Framm - 8 et 9-

samedi 16 juin 2012
par  Arkann
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8 - Revirement de situation

J’avais quelques jours de vacances… et j’avais décidé de les utiliser à bon escient. Je me regardais dans le miroir. M’admirais, vraiment. Un trench-coat qui m’allait comme un gant, mais me donnait un air un peu sinistre, surtout avec la gueule que je faisais, une mine patibulaire que j’utilisais seulement lorsque je voulais dissuader, ou que j’étais en rogne. Le halo flottant au-dessus de ma tête était très noir, semblait m’entourer de pénombre.

Excellent.

Je sortis de mon appartement, prenant soin de laisser une marque qui m’indiquerait que la porte avait été ouverte si quelqu’un l’ouvrait en mon absence. Pas une très bonne précaution, Iblis ayant montré qu’elle était aisément contournée, mais mieux que rien. Un corridor, puis un autre. À mon passage, deux chiens se mirent à gémir, se faisant petits, la queue entre les jambes. Les passants me laissaient le chemin. Des portes à droite, des portes à gauche.

Alem était de service, il se tourna, blêmit un peu, s’assura de ne pas attirer mon attention. J’étais amusé. Alem était le genre de salaud qui aurait allègrement volé la dernière pièce de monnaie dans la gamelle d’un aveugle mendiant, et j’adorais le voir réagir ainsi.

J’avais une certaine distance à parcourir pour atteindre la bonne zone. Tout était prêt. Milène ne se doutait de rien.

Le Zoccalo, un quartier mal famé d’un habitat à une certaine distance du mien. Ils étaient rares les habitats qui n’avaient pas au moins un quartier comme celui-la, ou l’industrie du sexe était concentrée, à tout le moins pour ce qui était des « services » à prix modiques. C’est dans ce quartier que Milène avait établi la personnalité de sa prostituée. Il n’y avait qu’un seul client –moi- avec qui elle avait des relations sexuelles, mais elle me racontait tout. Elle adorait ce rôle, marcher les corridors, exhibée de manière provocante comme une marchandise un peu trop fatiguée. Elle arrivait à se glisser dans la peau de son personnage, à en savourer les humiliations, la dureté. Elle avait eu des problèmes au début avec les autres filles, puis avec les proxénètes, mais à part de certains clients voulant aller avec elle, personne ne lui faisait plus aucun problème.

Mon emploi actuel me permettait certaines dépenses. J’avais les contacts.

Le Zoccalo. Aucune des prostituées ne m’accostait, ou tentait d’attirer mon attention. Elles présumaient que mes goûts étaient du genre à éviter. Presqu’aucune. Il y avait celles qui étaient trop droguées pour s’en faire, ou encore trop désespérées pour laisser passer un client potentiel que personne d’autre ne voulait. Il y avait celles qui, menacées par un proxénète voulant établir une communication avec quelqu’un comme moi, assurément bien connecté, venaient à moi contre leur gré.

Milène me vit arriver de loin. Elle voyait toujours tout arriver de loin. Je pouvais sentir son anticipation. Ses voisines de corridor lui dirent quelques mots, l’air amusé. Milène ne pouvait venir souvent… et la plupart des fois qu’elle le faisait, je passais. Je savais que ces femmes devaient spéculer énormément sur ceci. Elles devaient même avoir deviné certaines choses.

Milène était habillé exactement comme je l’avais vue lors de ma planification originale. Des talons hauts, noirs, une micro-jupe de cuir, et un top blanc, moulant ses formes. Trop de maquillage, ou le noir était trop marqué, le rouge à lèvre carmine trop dominant. Une mine blafarde et pâle, comme un lendemain de veille. Ses cheveux, coiffés, mais en désordre. Une vieille bourse de cuir, de qualité mais faisant son âge. Accotée dos au mur, se tenant debout sur une jambe, l’autre pliée, talon aiguille contre le mur sur lequel elle était accotée… ce qui faisait monter sa micro-jupe, révélait son sexe à l’œil qui arrivait à imaginer ce qui se cachait dans ces ombres.

Elle m’avait dit comment elle adorait retourner dans les corridors, prendre une telle position, après que j’ai fait usage de son corps. Mon odeur sur elle, son sexe mouillé, dégoulinant…

J’allai directement à elle. Une négociation serrée, accompagnée de quelques épithètes et commentaires insultants de part et d’autres. Une expression dure malgré le sourire qu’elle fixait en place, ses yeux froids et calculateurs. Tout dans son expression, son langage corporel, indiquait qu’elle me détestait… mais qu’elle irait avec moi. Je sentais les yeux curieux des autres prostituées, certaines offrant même quelques commentaires désobligeants et suggestions indécentes. Je les ignorai, mais Milène leur donna un bras d’honneur bien senti, ce qui les fit rire.

