’autre. Moi, je dois me battre tous les jours pour survivre, pour forcer la chance, pour obtenir ce qui me plaît, et c’est ce que j’ai fait avec toi parce que j’en ai eu très envie et que j’ai senti que c’était réciproque. Il fallait juste te bousculer un peu, c’est tout… Qui ne risque rien n’a rien… Tout le monde n’a pas la chance de naître avec une cuillère d’argent dans la bouche. La société ne me fait pas de cadeaux et je ne lui en fais pas non plus, œil pour œil, je prends ce que je peux prendre, mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas de cœur et ne ressens rien…

Michèle ne trouve rien à répondre, honteuse de s’être ainsi trompée. Sa hâte à trop se fier aux apparences lui fait accumuler les erreurs depuis de longues années, la laissant dans l’ignorance et la faisant passer à côté de tant de choses simples. C’est d’une voix brisée qu’elle s’enquiert :

— Mais pourquoi moi ? Je dois être si différente des filles que tu fréquentes habituellement...

— Tout m’a plût en toi. Tes blessures secrètes, ta fragilité, je t’ai vu comme une petite fille à la dérive qui avait besoin d’être guidée, d’être protégée… C’est vrai que j’ai profité de la situation, dans d’autres circonstances tu m’aurais certainement résisté et sans doute n’aurais—je même pas essayé, mais les faits sont là… En tout cas, je ne regrette rien, si c’était à refaire je le referais sans la moindre hésitation car c’est pour moi quelque chose de très fort… C’est beaucoup plus qu’une pulsion passagère ou un caprice du moment. C’est pour ça que j’aimerais bien qu’on reste ensemble, pour l’instant… Ne m’en demande pas plus, l’amour est trop complexe pour se l’expliquer, et je ne suis pas douée pour les mots…

— Tu m’aimes alors ?

Et un fait incroyable, imprévisible, se produit alors, prenant Fiona au dépourvu. Michèle ferme les yeux et des larmes se mettent à ruisseler sur ses joues. Puis, aussi brusquement, elle se retourne et enfouit son visage dans l’oreiller pour sangloter bruyamment. Emue, Fiona a d’instinct un geste pour caresser les longs cheveux roux qui forment une lumineuse cascade sur l’oreiller blanc. Michèle se ressaisit lentement, douloureusement. Les yeux secs, lèvres serrées, elle s’excuse d’une voix tendue :

— Pardon, Fiona, je ne sais pas trop où j’en suis… Je viens de réaliser que j’aime faire l’amour avec les femmes, que je suis sans doute amoureuse de toi, alors tu comprendras que ça fait beaucoup. Tout ça n’est pas facile à gérer, tout se bouscule dans ma tête !

— Je sais que ce n’est pas si simple, même si ça l’a été pour moi. Avant d’aimer les femmes, j’accumulais les déceptions amoureuses avec les mecs, je ne savais pas ce que je voulais, ce que je recherchais, et j’étais en plus hyper mal dans ma peau. Aussi, lorsque j’ai découvert mon homosexualité, cela n’a pas été un choc terrible mais plutôt un véritable soulagement. Aucun rejet, aucune hésitation, tout est devenu clair et limpide, enfin je savais où j’allais et quel était mon destin. Mais je comprends tout à fait que certaines femmes peuvent le prendre comme un fardeau ou une saloperie de fatalité qui leur tombe brusquement dessus Surtout pour toi.

— Comment ça ?

— Tu es si coincée, si rabat—joie et habituée à faire attention à tout ce que tu dis et à tout ce que tu fais. T’es du genre à dire oui et amen à tout, même si tu penses le contraire, juste par peur de choquer ou décevoir les gens qui t’entourent. Ose me dire le contraire…

— C’est vrai, mais je n’y peux rien. J’ai reçu une éducation stricte et rigide, très conservatrice. On m’a toujours enseigné les bonnes manières, l’importance qu’est la réussite, l’apparence, le rôle de la femme dans cette société obnubilée par la bienséance et autres principes misogynes. J’ai été modelée dans cet esprit, et ce n’est pas un coup de baguette magique qui va brusquement me libérer.

— Moi, si, je peux te libérer, te montrer que ton rôle ne se limite pas à des fonctions domestiques ou décoratives, mais que tu peux être aimée pour toi—même, pour ce que tu es réellement. Laisse—moi te montrer qu’il est drôlement plus facile de dire merde si tu as envie de dire merde, et qu’il est plus important de vivre pour soit que pour les autres.

