Les amants du cercle magique

dimanche 10 juin 2007
par  Christine Arven
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— Tu voudrais qu’on essaye à trois.... une autre femme ou un autre homme, comme tu veux…

Jeanne ressentit comme un coup de poing dans l’estomac qui la tira brutalement de la douce torpeur dans laquelle, tendrement blottie contre Michel, elle avait glissé le corps et les sens comblés. Michel avait pourtant formulé sa proposition avec d’infinies précautions, comme s’il se méfiait, à juste titre songea-t-elle malgré tout amusée, de sa réaction,

— On en a si souvent parlé, continua-t-il en caressant d’un doigt nonchalant la courbe de ses seins, et il me semble qu’il est temps qu’on franchisse le pas, tu ne penses pas ?

Ils étaient allongés côte à côte, le corps alangui, unis par une douce et amoureuse complicité comme c’était chaque fois le cas quand ils venaient de s’aimer. Un plaisir toujours aussi vif que les années passées ensemble, loin d’avoir émoussé, avait, au contraire, rendu plus vif, plus profond. Jeanne resta un moment figée, le souffle en suspens et les yeux fixés sur le plafond, se demandant pourquoi diantre il avait choisi ce moment où il la savait le plus vulnérable pour aborder ce sujet qui, sans véritablement la surprendre, la troublait malgré tout au plus profond d’elle-même. Comme un grand coup de vent qui coupe brutalement le souffle et vous fait vaciller.

Le temps de reprendre un semblant de contenance, elle se retourna lentement vers lui et, prenant appui sur son coude, elle le regarda un moment laissant les mots faire lentement leur chemin en elle. "Restons calme, songea-t-elle, fais attention à ce que tu vas répondre que tu ne le regrettes pas ensuite !" Au fond d’elle, elle savait que, bien sûr, Michel avait raison. Combien de fois avaient-ils évoqué cette idée de sortir du duo exclusif qu’ils formaient depuis maintenant près de… 30 ans "Mon Dieu ! Tant de temps... déjà..." et l’élargir sur d’autres horizons. Mais jusqu’à présent cela était resté au niveau du pur fantasme. Une idée qui les excitait aussi bien l’un que l’autre, mais une simple idée dont ils aimaient jouer. Un projet sans cesse repoussé.... Et là soudain, cette idée prenait corps, devenait réalité. Il suffisait d’un simple oui pour que.... Mais seigneur que ce "oui" était difficile à franchir la barrière de ses lèvres. Jeanne sentit soudain une angoisse diffuse la submerger telle celle qu’on ressent quand soudain on perd de vue les repères habituels qui balisent si bien le cours de la vie et qu’il faut se lancer dans l’inconnu et avancer au jugé. Quand les désirs deviennent plus forts que la raison et vous entraînent vers des rivages inexplorés mais ô ! combien fascinants et attirants. Puis amusée, elle songea que si Michel avait osé lui faire sérieusement cette proposition il y a de cela... quoi ?... à peine six mois auparavant disons, elle lui aurait sauté dessus toutes griffes dehors et lui aurait assené une fin de non recevoir qui aurait certainement pris la forme d’un abrupt "Il-n-en-est-pas-question !" qui aurait coupé court immédiatement à toute discussion possible. Jeanne alors était beaucoup trop attachée à l’image du couple qu’elle formait avec Michel qui, à ses yeux, constituait un tout se suffisant à lui-même, pour seulement envisager sérieusement qu’un tiers puisse s’immiscer, ne serait-ce que quelques heures, entre eux. Mais voilà, depuis, pas mal de choses s’étaient passées et ce qui lui aurait semblé inimaginable alors était aujourd’hui parfaitement envisageable et finalement, elle devait bien se l’avouer, très tentant. Mais de là à le confesser sans plus de manière à Michel…