Le marché conclu, elle me mena à ce trou à rat ou elle louait une chambre. Un escalier délabré et sombre, ou l’odeur de moisi, d’urine et de sexe régnait. Les murs minces laissaient passer les sons provenant de plusieurs chambres occupées. Sa chambre… sa chambre était autre. Oh, rien de remarquable de prime abord, mais les lieux étaient toujours propres, les draps impeccables, et elle avait sa propre chambre de bains. Le couvre-lit était vieux, mais présentable, et portait un motif comme une peau de léopard.

Milène était alerte, mais pas assez. Elle ne me vit pas sortir l’injecteur de ma poche. Il y avait une grosse aiguille à l’intérieur, le genre d’aiguille à faire peur, faite pour ne pas casser si elle rencontrait un os, et un gros ressort. Une fois la sécurité désarmée, une application rude contre la cuisse suffisait à déclencher le mécanisme.

Milène n’était pas assez alerte… mais elle était alerte. J’avais à peine utilisé l’injecteur que je recevais un violent coup de coude. Elle se tourna, tenta de m’asséner un coup de pied, mais j’étais déjà hors de portée. Elle tituba, ouvrit la bouche pour crier… et s’effondra.

J’avais l’antidote, au cas ou, et je vérifiai son pouls et sa respiration, mais tout était beau. Elle était encore consciente, et je lui donnai un sourire. « Alors, ma petite garce. Qu’est-ce que ça te fait d’avoir un souteneur, maintenant ? » Je lui dit, lui rappelant cette fois ou elle avait décliné mon offre de protection. Je lui soutirai ses armes, puis la tournai, afin de menotter ses poignets derrière elle. L’effet du paralysant devait durer un certain temps mais, avec un paladin, mieux valait ne pas prendre de chance.

« Tu ne réponds pas ? Dommage. Nous pourrions avoir une belle conversation, j’en suis certain. Je sais tout de toi, tu sais. Tu me coûtes cher, très cher… et tu m’as fait des menaces, il n’y a pas si longtemps. Et puis, il y a toutes ses semaines ou je n’ai pas fait de profit avec toi. Beaucoup de rattrapage. Ta dette est donc élevée. Mais ne craint pas, je vais te donner du travail, une chance de me repayer. » Oh, mais que j’étais allègre. Je sentais la colère, la furie de son personnage… et le plaisir coupable de Milène. Des chaînes à ses chevilles, reliées à ses menottes. Elle ne pourrait utiliser ses jambes pour me faire un coup foiré quelconque. Puis un masque couvrant sa bouche, bien attaché, afin de mieux la désarmer.

Je guidai ses doigts au bouton dans ses menottes. Elle n’avait qu’à presser, et tout tomberait. En cas d’urgence, il lui fallait pouvoir se libérer. Puis je lui donnai l’antidote, et elle commença à se débattre, quelques instants après, criant dans sa muselière bien serrée. Pas parfait, mais les sons n’étaient pas assez forts pour être inquiétants. Pas autant que la manière avec laquelle elle frappa son corps contre le mur pour attirer l’attention, me forçant à la maîtriser.

Je lui montrai mon arme, un tazer que je tenais dans une main, et elle cessa immédiatement. Il était modifié pour ne donner qu’un petit choc, ne pas incapaciter, mais elle tiendrait son rôle si j’en faisais usage.

« Tu t’appelles Amira, maintenant, » je lui dis, « et tu travailles pour moi. En lumière des menaces faites il y a un temps, et du respect que je te porte, je vais t’apprendre à trop me craindre pour penser me faire des choses… ennuyeuses. » Je ne me rappelais que trop bien de la sensation de son couteau appliqué contre mes couilles.

Son regard venimeux me promettait de telles choses, si je lui laissais une seule chance. Si elle arrivait à avoir la main haute, elle ne dépasserait pas certaines bornes, mais j’étais loin d’être le masochiste qu’elle était, et je savais fort bien qu’elle me ferait regretter d’avoir baissé ma garde.

On cogna à la porte. « Mazurka. » Le mot m’indiquant qui c’était, que tout était en place. Sortir une fille du Zoccalo contre son gré pouvait être un exercice périlleux demandant préparation : ce qui se passait dans le Zoccalo ne regardait pas la police, mais un policier frustré et zélé, surveillant les abords…

**

J’avais de l’argent, maintenant, et l’argent était fait pour être utilisé. Un petit appartement, moderne, confortable, et bien meublé. Une fortune, mais… Amira allait me permettre de payer tout ceci, donner vie à ce personnage fait juste pour elle.

La sortir du Zoccalo avait pris plus de temps que prévu, mais tout c’était bien passé. Elle était couchée sur le côté sur le lit, me regardant avec une méchanceté presque palpable. Je prenais grand plaisir à tout ceci. Ça me surprenait. Peut-être était-ce une manière honorable pour moi de jouer les méchants, de suivre cette nature qui était mienne, que je devais réprimer le reste du temps.

