3 - Drôle de couple

Le diable est dans les détails
vendredi 2 février 2007
par  Irène
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Marion, déjà toute bronzée sous sa crinière frisée, m’attend au bout du quai. Touche-touche du bout du nez et petit baiser sur la bouche, très chaste, du bord des lèvres... Notre vieux rituel de gamines provoque quelques regards interloqués dans la foule de la gare Saint-Charles.

Nous ne sommes pas encore au bas du grand escalier que mon adorable cousine, toujours fidèle à elle-même, m’a déjà sermonnée pour mon teint de papier mâché, mon petit ventre – "les abdos, cocotte, tu connais les abdos ?" – et mon pantalon trop lâche – "quand on a un cul pareil, on le met en vitrine, ma vieille..." Je ris et lui fais remarquer qu’elle devrait de se renouveler, puisque j’ai déjà eu droit aux mêmes commentaires trois mois plus tôt. Je passe le bras sur son épaule et lui glisse à l’oreille :

— Blague à part, je te jure que c’est pas l’heure. Je suis down, complètement down

— Oui, ça, j’ai cru comprendre. Ta voix au téléphone, c’était SOS-Détresse ! On va s’en occuper, mais pour l’instant, direction la plage. T’es à la mer, ici, Rennie, et il fait beau comme au mois d’août

Rennie... Le petit nom qu’elle m’a donné quand on marchait à peine, il y a près de quarante ans, dans le grand parc de la maison de Honfleur. Quarante ans d’une complicité que rien ni personne n’ont jamais abîmée. Elle me prend la main et, tout en babillant, m’emmène vers sa voiture (enfin, ce qui en tient lieu...) garée sur un passage clouté et ornée, bien sûr, d’un papillon qui rejoint illico la pile des précédents dans la boîte à gants.

— Il n’y a qu’à Marseille que le commissariat s’appelle l’Evêché. Béni soit le très saint inspecteur qui jettera tout ça dans la bannette !

On file sur la corniche, toutes vitres ouvertes. Pas un nuage et une mer d’huile. Un gros cargo blanc quitte doucement la rade. Destination Alger, Naples, Alexandrie, qui sait ? Un instant, je m’imagine sur le pont, regardant s’éloigner le rivage et les murailles du Château d’If.

Partie sans laisser d’adresse...

Abandon d’enfants ! Non, légitime défense, monsieur le Juge...

Marion parle encore. Il est question de maison, de déménagement, d’un labo-photo ultra-moderne pour son chéri. Moi, je me saoule d’air chaud et d’odeurs marines, rêve un instant d’une maison au bord de l’eau, là, à Malmousque, ou plus loin, à Pointe-Noire, ou bien d’un simple cabanon aux Goudes. J’aime Marseille comme aucune ville au monde, et n’y ai jamais habité. Pourquoi pas maintenant ? Un beau trois-pièces terrasse sur les hauteurs du Roucas-Blanc, vue panoramique sur la grande bleue, une chambre pour les garçons, une autre pour moi. Pour moi toute seule...

— Je t’intéresse follement, dis-donc !

Marion s’est arrêtée à la première place libre, près de la plage du Prado. Je la regarde et ferme les yeux en guise d’excuse.

— Bon ! Je prends le plaid et on va se dorer dans un coin tranquille. Et t’inquiète, je vais me taire...

Il n’y a pas foule et l’on trouve sans mal un endroit isolé. Marion se déshabille et apparaît bientôt dans un bikini tout ce qu’il y de plus mini. Une vraie pub pour "Slim Fast" !

— Et qu’est-ce que je fais, moi ? Je n’ai pas mon maillot en dessous...

— Dessape-toi quand même, je vais te donner un paréo

Assise, j’essaie de me faire discrète, mais allez donc cacher une telle avant-scène, surtout posée comme ça dans un soutif pigeonnant en satin et dentelle !

— Madone !T’as rien perdu côté nichons, ma grande. Comme dit mon jules, y’a plus qu’il n’en faut pour remplir la main d’un honnête homme, s’esclaffe Marion. Et vu que le verso est au diapason, on ne va pas tarder à être cernées par tous les mâles du coin.

Elle me lance son paréo et je retrouve aussitôt une tenue plus digne.

— Bon ! Trêve de plaisanteries. Qu’est-ce qui te met dans ces états. Il y a de l’eau dans le gaz avec Juju ?