Si, avec Michel, grâce à la complicité amoureuse qui les unissait, ils avaient franchi ensemble plusieurs étapes dans leur sexualité s’affranchissant au fil des années des tabous et interdits qui mettent trop souvent un frein aux élans de beaucoup de couples et prenant plaisir à des jeux que certains qualifieraient de hors norme, il n’en demeurait pas moins que Jeanne n’avait eu depuis son mariage avec Michel pas d’autre amant que lui. Non pas qu’elle n’ait été capable de séduire d’autres hommes, son charme était, aujourd’hui encore d’ailleurs en dépit des années qui s’était accumulées, indéniable, ni à cause d’un quelconque joug moral, son intelligence et sa vivacité d’esprit l’avait depuis bien longtemps libérée de ces contraintes extérieures, mais simplement, elle n’en avait jamais éprouvé la moindre véritable envie, et encore moins le moindre besoin. Certains hommes, inutile de le nier, avaient, bien sûr, su capter son attention et son intérêt et l’avait troublée, mais jamais elle ne s’était résolue à aller au-delà de ce simple jeu réciproque qui avait finalement pour seule raison d’être de la rassurer sur son pouvoir de séduction, tant il lui semblait, parfois, que Michel perdait vis-à-vis d’elle toute objectivité. Ceci étant, et c’était sans doute le plus important, il y avait entre eux une telle entente, que Michel, comme doué d’un sixième sens, savait anticiper et combler ses désirs les plus secrets tout en sachant faire preuve, lui par ailleurs d’un tempérament impulsif, d’une patience infinie la connaissant trop bien pour la brusquer au risque de la voir se refermer comme une huître. Jeanne était ainsi faite, elle pouvait beaucoup mais il lui fallait le temps d’assimiler les choses et de les digérer avant de pleinement se laisser aller et les savourer. Que lui aurait-il servi d’aller chercher ailleurs alors qu’elle avait à portée de corps et de cœur l’homme qui savait si bien la contenter ? De son côté, elle était certaine, sans même avoir besoin de lui en demander la confirmation, que Michel lui avait été pareillement, et pour les mêmes raisons, fidèle.

Pourtant, en dépit de cette certitude sans faille, peut-être pour gagner un peu de temps, elle s’entendit lui demander d’une voix dont elle s’efforça à grand peine de retenir le tremblement :

— Dis-moi, tu as déjà essayé toi ?

— Non, jamais sans toi, lui répondit-il sans la moindre hésitation en plongeant ses yeux dans ceux de Jeanne. Bien sûr que non, mon amour. Comment pourrait-il en être autrement ?

— Je ne sais pas...

— Si tu sais !

Il avait raison bien sûr. Elle savait ! Mais c’était si bon de le lui entendre dire ! Un frémissement de joie pure la parcourut et tendrement elle posa ses doigts sur la joue rugueuse de son époux qu’elle caressa doucement.

  • Alors qu’en penses-tu ? reprit Michel d’une voix que la tension qui l’habitait rendait un peu plus rauque que d’habitude. Je comprendrais que tu dises non et ce ne serait pas grave, tu sais.... C’est toi qui décides. Mon dieu que c’était tentant... mais de là à capituler tout de suite. Non, elle ne pouvait pas. Une pudeur indéfinissable mâtinée d’un zeste de fierté la retenait… Ne pas céder trop vite devant lui et lui démontrer ainsi, comme si besoin était, qu’elle aurait toujours son mot à dire même s’il n’était pas le dernier. Puéril mais c’était pour elle comme une bouée de secours à laquelle elle se retenait. Alors, elle se contenta d’un vague "On verra" qui clôtura le sujet. Dans l’immédiat du moins…

Parce que bien évidemment, elle avait fini, quelques jours seulement après, par dire "oui". Comment aurait-il pu d’ailleurs en être autrement ? Comment ne pas céder à cette tentation à la fois angoissante et excitante ? Excitante car angoissante ou angoissante car excitante, ça elle n’aurait su le déterminer précisément….