Michèle lui jette un regard amusé :

— Et bien, t’es une vraie révolutionnaire toi !

Fiona ne répond pas tout de suite. Elle est sûre de ses convictions et du bien—fondé de ses actes. Elle a révélé Michèle à sa vraie nature, celle—ci aime maintenant les femmes et ne pourra plus s’en passer. Qu’elle le veuille ou non, elle reviendra toujours au seul et vrai plaisir, au paradis saphique, où toute chair féminine est en phase, en parfaite osmose avec sa nature. Un plaisir que les hommes ne comprendront jamais, ignorants et maladroits, passant toujours à côté de l’essentiel. Seules les lesbiennes comme elle possèdent cet art inné de mettre l’amour et les femmes à leur juste place. Michèle vient de le réaliser, une incroyable découverte qui a déjà bouleversé sa libido et bouleversera également sa vie future, mais Fiona est fière de lui avoir rendu ce service, souhaitant qu’elle ne gâche plus sa vie avec aucun homme. Souvent, elle bénit le jour où elle a croisé la route de cette femme qui lui a ouvert les yeux à temps, l’empêchant de s’embarquer dans d’autres relations hétérosexuelles aussi sinistres que douloureuses. Pour Michèle, elle pense être intervenue au bon moment. D’un geste distrait, elle lui effleure du bout des doigts le mamelon de son sein droit, qui se dresse vite, d’un rose tendre frémissant. Michèle gémit, toujours aussi réceptive. Cela fait sourire Fiona qui lui répond enfin :

— Ma chérie, il n’y a rien de révolutionnaire à te libérer de cette malédiction qu’est l’hétérosexualité. Toute femme est un peu lesbienne mais refuse cette évidence, par peur je suppose… je t’ai juste montré le bon chemin à prendre.

Michèle sourit à ses propos, se demandant si elle est sérieuse ou si elle plaisante. Peu importe. Elle se montre espiègle, lui chatouillant le ventre avant de rouler sur elle, l’emprisonnant dans ses bras d’un geste possessif. Elle la serre contre elle de toutes ses forces, tremblante d’émotion, avec l’envie de ne plus jamais la lâcher. A regret, elle finit par s’écarter. Dans son regard, il y a toute la gravité du monde.

— Alors prenons ce chemin ensemble, et guide—moi jusqu’au bout. Toute seule, je risque de me perdre ou de faire marche arrière. J’ai besoin de toi.

— Je ne te laisserai jamais.

Leurs lèvres se soudent, comme scellant à jamais cette promesse. Leur baiser dure une éternité, chargé de tendresse. Michèle est la première à se dégager avec un petit rire nerveux, levant la tête pour contempler le corps nu de sa maîtresse. Au bas de son ventre, le sexe rasé brille d’humidité. Elle s’accroupit à ses pieds, lui écarte les jambes et les soulève en l’air avant de lécher l’intérieur de ses cuisses.

— Seigneur, que j’aime l’odeur de ton sexe ! s’extasie Michèle.

Elle passe une langue gourmande sur toute la longueur du vagin, puis relève brièvement la tête pour commenter avec ravissement.

— Et que j’aime son goût. Hm, c’est trop délicieux.

Ses yeux brillent de convoitise. Fiona frémit, regardant toujours le corps lové entre ses jambes. Elles refont l’amour, et ne feront que ça pendant plus d’une semaine.

Les jours et les nuits se résumeront à la chambre où elles dépenseront toute leur énergie, et à la cuisine pour y reprendre des forces. Elles ne quitteront le chalet qu’une seule fois, pour descendre au village faire le plein de provisions. Cette interruption dans leur idylle amoureuse sera une vraie torture, la peur de briser le charme, perdre du temps alors qu’il était compté, et ne plus retrouver leur nid d’amour, leur paradis, comme si tout cela n’était qu’un rêve éphémère, avec l’angoisse de se réveiller trop tôt. Deux longues heures de souffrance, d’attente, qui paraîtront une éternité, qu’elles vivront dans l’anxiété et l’impatience de vite se retrouver pour recommencer. Et, à chaque fois qu’elles referont l’amour, ce sera la confirmation que leurs corps étaient faits l’un pour l’autre, les surprenant mutuellement dans une faim toujours plus grande, jamais rassasiée.