Je ne sais quoi lui répondre. Elle est légère alors que je me sens lourde. Rieuse alors que je suis triste à mourir. Insouciante alors que le ciel tout entier m’est tombé sur le crâne...

— Une cata, Marion ! Une cata ! Et dire que j’ai rien vu venir...

Je commencé à raconter, essayant de gommer les détails les plus scabreux, mais ses questions m’obligent sans cesse à préciser davantage. Tout y passe : les messages de "Maîtresse" sur le portable, la nuit blanche de confession, les travestissements de l’adolescence, la peur des filles, la fréquentation assidue des professionnelles, le souvenir ineffaçable de la première fois, l’éjaculation précoce...

Marion écoute et questionne mais ne marque aucune vraie réaction. Tout juste, de temps à autre, un petit sourire ou un regard étonné. Le soleil baisse déjà à l’horizon et l’air devient plus frais. Changement de décor : on va prendre un thé sur une terrasse voisine, quasi déserte.

— Et ensuite ? demande ma cousine, de ce ton neutre que doivent prendre les psys quand ils écoutent sans sourciller des tombereaux d’horreurs ou de cochonneries.

Ensuite ?

Je reprends mon souffle, comme Julien l’a fait dans la nuit. Et je réalise que je ressens, au même instant du récit, le doute et la lassitude qui ont paru l’assaillir lui aussi. Comme si tout était dit. Comme s’il était vain d’ajouter des mots aux mots, des aveux aux aveux, sauf à juger utile, et peut-être même plaisant, de noircir davantage l’estime de soi sans laquelle on ne peut vivre.

Mais il a continué, Julien. Déballant sa vie la plus secrète avec une complaisance toute masochiste. Comme s’il fallait tuer, jusqu’au dernier zeste, le respect qu’on lui porte.

La suite tenait du catalogue illustré des trottoirs de Paris, devenus ses quartiers de noblesse. Il y avait ses habitudes, et ses préférées, régulièrement visitées.

Déborah, et son visage de squaw, qui l’énivrait de mots crus. Emmanuelle, toujours tirée à quatre épingles, qui le laissait se glisser sous sa jupe large pour se faire caresser et bécoter les fesses. Hélène, la Toulousaine, qui lui sortait juste la queue par la braguette et le masturbait devant le grand miroir pendant qu’il glissait la main dans sa petite culotte...

Puis il y a eu les sex-shops, les cabines aux senteurs rances et, à travers des cloisons trop minces, les souffles saccadés des voisins qu’il imaginait sans peine, bite à l’air comme lui, en train de se branler devant des fentes gluantes, des fesses ouvertes et des bouches avides. C’est là, cloîtré des heures entières, les yeux exorbités et la main mécanique qu’il a vu ses premières "maîtresses" à l’ouvrage : des kyrielles de déesses despotiques s’amusant à dompter, humilier, rabaisser des hommes heureux d’être avilis.

En sortant, désormais, il regardait autrement ces dames qui, jusque là, ne l’avaient guère attiré. Bottées, luisantes de cuir ou de vynil, menottes et martinet à la ceinture, parfois cravache à la main. Il a osé en accoster certaines, leur adressant un "qu’est-ce que tu fais" timide et s’excitant à les entendre débiter leur menu : "Ca dépend ce que tu aimes, chéri... Je te donne la fessée, je te fouette, je t’attache, je te mets les pinces, je te pisse même dessus, si tu veux..."

Il a souvent eu envie de les suivre. Mais il avait trop peur. Il ne voulait pas souffrir, lui, il voulait avoir honte. Honte de se sentir vicieux, de plus en plus vicieux.

L’arrivée du minitel a tout changé. Les messageries, roses et noires, n’ont bientôt eu plus de secret pour lui. Là, à l’abri de l’écran, il pouvait tout demander, tout dire. Et voilà qu’à ses mots, encore retenus, répondaient d’autres mots, bien plus forts, bien plus crus, qui aiguisaient ses sens.

Ainsi est venu pour lui le temps des "dominas". Une, puis deux, puis bien d’autres, qu’il revoyait ou non, selon qu’elles entraient, ou n’entraient pas, dans le "théâtre" qu’il s’inventait, peu à peu.