*****

Jeanne, doucement bercée par un concerto de Mozart que diffuse en sourdine le lecteur de disque, repense à cet épisode alors que la voiture l’emporte dans la nuit orageuse vers ce lieu inconnu. Elle ressent une impression bizarre faite à la fois d’impatience et de crainte alors que la voiture roule prudemment sur la route giflée de trombes d’eau tourbillonnantes. Depuis son réveil, elle n’a pu empêcher son esprit de vagabonder vers cette soirée se demandant éberluée comment elle pouvait faire "ça", elle la femme respectable et BCBG à la cinquantaine bien sonnée mère de deux grands enfants. En fait, toute la journée elle a du se gendarmer pour résister au désir pressant de demander à Michel d’arrêter cela et d’aller plutôt dîner en amoureux dans un restaurant d’autant que, l’estomac trop noué, elle a été incapable d’avaler quoi que ce soit depuis le petit déjeuner. Elle se demande encore comment elle a fait pour résister à cette envie. Sans doute sa fierté. S’avouer faible, même (et surtout) devant Michel quand bien même il la connaisse du bout des doigts et du cœur, très peu pour elle. Impossible de lui avouer cette faiblesse et de subir sa tendre raillerie. Elle l’imagine si bien l’observant alors un sourire amusé aux lèvres, lui assenant un compréhensif "J’en étais sûr….je te connais... je sais le temps qu’il te faut pour intégrer de nouveaux jeux" qui l’aurait terrassée de honte. Ceci étant, elle se demande pour la cent millième fois peut-être depuis ce matin ce qui lui a pris de s’engager dans cette galère.

Elle sourit en songeant à son amie Catherine à qui elle s’est ouverte de ses interrogations et de ses hésitations et qui, bien évidemment, loin de la dissuader (mais en avait-elle le véritable désir, rien de moins sûr…) de tenter l’expérience avait plutôt joué les anges tentateurs. Sacrée Catherine qui avait souri devant ses pudeurs de jeune fille effarouchée. "Voyons Jeanne, lui avait-elle dit, vous en avez franchi bien d’autres limites déjà avec Michel… et plus difficiles j’en suis sûre… et vous êtes toujours là, fidèle à vous-même et à ce que vous êtes. Et votre couple est plus solide que jamais. C’est cela qui compte, non ? Alors que craignez-vous ?" Mais justement, lui avait-elle répondu, il lui semblait que cette limite qui la faisait sortir de leur cercle magique était l’ultime et donc, par voie de conséquence, la plus difficile à franchir. "C’est ce qui me fait peur.." avait-elle ajouté. "Et puis surtout", avait-elle avoué presque à contrecœur, plus pour elle-même que pour son amie "j’ai aussi peur que cela me plaise trop et vouloir recommencer… En fait surtout que cela plaise trop à Michel… Je n’aimerais pas que notre vie amoureuse dérape vers d’autres centres d’intérêt que nous deux seuls" En disant ces mots, l’image de Michel caressant une autre femme s’était brusquement imposée et elle s’était demandé si elle serait capable de le supporter "Ah ! Ça c’est le risque à courir ma très chère !" s’était gentiment moquée Catherine en éclatant de rire.

Catherine devait, elle en est sûre, songer à elle à cet instant précis et cette pensée, soudainement, la réconforte et relâche un peu la tension qui l’étreint et l’empêche de respirer normalement.

Pour l’occasion, ne sachant trop comment se vêtir en pareilles circonstances et puis, de toute façon, n’ayant aucune envie de se soumettre à un quelconque code vestimentaire qui ne la reflèterait pas, elle a opté pour une sage jupe en crêpe noir dont le pli au niveau du genou montre, lorsqu’elle bouge, un chatoyant mélange de couleurs vives, qu’elle a assorti d’un sage chemisier de lin blanc. Peut-être, songe-t-elle, allait-elle détonner dans ce lieu dédié tout entier aux plaisirs charnels. Mais elle n’en a cure. L’important était de rester elle-même ! Comme une armure qu’elle érige entre elle et l’inconnu dans lequel elle s’engouffre qui, soudain, lui fait penser au ventre d’une baleine prête à l’ingurgiter tel Jonas. La seule concession qu’elle s’est accordée réside dans le choix de ses sous-vêtements qui sans être d’une suggestivité agressive (pas elle ça non plus !) n’en sont pas moins sexy. Le regard appréciateur et gourmand dont Michel l’a enveloppée alors qu’elle enfilait délicatement ses fins bas de soie noire l’a, tout à l’heure, remplie d’aise. L’idée fugitive l’avait alors traversée de se lover charmeuse contre lui, telle une chatte amoureuse. Elle était sûre qu’il n’aurait pas fallu beaucoup pour que Michel renonce à cette aventure et lui propose, lui et non pas elle !, de passer cette soirée entre eux… "Trouillarde" s’était-elle tancée en silence "même pas capable de dire les choses clairement…."