J’ouvris une boîte sous ses yeux, pour lui révéler un collier Zaltais. Très rare, profondément illégal. Ses yeux s’écarquillèrent, et elle blêmit. « Je vois que tu sais ce que c’est. Tu vois, je sais que tu en vaux la peine, le risque. Je sais beaucoup. »

Je m’approchai pour lui glisser le collier autour du coup, mais elle résista, me força à utiliser le tazer. Elle joua son rôle.

Le collier était élégant, une vraie œuvre d’art de métal ciselé. L’intérieur était d’un cuir se moulant aux formes de son cou, le couvrant presque complètement, le collier émettant un clic très audible lorsqu’il se barra en place. Il lui allait parfaitement. Très élégant. C’était aussi une coquille vide : je m’étais assuré que tous les mécanismes à l’intérieur étaient bien enlevés, et j’avais ajouté un petit dispositif qui lui donnerait un tout petit choc si le collier était un jour activé.

Je la libérai de ses chaînes et menottes. Elle « reprit » contrôle d’elle-même, jouant son rôle plutôt bien. Si je n’avais pas su, les spasmes et mouvements incontrôlés m’auraient convaincu.

« Ce que tu as autour du cou, c’est un collier Zaltais. Il est utilisé pour forcer la coopération. Si tu tentes de l’enlever, de le couper, de le détruire, il te tuera. Si tu tentes de t’enfuir où tu t’éloignes hors de la zone où il t’est permis d’aller, il te tuera. Si je presse ce bouton, il te tuera. » Je tenais bien haut un objet qui ressemblait à un briquet, le couvercle enlevé, révélant le bouton rouge. « Si je n’entre pas un code spécifique à chaque jour, ton collier te tuera. Si je meurs, il te tuera aussi. »

Elle était capable d’y toucher… y allait très délicatement, la crainte visible sur son visage. Milène le paladin savait comment se débarrasser sécuritairement d’un tel collier, mais pas Amira la petite prostituée.

« Je te serai un bon souteneur, Amira. Tu vaux infiniment plus vivante que morte, et de bon gré que de mauvais gré. Tu es une prostituée à cinquante ducats, » je lui dis, avec mépris, « alors qu’avec moi, tu peux être une escorte à mille ducats, sans même avoir à coucher avec ton client. Tu vois, je sais que ton père était un ange, que tu peux porter l’auréole si tu le désires vraiment. Le collier fait de toi mon esclave, mais je veux que notre relation d’affaires soit… consensuelle. Le quart de ce que tu fais, moins mes dépenses d’opérations, et le remboursement de ta dette, ira dans tes poches. Même avec mes frais, ce sera bien mieux que la minable vie qui était tienne avant que je te tende la main pour te sortir de ta misère. » Un ton paternaliste, empli de bonté.

Elle leva la tête, défiante, arrivant à s’asseoir, massant son bras ou j’avais utilisé l’arme. « Non. »

« Tu es plus intelligente que ça, Amira. De toute manière, si tu le pensais vraiment ce non, tu serais déjà en train d’essayer de m’étrangler. Mais je serai bon prince. Je désire ta coopération, ta bonne volonté. Tu pourras garder pour toi la moitié des pourboires qui te seront donnés. » Je laissai mon expression s’assombrir, « la moitié. Si tu me trompes sur ce point, tu verras mon côté moins plaisant. » Une voix pleine de sérieux, de menace. Elle leva la tête avec défiance. Elle allait devoir être disciplinée, en cours de route. Un point pour plus tard. Je laissai mon ton s’adoucir, « tu auras un budget, pour ta garde-robe, ton maquillage, cet appartement, tes dépenses professionnelles… »

Elle me donna un reniflement dédaigneux, « et tu paieras ce budget ? »

Mon sourire s’élargit. « Oui. Les dépenses seront ajoutées à ce que tu me dois, bien entendu, que tu utilises ton budget ou non. Je voudrai bien entendu les reçus afin de m’assurer que tu dépenses l’argent tel qu’il doit l’être. »

Son regard était venimeux, mais elle ne dit rien.

« C’est une ère nouvelle, Amira. Toi et moi, dans les quatre prochains jours, nous allons… travailler ensemble. Tu as plusieurs rendez-vous pour améliorer ta diction, ton apparence, tes manières. Des services professionnels coûteux, mais je m’attends à ce que tu puisses repayer ces dépenses rapidement. Tu seras une fille différente. Nous allons mettre l’emphase sur ton petit côté angélique. Lorsque je serai satisfait, un photographe viendra, puis nous travaillerons sur ton site Web. »

La personne qu’elle incarnait était furieuse… mais je savais combien Milène elle-même était excitée et enchantée. Avec cette nouvelle approche, elle allait jouer un rôle d’escorte, pleinement, la seule exception étant l’aspect sexuel. Ça, ça me serait toujours réservé.


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Commentaires

mardi 26 juin 2012 à 21h55

Cet article est très intéressant.

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