Il n’a pas, pour autant, déserté ses trottoirs. Il a même ajouté d’autres, entre Opéra et Trinité, où se promènent des jeunes femmes aux talents de courtisanes, et quelques autres, surtout préoccupées par les fins de mois difficiles. Là, il a rencontré Aline, petite et menue, coiffée à la garçonne, curieuse et gourmande de vices en tous genres (à cet instant, j’ai cru voir mon portrait inversé !) Deux ou trois fois, il a sorti ses billets puis s’est créée, entre eux, une autre relation, dévotement consacrée au sexe qui a duré des années, émaillée de mille divorces et d’autant de retrouvailles.

Entre Pigalle et la rue Saint-Denis, les dames du minitel et la belle Aline, il s’y est employé, Julien, à nourrir ses obsessions et satisfaire ses vices. Il en a amassé un trésor de souvenirs, une longue litanie de "premières fois", débitée comme un palmarès.

J’ai écouté, abasourdie.

C’est devant Déborah, celle aux faux airs de squaw, qu’il a, pour la première fois, levé et écarté les cuisses pour offrir son cul à un joli gode. Il a eu mal, mais elle lui parlait, et lui disait si bien qu’il se faisait baiser comme une femme que deux branles ont suffi à déclencher ses jets.

C’est une "maîtresse" accorte et très cérémonieuse qui l’a allongé par terre, l’a enjambé sans enlever sa longue jupe de cuir puis s’est accroupie au-dessus de son visage. Il a vu sa fente toute lisse, a ouvert la bouche et, pour la première fois, a bu par rasades entières un flot de pisse gardée pour lui.

C’est une provinciale croisée sur minitel qui, la première, l’a mis à quatre pattes et lui a glissé une longue canule dans l’anus. Le lavement était pour elle un art et une passion. Elle l’a rempli de près de deux litres d’eau légèrement savonneuse et s’est, pendant un quart d’heure, amusée des spasmes, contractions et coliques qui le tourmenaient. Jamais, geignait-il, il n’avait eu aussi honte. Honte d’être ainsi à quatre pattes, cul et panse dilatés, honte de devoir se vider sous les yeux d’une femme, honte de ne plus pouvoir rien retenir, sentant ses sphincters céder sous la pression. Elle lui palpait le bas-ventre et le masturbait doucement, lui disait qu’il avait en effet de bonnes raisons d’avoir honte...

Et tout a giclé, devant et derrière en même temps !

Mais c’est Aline qui, au best-of de ces "premières fois", mérite, et de loin, de plus de citations.

Julien l’a rencontrée à la terrasse du Café de la Paix. C’est là que, d’un simple regard appuyé, elle levait ses "courtisans". Look de bourgeoise à la page, bijoux discrets, allure distinguée, elle n’avait rien à voir, en apparence, avec les michetonneuses du quartier.

En parlant d’elle, Julien a changé de voix. Il s’est même tourné vers moi, cessant de lorgner le plafond. Comme s’il fallait souligner que là, l’histoire prenait une autre tournure.

— Tu dis que ça a duré des années avec celle-là. Même après votre mariage ?

Marion est sortie de son silence attentif ; sentant elle aussi que les aventures de mon homme sortaient, cette fois, des chemins balisés.

— Oui, ça a continué. Il a même osé me dire qu’il l’avait retrouvée le lendemain de notre retour de voyage de noce !

— C’était plus du tout une "Maîtresse", donc. C’était "sa" maîtresse...

— Oui... Enfin, je ne sais pas... Oui et non... En tout cas, c’est important. Laisse-moi finir, tu verras.

La belle Aline, fraîchement divorcée, jouissait d’une pension plutôt rondelette. Et aussi bizarre – et rare – que cela puisse paraître, c’est par plaisir qu’elle officiait au Café de la Paix, ou en marchant lentement sur le trottoir, entre Opéra et Madeleine. "Faire la pute" faisait partie de ses vices, et c’était loin d’être le seul.

A leur première rencontre, elle a emmené Julien dans un hôtel réputé accueillant pour les "5 à 7" des gens d’affaires. Moquette épaisse, lourds rideaux aux fenêtres, grand miroir sur le côté du lit... Un vrai lupanar début de siècle !

Pourquoi le courant est-il si vite passé entre eux ? Julien n’a pas su le dire. Mais il se souvenait de tout ; comme si c’était hier. Il a d’emblée donné le double de ce qu’elle demandait. Elle s’est collée à lui, l’a embrassé pleine bouche et lui a glissé à l’oreille :

— Toi, je suis sûre que tu as plein d’idées cochonnes dans la tête. Dis moi tout. Je suis une vraie petite vicieuse, tu sais...