Elle sursaute lorsqu’un éclair zèbre brusquement le ciel noir suivi presque immédiatement d’un coup de tonnerre qui la tire de ses pensées. Elle entend la pluie redoubler d’intensité et crépiter sur le capot de la voiture faisant écho aux battements sourds de son cœur. Les essuie-glaces ont beau fonctionner à grande allure, la pluie ruisselle en déluge sur le pare-brise empêchant toute visibilité.

— Dis, dit-elle en se tournant vers Michel agrippé au volant afin de contrebalancer les rafales de vent qui menacent à chaque instant de faire dévier la voiture de sa trajectoire, ça sera peut-être fermé, tu ne penses pas…. Il fait si mauvais…

— On verra… mais ça m’étonnerait ! Tu sais, ce n’est pas en plein air…, lui répond-il d’un ton narquois

— C’est ça…. Moque-toi….

— Mais non, ma douce…..

Puis après un bref silence comme s’il lisait en elle comme dans un livre ouvert, il ajoute :

— Tu sais si tu préfères on peut encore faire demi-tour… je comprendrais… ou aller simplement au restaurant…..

— Non… pas question…. Ça ira…. C’est juste que je me disais qu’il fait vraiment un temps à ne pas mettre un chat dehors….

— Et encore moins une chatte…. C’est ça ? Ironise Michel

— Pfffffffffffffffffff..............

— Je plaisante mon amour

La gorge trop nouée, Jeanne préfère se taire et le silence, seulement rompu par la pluie qui martèle le capot de la voiture et le serein concerto de Mozart, les enveloppe de nouveau. Pourtant, Jeanne n’a jamais ressenti aussi intimement la présence rassurante de Michel à ses côtés.

*****

Quand enfin Michel se gare dans le parking à proximité du club, Jeanne, avant de s’extirper du véhicule, respire un grand coup comme un plongeur prend sa respiration avant de plonger en apnée tout en se disant "Et bien voilà, ma grande, tu y es…." Puis elle jette un bref regard autour d’elle sur les voitures stationnées sur le parking en se demandant quel genre de personnes, à part eux, pouvait venir dans ce type d’endroit. Des gens très bien, sans aucun doute, essaya-t-elle de se rassurer.

Alors qu’elle franchit le seuil de l’établissement discrètement situé dans une petite rue, Jeanne sent son estomac se crisper d’émotion et son cœur se mettre à tambouriner au fond de sa poitrine. Michel, légèrement en retrait derrière elle, la tient doucement par le coude lui insufflant le courage qui soudain lui fait cruellement défaut et, d’une douce pression, la fait lentement avancer le long d’un vestibule qui débouche sur une vaste pièce.

Jeanne est agréablement surprise par l’ambiance qui règne dans ce lieu. Elle qui avait craint des couleurs criardes, des photographies agressives, une musique tonitruante, découvre au contraire un lieu au charme feutré : lumières tamisées diffusées par des appliques disposées contre les murs, couleurs douces dans un camaïeu de brun et d’ocre, musique d’ambiance aux tonalités envoutantes. Elle pourrait presque s’imaginer avoir pénétré dans un quelconque piano-bar n’eût été l’ameublement. Si des couples qui lancent, à leur passage, en les dévisageant, un courtois bonsoir, sont installés dans de profonds fauteuils sirotant tout en devisant un verre, d’autres, constate-t-elle avec un sursaut, ont déjà pris place sur des futons éparpillés un peu partout dans la pièce et sont absorbés à des occupations nettement moins anodines.

Alors qu’ils s’installent à leur tour dans un des fauteuils bas, le regard de Jeanne se pose sur un couple à sa gauche et, ébahie, elle suit le parcours de la main de l’homme s’immiscer entre les cuisses grandes ouvertes de sa compagne qui, le corps arqué en arrière et les yeux clos, la jupe haut relevée sur ses cuisses, se laisse faire un sourire de contentement éclairant son visage. Subjuguée, Jeanne voit s’approcher un autre homme qui se positionne à l’arrière du canapé où est installé le couple et, après avoir dégrafé le corsage de la femme et dégagé ses seins, se mettre à les lui malaxer sans que cela n’émeuve ni elle, ni son compagnon. Au contraire, Jeanne voit la femme se cambrer davantage afin de mieux s’offrir à la caresse des mains qui ont englobé ses seins et en pincent délicatement les mamelons.