Pour Michèle, cet amour était un déclic bienfaiteur, une force dans laquelle elle pouvait grandir, se découvrir et se reconstruire. Son audace dans l’amour la stupéfiait, une façon de pouvoir s’épanouir, s’émanciper et s’armer d’un courage inébranlable pour affronter ensuite l’avenir. Elle se laissait aller à des débordements sexuels, sans contrainte et sans aucune convenance au regard de son éducation. Cette débauche était sa façon à elle de renier ses origines, cracher sur des années de bienséance étouffante. Cette relation l’avait transformée, brisant ses inhibitions. Jamais elle ne s’était sentie aussi belle et désirable, ravie de voir cette lueur émerveillée dans les yeux de son amante lorsque celle—ci la contemplait, comme si elle était une œuvre d’art précieuse. Pour provoquer cet intérêt, elle qui fût auparavant si pudique, il lui sembla vite naturel de déambuler dans le chalet en petite tenue, ou carrément nue. Elle se surprit à préparer, un soir, un repas à la chandelle, juste vêtue d’un tablier bien trop court pour elle. Après la douche, elle se plaisait à venir se réchauffer prés de la cheminée, encore nue et mouillée. Elle savait que c’était de l’exhibitionnisme, et se demandait parfois si ce n’était pas pervers ou anormal de se comporter ainsi, mais la tentation était trop forte, faire ce qui lui plaisait, des choses auparavant interdites ou choquantes. Et plus elle se comportait ainsi, et plus elle prenait de l’ascendant sur sa partenaire, un pouvoir qui tenait de la magie.

Les rôles s’inversèrent, elle apprit à user et à abuser de son nouveau pouvoir, en même temps qu’elle—même y échappait. Elle n’était plus dominée, c’est elle qui dominait, et cette constatation lui permit de se retrouver en position de force.

Aussi étrange que cela pu paraître, elle ressembla de plus en plus à Fiona dans ses comportements impulsifs et excessifs, alors que celle—ci se montra au contraire plus posée, plus sereine, s’efforçant même de tenir un langage plus châtié. Rien de flagrant, mais suffisamment pour altérer de façon insidieuse leurs relations, surtout après la première semaine où il était plus facile pour Michèle de repousser à chaque fois l’échéance. Elle se retrouvait encore une fois dans l’incapacité de se montrer résolue et déterminée alors qu’elle était à la croisée de son destin. Le neuvième jour, elle s’avéra hautaine et insatisfaite, de plus en plus irritable alors que l’heure de prendre une décision définitive approchait. Elle nécessitait donc une attention constante, sollicitant toujours plus d’amour alors que Fiona lui en prodiguait plus que de raison, lui accordant chaque minute de son temps, trop pressée de lui plaire. Cette affection se transforma en exigence irraisonnée. En effet, Michèle s’était enfermée dans un rôle de petite fille gâtée et égoïste qui prit l’habitude que sa maîtresse fît tout pour elle. Et plus Fiona cédait à ses caprices et plus Michèle en demandait. Il lui fallait malgré tout sortir de cette dépendance, de ce bonheur exclusif qui les coupait du reste du monde.

Pour s’aider à prendre la décision qui s’imposait, elle s’arma de courage et se décida enfin, le onzième jour, à écouter sur son portable les nombreux messages de son mari. Il s’y montrait suppliant, repentant, et eut même l’audace et la lâcheté d’en faire participer ses enfants qui la réclamèrent de façon pathétique. Mais entendre leurs voix fût le coup fatal, un triste et douloureux retour sur terre, qui fit pencher la bascule de façon brutale. Maintenant, plus elle y réfléchissait et plus il lui semblait normal de mettre un terme à une brève liaison, même passionnée, plutôt que mettre fin à un mariage de huit ans. Et il n’y avait pas que son mari. Il y’ avait les enfants évidemment, qui lui manquaient énormément, encore plus alors qu’elle venait d’entendre leurs voix sur le portable. Et pouvait—elle se passer d’argent ? Vivre d’amour et d’eau fraîche n’était pas dans ses priorités, elle en était bien incapable. Leur liaison était vouée à l’échec, sans avenir. Au fond d’elle—même, Fiona devait bien en être consciente. Elles étaient si différentes. Fiona était une femme forte, traversant les épreuves sans fléchir, et se remettrait tant bien que mal de cette rupture. Et les conséquences seraient moins graves. Ici, pas de divorce, de tracas administratifs, de règlements mesquins ou vengeance qui s’éterniseraient, d’enfants déchirés et malheureux. Oui, plus de doute, cette décision était la bonne, si cruelle fut—elle, guidée par des intérêts d’ordre pratique et financier, ou tout simplement raisonnable… Elle n’était plus adolescente, ne pouvait plus tomber follement amoureuse et tout plaquer sur un simple coup de tête, elle avait des responsabilités et devait les assumer. Cette passion serait une parenthèse heureuse dans sa vie, un interdit qu’elle avait pleinement vécu, dans la joie et l’insouciance, et elle en garderait toujours de bons souvenirs. Plus tard, elle évoquerait avec tendresse ces jours heureux, se rappellerait chaque minute partagée, se souviendrait du chalet, du paysage, et y retournerait même, une sorte de pèlerinage qu’elle effectuerait avec nostalgie. Avec douleur. Avec des regrets…