Julien a murmuré. Elle a ri, l’a déshabillé en un tournemain et l’a entraîné vers la salle de bains. Il s’est planté devant le lavabo. Elle, a rempli le bidet. Et avant même qu’il n’ait compris, l’a posé dessus et s’est accroupie devant lui. Il s’est mis à trembler.

— C’est la première fois que tu te retrouves sur un bidet, ma biche ? Regarde, c’est pas mieux pour nettoyer ta belle bite ?

Joignant le geste à la parole, elle a pris le savon et saisi la queue dressée devant elle. Julien a sursauté.

— Ouh là ! T’est pressé, dis donc. C’est moi qui t’excite comme ça ? Je suis encore tout habillée, pourtant... Et toi, t’es tout nu, la bite en l’air, toute raide, toute dure, pleine de savon... Regarde-la...

Julien, pressentant le pire, s’est reculé sur le bidet pour échapper à l’emprise. Aline l’a fixé en souriant, et s’est relevée pour se déshabiller, ne gardant qu’un ensemble de lingerie fine. Puis elle s’est de nouveau accroupie.

— Allez, viens ma biche. Je veux qu’elle soit propre comme un sou neuf, ta belle queue. Tes jolies couilles aussi. Et si on allait plus loin, là, par derrière ? Ca te plairait que je te nettoie aussi le petit trou ?

Elle n’a pas attendu la réponse, savonnant et déridant l’anus du bout de ses doigts. Julien s’est courbé pour l’embrasser et caresser ses seins, menus mais fermes.

— Toi, à voir tes yeux, t’es aussi vicieux que je suis vicieuse... On devrait bien s’entendre...

Et puis, rinçant à grande eau ce qu’elle venait de savonner.

— Tu aimes qu’on te dise plein de choses en faisant tout ça, hein ? Moi aussi, ça m’excite. Faudra que tu trouves les mots qui font tilt, c’est tout...

Les mots, la voix, les gestes... Julien n’en revenait pas. Tout semblait s’accorder à ce qu’il désirait le plus. Sur le lit, la belle a voulu se faire sucer... par-dessus le string. Mais elle l’a vite écarté, étonnée par l’agileté de la langue qui virevoltait entre ses cuisses. Elle a commencé à onduler du bas-ventre et s’est mise à gémir puis à sortir des mots, des phrases, qui semblaient décupler son plaisir :

— Continue, salaud, continue... Tu suces bien... Tu suces mieux qu’une gouine... Continue, continue... Lèche !... Lèche !... Lèche ma chatte !... Lèche ma chatte de pute... Oui, chéri, suce la pute ! Je suis une pute, une vraie pute ! Vas-y, vas-y ! Fais jouir la pute... Fais jouir ta salope !...

Elle est restée longtemps allongée sans rien dire, bras en croix, cuisses ouvertes. Quand elle a émergé, Julien la regardait d’un air ébahi. Elle s’est mise à rire et s’est assise au bout du lit. Ils ont parlé. Heureux et fier de lui avoir donné du plaisir, Julien avait retrouvé de l’assurance. Elle, sans paraître mentir, a juré qu’elle n’avait pas joui si fort depuis des lustres et lui a demandé son "secret". Julien a éludé.

Son secret ? Depuis des années, il cachait son éjaculation précoce et n’avait qu’une obsession : faire jouir avec sa langue toutes celles qu’il payait. Prendre son pied avec un client, du moins sans simuler, étant "hors norme" chez ces dames, il s’en était fait un véritable défi et ne restait "fidèle" qu’à celles qui avaient succombé aux coups d’une langue devenue, au fil du temps, de plus en plus experte.

— Merde ! Ca, au moins, il aurait pu t’en faire profiter !

C’est sorti sans prévenir, du fond du coeur, ou du ventre. Marion, me voyant décontenancée, se reproche déjà d’avoir gaffé

— Excuse... C’était peut-être déplacé, mais à t’écouter, j’ai pas pu m’empêcher. Je te jure qu’ils sont pas légion à savoir faire ça comme il faut, les hommes. Et ne me dis pas que c’est pas bon !