— Ils sont beaux, tu ne trouves pas ? lui demande Michel en remarquant à son tour le trio que Jeanne regarde fixement.

— Oui… c’est juste un peu…. surprenant.

— Ca va ?

— Oui, oui…. lui répond-elle d’une voix qu’elle essaye de rendre ferme, un peu déboussolée…. mais ça va….

— N’oublie pas, on rentre quand tu veux…

— Je sais…. Mais ça va je te promets….

Un moment, ils restent silencieux observant ce qui se passe autour et s’y familiarisant. L’assistance constate Jeanne est constituée d’une majorité de couples. Il y a toutefois quelques hommes seuls et, mais encore plus rares, quelques femmes aussi. Jeanne s’affole soudain. Non, jamais, elle ne pourra. Pour cette première fois, elle a besoin que ce soit doux et tendre et l’idée de partager une intimité charnelle avec un couple ou, qui plus est, un autre homme que Michel, la tétanise. Michel se rendant compte de l’anxiété de Jeanne, lui prend tendrement la main qu’il porte à ses lèvres pour y déposer un doux baiser.

— Détends-toi... tout est prévu, rassure-toi... Tu me donnes quelques minutes ?

— Hmmmm, opine Jeanne la gorge trop nouée pour être capable de formuler autre chose que ce vague acquiescement.

— Je reviens tout de suite.

Jeanne regarde Michel s’éloigner. Elle sait que lorsqu’il reviendra il ne sera pas seul mais elle n’a aucune idée de qui l’accompagnera. De nouveau, bercée par le rythme quasi hypnotique de la musique, elle s’absorbe complètement, mi choquée, mi excitée, dans le spectacle que lui offre le trio à sa gauche dont les ébats deviennent de plus en plus lascifs. Un des hommes s’est maintenant agenouillé entre les jambes de la femme et lui embrasse doucement l’intérieur des cuisses alors que le second, penché sur elle, a pris entre ses lèvres ses tétons qu’il mordille. La femme, les yeux fermés, gémit toute à son plaisir insoucieuse du regard de Jeanne posée sur elle que le spectacle trouble de plus en plus. Aussi, il lui faut quelques instants pour reprendre un tant soit peu pieds dans la réalité quand Michel revient en compagnie d’une femme vêtue d’une longue robe de soie rouge retenue au cou par un fin anneau doré qui moule étroitement son corps. La robe largement fendue laisse apercevoir, à chaque pas, de longues jambes aux galbes parfaits. Très grande, presque la taille de Michel, elle a de longs cheveux blonds qui encadrent un fin visage qu’éclairent de grands yeux vert d’eau. Le regard de Jeanne glisse le long du corps aux formes voluptueuses et s’arrête un bref instant sur les seins en se disant, avec un brin de dépit, qu’elle avait bien plus de poitrine qu’elle. La femme est très belle et elle dégage une sensualité qui pour être évidente n’en est en aucune manière vulgaire.

— Je te présente Joy, dit Michel la tirant de son observation captivée. Joy, voici Jeanne.

— Enchantée, s’entend dire Jeanne qui sent soudain ses joues s’empourprer sous le regard scrutateur dont l’enveloppe Joy.

C’est la première fois qu’une femme l’observe ainsi d’un regard qui sans être discourtois n’en est pas moins appréciateur et Jeanne sent soudain s’envoler la maigre assurance qui lui restait. "Au secours !" crie-t-elle en silence en se mordant nerveusement les lèvres.

— Ravie de faire votre connaissance, lui répond Joy tout en prenant place à ses côtés. J’avais hâte de vous rencontrer…

Jeanne est un peu sidérée de la tournure que prennent les évènements. Impossible de supposer que, dans tout au plus quelques minutes, elle et cette femme qui porte délicatement à ses lèvres une des coupes de champagne qu’un serveur vient de disposer discrètement devant eux, vont se connaître d’une façon nettement plus intime.

— Michel me disait que c’est la première fois que vous veniez dans ce genre d’endroit, continue Joy.

— Oui, la toute première fois..., répond Jeanne en pensant qu’elle n’a qu’une envie rentrer chez elle.