Michèle se secoue. Inutile de rester là à ruminer et à se torturer inutilement, sa décision était de toute façon prise. Elle sort du lit. Elle le fait sans préambule, au lieu de se blottir dans les bras de Fiona comme elle l’a fait jusqu’ici, chaque matin. Cette fois—ci, elle enfile directement son peignoir en satin. Fiona est allongée sur le lit, et la regarde passer sa tenue. Elle adore la voir s’habiller et, plus encore, se déshabiller, un spectacle dont elle ne pourra jamais se lasser. Elle se dit brusquement que c’est peut—être la dernière fois et, à cette douloureuse idée, les larmes lui montent aux yeux. Elle est consciente que Michèle lui échappe. Elle repense avec nostalgie à la nuit d’avant, où elle s’était lancée dans une imitation de Michèle en train de se dévêtir, avec la même grâce, les mêmes gestes précieux, et Michèle en avait ri à en avoir mal au ventre. Mais l’instant n’est plus à la joie, mais déjà à la tristesse, à l’appréhension du lendemain. Michèle sort sur la terrasse. Elle s’y trouve à peine qu’un aigle passe au—dessus de sa tête et, s’offrant en spectacle, plane au ralenti devant ses yeux ébahis.

— Quelle grâce ! murmure t— elle.

Elle le suit des yeux, hypnotisée par sa majesté. Fiona la rejoint, suit son regard.

— En voilà un qui est heureux. Libre comme le vent. Comme moi. Comme nous.

Les deux femmes restent côte à côte pendant un long moment, absorbées dans leur contemplation. Puis l’aigle disparaît, tournoyant et plongeant derrière les cimes des arbres. Cela laisse un grand vide, elles ne disent toujours rien, figées dans un silence aussi profond que celui qui règne dans la vaste forêt. Michèle frissonne, car un froid soudain monte du vallon. Fiona se penche et ramène sur les épaules de son amie la couverture dans laquelle elle s’était enroulée pour sortir. Elle est si bien, dans ce lieu magique, avec la femme qu’elle aime. Elle reste silencieuse, pénétrée de la sensation unique d’être deux, complices et unies dans une harmonie parfaite. Une crainte furtive, par instants, fait trembler Michèle, car elle la sent toujours déroutée, indécise. Alors elle la serre plus fort contre elle, lui transmettant sa force, son amour. C’est avec émotion qu’elle lui dit :

— Michèle, je sais que tu te poses des questions. Ecoute seulement ton cœur. Tu peux choisir la sécurité, et retrouver alors ton mari. Moi, je t’offre plus que ça. Je t’offre la vie, la passion.

Elle lui prend les mains, la force à enjamber avec elle la balustrade et l’entraîne sur le toit, à mi—pente. Là, elle ouvre ses bras, désignant le paysage grandiose qui s’offre à leurs yeux, face au soleil qui se lève parmi des flots de lumière derrière les montagnes.

— Michèle, tout ça nous paraît cent fois plus beau parce qu’on le voit différemment, parce qu’on est ensemble, qu’on s’aime, et qu’on portera toujours un regard neuf sur tout ce qui nous entoure. Retire cette magie qu’est l’amour et tu verras les choses d’une toute autre façon.

Michèle veut pleurer, mais ses yeux sont secs à force d’avoir tant pleuré. Décidément, c’était agaçant cette façon qu’avait Fiona de l’amener à bouleverser tous ses plans et à briser toutes ses résolutions. Mais le pire c’est qu’elle aimait ça. Elle lève les yeux, suivant l’aigle qui vient de réapparaître, survolant dans un bruissement d’ailes le chalet, avant de s’immobiliser en vol plané. Fiona aussi le contemple, considérant son retour comme un présage heureux, annonçant peut être un joyeux dénouement. La main tremblante de Michèle qui cherche la sienne lui redonne vite espoir.



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