Je ne dis rien. Comprends seulement que je ne pensais pas vraiment à ça quand il m’a raconté ses trucs. Et pas plus, maintenant, en te le répétant.

— C’est peut-être là que t’as tort ! Ecoute, j’en reviens pas. Il cachait bien son jeu, ton Juju. Moi qui le croyais plutôt coincé...

— Mais il l’est, coincé

— C’est pas tout à fait ce que j’entends.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? Que c’est moi qui suis coincée peut-être ?

— Stop, Rennie ! Stop ! Je n’ai pas dit ça. Je t’écoute bien, je comprends, ça m’interpelle, comme on dit, et même... comment te dire, ça...

— Ne me sors pas que ça t’excite, quand même !

Je dois avoir l’air furieuse parce que Marion a un léger recul. Elle se tait un instant, appelle le barman et redemande de l’eau pour le thé. Il y a, soudain, comme un voile entre nous. Elle s’en rend compte, me passe la main dans les cheveux et sort son plus beau sourire

— Ecoute, cocotte, tu es venue pour parler, et pour que je t’écoute. Si je peux t’aider, tu sais bien que je ferai, plutôt dix fois qu’une. Tu veux que je te dise ce que je pense de tout ça ? Je le ferai. J’aurais peut-être pas raison, je ne dirai peut-être pas ce qu’il faut te dire, mais je le dirai sincèrement, comme j’ai toujours fait, et toi aussi. Pour le reste, excuse-moi, je n’aurais pas dû t’interrompre. Qu’est-ce que tu veux faire ? Aller à la maison, Benoît nous attend ? Ou continuer ici ?

Je lui prends doucement la main, façon de lui dire qu’il n’y a rien de grave.

Il fait encore jour mais la lune est déjà haut dans le ciel et le soleil est devenu une boule rougeoyante qui flirte avec la mer. Je n’arrive pas à reprendre mon récit. Le barman apporte l’eau, on se ressert du thé.

— Allez, passe sur ses exploits en langue et continue, plaisante Marion, jamais à court pour détendre l’atmosphére.

Ils se sont revus dès le lendemain. Julien l’a aperçue de loin à la terrasse du Café de la Paix. Cette fois, elle n’aguichait personne, mais lisait tranquillement. Julien, arrivant par derrière, a vu le titre, par-dessus son épaule : "L’insoutenable Légèreté de l’Etre"...

— Tu connais ça ? a-t-il demandé, bêtement

— Oui, et tu as vu, je sais lire. Ca t’étonne, hein ?

Julien a commencé à balbutier quelques mots d’excuses, incompréhensibles

— Te bile pas, je suis habituée... Vu ce que je suis et ce que je fais, je suis forcément analphabète, pas vrai ?

— Je suis désolé, je voulais juste...

— Basta cosi... T’embrouille pas. Tu sais, j’étais sûre que tu viendrais. On revient toujours sur les lieux du crime... et du péché. Ne t’assois pas, j’en ai marre d’être ici...

Elle l’a entraîné sur le boulevard des Capucines. Mal remis de sa bourde, il a parlé de Kundera. Elle lui a souri sans répondre, est entrée dans une brasserie, non loin de la Madeleine et s’est aussitôt engagée dans le large escalier menant à l’étage. Elle montait lentement pour que Julien profite du spectacle qu’elle lui offrait. Fendue très haut, sa jupe s’écartait, laissant voir des jarretelles tendues et le haut de ses cuisses. La salle, au premier, était organisée en box, tous garnis de profondes banquettes en cuir. Et tous libres. Elle a laissé Julien s’enfoncer dans le dernier et s’est assise à ses côtés. Il n’avait pas encore ouvert la carte des consommations qu’elle posait déjà la main sur sa braguette.

— Sors ta bite, vite !

La voix, presque brutale, ne souffrait pas le refus, pas même l’hésitation. Julien a baissé la fermeture-éclair du pantalon et ouvert son caleçon. Aline s’y engouffrée, sortant le paquet d’une main leste. Puis elle s’est soulevée de la banquette, a un peu relevé sa jupe en écartant la fente arrière.

— Mets deux doigts dans mon cul !

Julien, médusé, a glissé sa main sous les fesses, majeur et annulaire tendus vers l’anus. Aussi vite, Aline s’est rassise sur la paume, laissant les doigts forcer les sphincters et plonger en elle. De sa main libre, elle a rapproché la table et s’est penchée pour déposer un petit baiser sur les lèvres de Julien.