— J’espère que vous ne serez pas déçue, continue doucement Joy tout en se rapprochant imperceptiblement d’elle.

Le mouvement est ténu pourtant il a suffi pour que Jeanne sente la chaleur du corps de Joy se propager, étourdissante, dans le sien qu’elle sent trembler d’émoi au contact.

"Mon dieu, non… jamais je ne pourrai…" Déjà elle se retourne vers Michel, prête à lui demander de partir et retrouver le confort douillet et rassurant de leur maison, lorsqu’elle sent la main de ce dernier se poser doucement sur son genou qu’il presse tendrement comme si, par ce simple geste, il voulait lui insuffler la confiance qui soudain, il le pressent, "il me connaît si bien !", lui fait si cruellement défaut. Dans le même mouvement, il approche ses lèvres de sa nuque qu’il effleure d’un tendre baiser tout en lui murmurant un "On rentre quand tu veux…" qui la ragaillardit. "Non, on reste" lui répond-elle dans le même murmure inaudible pour Joy tout en lui lançant un regard reconnaissant.

— Oui, reprend Jeanne cette fois à haute voix, c’est la première fois que nous tentons cette expérience. Aussi, il faudra nous pardonner notre… enfin mon inexpérience…

— Ne vous inquiétez pas Jeanne je sais être très douce…. Il vous suffira de vous laisser faire.... de vous laisser aller….. Vous verrez ce n’est pas si terrible..... et c’est même très agréable…

Tout en prononçant ces derniers mots, Joy s’approche encore davantage de Jeanne qui sent son souffle balayer ses joues alors que les effluves capiteuses de son parfum l’enveloppent et font frissonner ses narines. Jeanne ne bouge pas. Trop troublée pour esquisser le moindre geste. Le moindre mot. Le corps et l’esprit sur le qui vive, elle laisse les sensations nouvelles affluer. Joy s’approche plus près encore et Jeanne sent les courbes souples de son corps se lover étroitement contre le sien. Le contact quoique surprenant, c’est la première fois qu’une femme la serre si étroitement, n’est pas désagréable. Loin s’en faut. Jeanne sent une douce chaleur l’envahir alors que les mains de Joy se posent sur son cou lui intimant tendrement mais fermement de tourner le visage vers elle. Impossible pour Jeanne de résister à la pression caressante des doigts. Son cœur s’affole, tambourine à tout rompre. Figée, elle ferme les yeux alors que les lèvres de Joy se posent sur le bord de ses lèvres en un baiser d’une chaste volupté et que ses mains amorcent une lente exploration du corps de Jeanne.

— Vous êtes très belle Jeanne, murmure Joy dans le creux de son oreille. Très attirante….

Jeanne se crispe alors que les doigts de Joy effleurent la courbe de ses seins, glissent le long du tendre vallonnement de son ventre, voltigent sans s’y arrêter sur son pubis et se posent enfin sur ses cuisses. Arrivée là, Joy marque un temps d’arrêt, comme si elle voulait donner à Jeanne le temps d’absorber l’afflux de sensations inédites qui la submergent et lui permettre de s’y habituer à défaut, du moins pour le moment, d’y répondre. Le visage rejeté en arrière, les yeux toujours clos et le corps tendu à se rompre, Jeanne demeure immobile incapable de se détendre malgré la douceur ensorcelante des mains de Joy et la chaleur rassurante de celles de Michel qui étreint son poignet. "Non vraiment, je ne peux… pas ici en tout cas… pas devant tous ces gens…"

— Je crois, souffle alors Joy comme si elle avait lu dans ses pensées, qu’un endroit plus discret serait préférable. Ne pensez-vous pas Jeanne ?

— Oui… sans doute…, balbutie Jeanne étourdie

— Venez alors…. Suivez-moi…. il y a à l’étage des petites salles où les gens peuvent s’isoler... Je suis sûre que vous préfèrerez…

Subjuguée, une de ses mains glissée dans celle de Joy alors que le bras de Michel se pose sur ses épaules en une douce étreinte, Jeanne se laisse conduire jusqu’à une petite alcôve, parcimonieusement éclairée, au sol entièrement recouvert d’un seul et unique futon parsemé d’une multitude de coussins, dont Joy referme soigneusement derrière eux un lourd rideaux damassé.