— Voilà ! On n’est pas mieux comme ça ?

Quand le barman est venu prendre la commande, Julien bandait déjà très fort et trois ou quatre doigts, vrais petits reptiles, étalaient délicatement les premières gouttes de son jus sur le gland décalotté. Il a demandé un Gin Fizz en tremblant comme une feuille. Aline, en forçant sur la queue jusqu’à la rendre horizontale, a, elle, fait poireauter le serveur

— Moi, je voudrais du jus... Mais quel jus ? Donnez-moi... un jus de tomate. Bien épicé et pas trop épais.

Le garçon a tourné les talons et elle a desserré son emprise sur la bite. Julien, au bord de l’apoplexie, a repris son souffle.

— Tu verrais ta mine... On dirait que tu reviens de l’enfer, mon grand. Mais ça n’arrête pas de baver là-dessous... Tu t’es jamais fait branler comme ça, dans un bistro ? Moi, j’adore ça, faire des cochonneries n’importe où, sans que personne s’en doute. C’est excitant, non ?

Julien n’avait pas besoin de répondre. Sa queue parlait pour lui. Il revenait de l’enfer mais il était aux anges. Il n’en revenait pas. Cette femme, inconnue deux jours plus tôt, semblait tout connaître de lui. Il a bougé ses doigts enfoncés dans l’anus et elle s’est mise à glousser.

— Oh, oui ! Vas-y, bouge-les... Enfonce bien, appuie sur les parois... Oh ! Ce que c’est bon... Je suis sûre que t’aimes ça aussi, vrai ou pas ?

Julien a senti le jus monter dans sa tige. Il s’est raidi, cessant de respirer quelques instants.

— C’est vraiment ce qui t’excite le plus, hein, de te faire astiquer la bite... Je l’ai bien vu hier, sur le bidet. Tu préfères même te la faire branler que de l’enfiler, je suis sûre. Tu tombes bien, j’adore ça. Tu dois te masturber souvent...

— Oui, beaucoup, a réussi à murmurer Julien, tous muscles serrés

— Et c’est mieux que quand je te le fais moi ?

— Non, non... C’est bon... Touche... touche le gland...

— Comme ça ?

— Oh, oui ! Tourne, tourne dessus avec les doigts...

— C’est tout un art, dis donc, avec toi... Et tu te fais jouir quand tu te masturbes ?

— Presque jamais

— Comme moi. C’est bon de rester excité, hein ? Mais là, chéri, tu vas gicler...

— Non, s’il te plaît, pas là.

— Si, si... On va attendre que le garçon apporte les verres et je vais bien te la travailler, ta bite, jusqu’à ce que tu décharges... Après, tu seras plus calme pour parler.

— Je t’en prie, pas ici

— Ici même, monsieur. Je crois que tu as tout ce qu’il faut pour décorer la moquette. Pense un peu à mon cul, bouge...

A l’arrivée du serveur, Aline, l’air de rien, a seulement arrêté le branle pour palper gentiment les couilles . Julien a baissé le nez, horriblement gêné. Dix secondes plus tard, elle a repris la queue, l’a serrée et a commencé une série de va-et-vient réguliers

— C’est un peu mécanique, je sais, mais ça va te faire du bien, chéri. Allez, donne bien ta grosse queue... Voilà, laisse-moi faire... Tu sens qu’elle monte, ta purée ? Retiens-toi encore que je te tripote le gland comme tu aimes... C’est bon ça, hein, petit vicieux ? Allez, on recommence à astiquer. Tu sens que ça vient ?

Julien s’est raidi, collé au dossier de la banquette, tétanisé.

— Vas-y maintenant, envoie tout, crache ton foutre, mon chéri, crache-le... Décharge ! Vide tes couilles ! Oh !... Oh là ! Ca y est... Tu gicles... C’est bon... Encore... Encore... Encore

Julien s’est à moitié écroulé sur la table, anéanti. Aline s’est levée doucement et s’est installée sur l’autre banquette, face à lui. Elle lui a caressé la tête, l’a soulevée en lui tenant la menton et l’a embrassé du bout des lèvres

— Voilà, j’ai payé ma dette. C’était pour ce que tu m’as fait hier... C’était bon ? Tu crois que je suis folle, non ?

— Arrête Rennie ! Arrête ! Tu vas me prendre pour une dingue, mais ça, je te jure que j’aurais aimé le faire !