Les voilà maintenant seuls.

Juste eux trois.

Michel qui la regarde tendrement et qui, avec une douce assurance, la fait s’asseoir.

Joy, souriante et détendue, qui prend place à ses cotés. Tout près... Si près…

Et elle, Jeanne, la femme à la resplendissante maturité qui ressent, en ce moment précis, en elle des timidités de jeunes filles.

— Voilà, nous serons plus tranquilles ici… juste entre nous…, souffle Joy en collant son corps à celui frissonnant de Jeanne avant de poser ses lèvres dans le creux de sa nuque. Venez Jeanne…. Allongez-vous…. Et laissez-moi faire…. Vous aussi Michel….

Tremblante, Jeanne s’allonge auprès de Joy dont les mains, sans plus attendre, reprennent la lente exploration de son corps. Un frisson la parcourt quand elle sent les doigts glisser à l’intérieur de ses cuisses et se poser sur sa peau nue avant de remonter lentement jusqu’à buter contre la fine dentelle de son tanga. Un moment Joy fait aller et venir ses doigts explorant le sillon dissimulé par la fine étoffe que Jeanne sent se crisper en une sourde pulsation. Puis les mains continuent leur parcours et s’immiscent sous ses fesses. Une nouvelle pression la fait s’arquer et se soulever légèrement. Un gémissement lui échappe que la bouche de Michel happe en l’embrassant quand elle sent son tanga glisser le long de ses jambes découvrant son pubis fraîchement épilé de la veille. "Ca y est, songe-telle affolée, on y est…. Que va-t-elle faire après ?"

Désemparée, elle recherche des yeux Michel qui, agenouillé à ses cotés, lui sourit tendrement avant de chuchoter une nouvelle fois, mais cette fois en silence, "comme tu veux, mon amour". Elle lui est si reconnaissante d’être là, tout simplement là, présence rassurante entre toute à laquelle elle se sent reliée par toutes les fibres de son être et dans laquelle elle puise sa force.

— Hmmmm, vous êtes délicieuse Jeanne, murmure Joy dans le creux de son oreille en découvrant le sexe glabre qu’elle suit d’un doigt curieux, c’est tellement plus beau ainsi… et plus tentant….. Venez ma belle, laissez-moi vous donner du plaisir…. Mais d’abord, enlevons tout ce qui nous gêne.

Complètement passive, incapable d’avoir la moindre initiative, Jeanne se laisse faire par Joy dont elle sent les mains expertes la défaire habilement de ses derniers vêtements.

D’abord la fermeture de la jupe qui glisse dans un chuintement, puis le
bruit de l’étoffe qui tombe dans un froufroutement à terre. Au tour du chemisier, dont Joy dégrafe avec une infinie lenteur les boutons de nacre. Jeanne a subitement la sensation d’être devenue une poupée dont une petite fille curieuse et attentionnée s’amuse. Elle a un sursaut quand elle sent son soutien gorge choir en même temps que le chemisier à terre mais elle ne dit rien. Dans sa main elle sent la main de Michel qui l’étreint et la presse doucement lui insufflant sa chaleur rassurante. Elle a toujours les yeux clos. Incapable de se résoudre à les ouvrir. Elle ne veut pas voir. Les yeux fermés, elle peut encore s’imaginer être ailleurs et rêver ce qui lui arrive. Les yeux clos, elle peut laisser se dérouler librement derrière le fragile rempart de ses paupières le film de ce qui est en train de se passer. Un peu comme si elle assistait en simple spectatrice au spectacle de cette femme, elle, qui est l’objet des douces attentions d’une autre femme et à qui elle abandonne son corps. Pourtant c’est elle dont on caresse les seins, dont on embrasse les lèvres. Pourtant, c’est son corps qui frissonne et s’éveille en dépit de l’appréhension qui l’étreint. Ce sont ses seins qui gonflent sous le frôlement conjugués des lèvres humides de Joy et celles de Michel. C’est elle qui est nue entre les mains adroites de Joy qui la parcourent de leurs caresses de plus en plus précises et s’immiscent entre ses cuisses faisant naître au creux de son corps une troublante humidité. Mais Jeanne n’arrive pas à se détendre alors même que les lèvres de Joy happent délicatement son mamelon avant d’en mordiller doucement le téton fièrement érigé. C’est délicieusement bon, mais Jeanne est trop crispée pour vraiment savourer l’exquise et ensorcelante douceur des lèvres de Joy alors même que son corps s’émeut et répond, comme doué d’une volonté propre, aux douces sollicitations.