Je suis bouche bée, incapable d’articuler le moindre mot. Devant moi, Marion a les yeux qui pétillent. Derrière elle, le soleil n’en finit pas de se noyer, semblant mettre la baie à feu. Tout, soudain, me semble irréel. Ce que je vis, ce que j’entends, ce que je raconte... Je me lève, telle une automate, et retourne vers la plage. Quand Marion me rejoint, j’ai presque les pieds dans l’eau.

— Qu’est-ce que tu fais, là ? Tu nous joues " A l’amour, à la mort", avec fin tragique, style "je marche droit et que la mer m’emporte" ? Eh ! Reviens sur terre, Rennie. D’accord, t’es mal, ton mec est un grand pervers, ta vie est un enfer... Mais tu le vois, le soleil, là, qui tombe dans l’eau... Eh bien ! demain il sera tout en haut... T’es quand même pas la première qu’un mec trompe, pas la première à qui son mari ment comme un arracheur de dents... Et d’ailleurs, il ne ment plus. Il te raconte même tout, jusqu’au plus petit détail. Et toi, tu me redébites le tout, mieux qu’un magnéto. Tu veux quoi, Rennie, que je compatisse ? Que je te dise : "Ma pauvre chérie, quelle horreur !" ? Que je joue les pucelles ? Les vierges effarouchées ? Je suis rien de tout ça, Rennie, je suis même plutôt le contraire, tu le sais, et c’est pour ça que t’es venue me voir. Alors non, je suis pas de bois, comme on dit. Je t’ai écoutée... Il y a des trucs qui m’ont vraiment pas branchée dans cette histoire, mais y en a d’autres qui m’ont fait flasher, désolée... Et la branlette sous la table du café, ben oui, ça m’a excitée. Pense ce que tu veux, que je suis une salope ou n’importe quoi, mais c’est comme ça... Et puis, entre nous ma chérie, tu ferais bien de te demander, toi-même, pourquoi tu n’as pas oublié un détail de tout ce qu’il t’a raconté, Juju. Et pourquoi tu me l’as répété comme ça, sans rien oublier non plus...

— Oui, et je dois en déduire quoi, docteur ?

— T’en déduis ce que tu veux, mais moi je crois, comme on dit, que c’est le diable – ou le Bon Dieu, si tu préfères – qui se niche dans les détails.

— Et alors ?

— Et alors, tu ne les a pas retenus pour rien, tous ces détails. Tu ne me les a pas ressortis pour rien. Calme-toi, regarde-toi bien dans la glace et demande-toi si tout ça te dégoûte autant que tu le dis.

— Je n’ai pas dit que ça me "dégoûtait". J’ai seulement dit que j’étais tombée du placard et que je découvrais d’un seul coup un autre homme que celui que j’ai épousé. Sans compter que moi, il ne m’a jamais regardée, ou presque...

— Et toi, tu l’as regardé ? Tu lui as demandé ce qu’il avait dans la tête ? T’as cherché à savoir ce qu’il avait dans les couilles ?

— Maintenant, je sais !

— Et alors ?

— ...

— Et alors ? Tu prends tes gosses et tu te tires en courant ou tu te dis qu’il y a peut-être mieux à faire ?

Le soleil s’est noyé. La nuit est tombée. Et moi, je tombe en larmes !

PRECEDENT ............................................................. SUITE ???



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Commentaires

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mardi 10 avril 2012 à 12h56 - par  bizber

Je fais une découverte certes tardive, mais, Dieu que l’histoire est bien racontée !!
Irène, avez vous l’intention de nous relater la suite, de nous dire comment Marion vous a convaincue que vous pouviez prendre une place essentielle et reconquérir ce petit soumis de Julien ? et surtout de nous expliquer cette reconquête ?
Je l’espère vraiment car votre texte est vraiment excellent
Cordialement

Bizber

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jeudi 28 juillet 2011 à 08h09 - par  Henic

La situation n’est pas unique, mais la manière de la conter est remarquable. Il serait bien dommage de ne pas connaître la suite... Remontera-t-elle à Paris ou pas ? Deviendra-t-elle la Maîtresse de son mari ? Tout porte à le croire, une fois avalée la déception initiale, ne serait-ce que pour aider à la digérer. Mais l’intérêt viendra de la manière dont ce sera raconté...

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