Malgré tous ses efforts, elle ne peut empêcher son esprit enfiévré de s’activer et décortiquer les émotions qu’elle ressent. Ces sensations pourtant connues mais qu’il lui semble redécouvrir. Les caresses plus légères et pourtant d’une affolante précision, les lèvres plus discrètes et pourtant étonnamment prégnantes. La douceur ensorcelante de cette peau féminine qui se colle à la sienne et épouse étroitement les courbes de son corps. Elle se rend compte soudain que, si maintenant elle est nue, Joy, sans qu’elle s’en soit aperçue, l’est tout autant qu’elle. Un bref regard lui permet de s’assurer que Michel également s’est défait de ses vêtements. La vision de leur trois corps nus imbriqués dans la pénombre la fait gémir d’émoi et elle sent une première décharge électrique suivie d’un frisson monter jusqu’à sa nuque et redescendre en une tumultueuse cascade le long de son dos jusqu’à son ventre.

Les mains de Joy mais aussi celles de Michel qui lui murmure combien elle est belle et désirable, continuent leur danse conjuguée sur son corps offert et malgré tout rétif. Si bien qu’elle ne sait plus très bien, sous l’afflux des sensations qu’elle ressent et la font défaillir, déterminer qui lui caresse les seins, quelles mains se promènent le long de son ventre, à qui appartiennent ces doigts qui s’insinuent en elle débusquant la chaude moiteur qui sourd d’entre ses cuisses. Elle est au bord d’un plaisir qui, rebelle, sans cesse s’échappe. Si près de basculer. Se lancer dans le vide. "Oui, songe-t-elle, c’est cela qu’il faut faire. Ne rien retenir. Ne plus penser à rien" mais elle n’y arrive pas. A la fois affolée de ce qui est en train de lui arriver et en même temps trop curieuse de connaître la suite pour ne pas en disséquer la progression. "Ne plus penser à rien", se répète-t-elle, comme pour mieux s’en convaincre. Juste se laisser porter par ses sensations plutôt que d’essayer, dans un mouvement réflexe de défense illusoire, de les analyser et d’en comprendre le sens. Se défendre contre quoi d’ailleurs ? Elle ne sait plus. Ne plus être simplement spectatrice mais participante. Oui participer... Ne pas être seulement passive. Explorer à son tour le corps souple et doux de cette femme qui se frotte contre le sien. Dont elle sent les seins écraser les siens. Au moins connaître la douceur du corps de Joy dont la langue explore maintenant avec une diabolique habileté les recoins les plus secrets de son corps lui arrachant des gémissements à chaque fois qu’elle touche son clitoris. En débusquer les secrets... En goûter la saveur... Au moins ça.... Ne plus penser... ne plus... et soudain, sans que rien ne vienne la préparer à ce qui lui arrive... alors même qu’elle se dit que ce n’est pas grave si elle n’arrive pas à la jouissance, elle sent soudain une intense chaleur naître au creux de son ventre et se propager fulgurante dans tout son corps. Le corps de Jeanne, s’arque et un gémissement s’échappe de ses lèvres quand un orgasme bref mais foudroyant l’emporte la laissant pantelante et étonnée par sa violence et sa soudaineté.

Un moment, l’esprit en déroute, le corps tétanisé, elle reste immobile. Joy et Michel, aussi étonnés qu’elle par l’intensité de sa jouissance, la regardent avec un léger sourire de connivence et soudain tout paraît simple à Jeanne qui, enfin, peut véritablement jouir de cette soirée sans que plus aucune arrière-pensée ne vienne en ternir l’accomplissement charnel et voluptueux.

****

Quand, longtemps après, le corps contenté et les sens repus, ils reprennent le chemin du retour, Jeanne se serre contre Michel et à ses questions lui répond avec un sourire radieux que oui, bien sûr ils recommenceront. "Mais avant tout, continue-t-elle mutine, je meurs de faim...."








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