Cri - 1

Fragments 1 : Première prise en main
vendredi 15 janvier 2010
par  Christine Arven
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Le jour J était enfin arrivé. Nous allions enfin nous voir. Impatience mâtinée d’appréhension. Espérance entachée de doute. Qui allais-je rencontrer ? Qui était vraiment cet homme qui s’était présenté à moi comme un "Maître" ? Allait-il être à la hauteur de mes attentes ou comme d’autres, trop nombreux, passée la première étape de l’inévitable présentation réciproque perdre tout aura et ne laisser la place qu’à une nouvelle déception ?

Combien y en avait-il eu ainsi qui n’avaient fait que passer sans laisser de véritables traces ? Relations éphémères terminées avant même d’avoir commencées. Relations sans réelle consistance qui laissent un goût d’amertume et de regrets pour ce qui aurait pu être et n’a pas été. Plus que jamais j’étais convaincue qu’une relation telle que je la souhaitais ne pouvait se construire que sur la durée qui seule permet d’aller au bout des choses et de les vivre pleinement. Mais voilà…. C’était loin d’être évident et de plus en plus je désespérais de trouver la perle rare qui m’emmène là où j’avais si fort envie d’aller.

Alors, nouvelle tentative et... ce rendez-vous pour déjeuner avec celui qui s’était présenté à moi comme Maître JP… Maître de pacotille et de faux-semblant ou véritable Maître ? On verrait bien… Toujours est-il que l’éminence de ce rendez-vous avec toutes les promesses à venir qu’il recèle et que j’espère tant, m’émeut au plus haut point et je sens mon corps sur le qui-vive, parcouru de frémissements d’impatience prêt à s’embraser et à succomber…

Là dans la voiture qui m’emmène vers notre lieu de rendez-vous, je me demande à quoi ce JP peut bien ressembler. En effet, si nous avons conversé via nos messageries, je n’ai aucune idée de son apparence physique. Non pas que cela revête une importance fondamentale pour moi, je suis loin de m’attacher à ce seul aspect somme toute bien superficiel, il n’en demeure pas moins vrai que certains corps s’attirent et d’autres pas. Affaire de feeling plus que de réalité purement physique. Il suffit de si peu parfois pour que le courant passe ou pas. Une lueur dans les yeux, l’intonation d’une voix (la sienne m’avait plu au téléphone… déjà ça !), un sourire, une façon de parler, un parfum… Choses indéfinissables qui font que, soudain, une personne se pare de tous les charmes. Je n’avais donc pas voulu qu’il me donne la moindre indication sur son aspect physique voulant à tout prix arriver vierge de tout apriori dévastateur à notre rendez-vous. Et ce n’est pas la photo figurant sur son profil sur SSM, flouté à outrance, qui m’avait été d’un grand secours. S’il ne me plaisait vraiment pas, et bien…. je trouverais bien une pirouette pour me sortir de là avec élégance. Lui de son côté avait donc un léger avantage (ou désavantage… allez savoir) sur moi, mes galeries sur SSM ne laissant planer aucun doute sur mon apparence physique si ce n’est sur mon visage. Mais je sais aussi qu’une de mes armes majeures de séduction qui contrebalance, à mon avantage, mon aspect physique très loin des canons de beauté à la mode, réside justement dans mon visage et plus précisément dans mes yeux dont je sais que l’expressivité qu’il m’est, en aucune manière, impossible d’atténuer, est ravageuse et dans mon sourire dont je connais le charme et sais en user voire en abuser pour charmer ceux ou celles qui croisent ma route. Cela bien sûr il ne pouvait le savoir…

Me voilà arrivée. Du coin de l’œil, tout en cherchant une place où me garer, je m’efforce de le repérer parmi la foule qui arpente le large trottoir. Il m’attendrait devant le tabac m’avait-il dit… je ralentis davantage prête à donner un coup d’accélérateur si vraiment celui qui m’attend me déplaît trop. Même si l’aspect physique n’est pas le seul critère, pour être tout à fait franche, j’aurais quand même du mal avec le style Quasimodo… Je le repère immédiatement, planté devant le tabac le regard aux aguets ce ne peux être que lui…. Il m’a repéré lui aussi… bon ça va… pas de fuite précipitée en vue… ce premier regard sur lui bien que furtif n’est pas rédhibitoire… un sourire de reconnaissance au passage et maintenant trouver une place où me garer. Voilà qui est fait… Déjà il est là, s’approchant de la voiture…. Et je sens mon cœur faire un bond dans ma poitrine alors qu’une étrange timidité m’envahit soudain. Voyons… du calme ! Je sors de la voiture m’exhortant au calme, nous voilà face à face et… patatras…. perchée sur les talons pourtant pas si hauts que ça de mes bottes je le dépasse de quelques cm ! Moi qui par goût profond préfère de loin que mes compagnons soient nettement plus grands que moi, je suis mal barrée…. Pourtant son aspect physique est loin d’être déplaisante. Silhouette svelte, visage avenant…. Je peste intérieurement… Quel dommage !!! Quelques cm de plus et tout aurait été si bien…. mais bon, cela ne doit pas nous empêcher de faire connaissance et, à défaut d’autre chose, devenir amis.

Tranquillement, aussi embarrassés l’un que l’autre et ne sachant pas trop quoi nous dire, nous nous dirigeons vers le restaurant où, la veille, il a retenu une table. Je le sens fébrile à coté de moi, paraissant se demander ce qu’il allait bien faire de moi. Je ne lui plais peut-être pas ? Et il ne sait pas comment me le dire sans me vexer. J’ai beau avoir perdu au cours des trois derniers quelques-uns des kilos superflus qui enrobaient un peu trop mon corps, je suis loin d’être une sylphide. Peut-être préfère-t-il les femmes menues et fines ? Me revient en mémoire la remarque d’un ami à mon égard qui m’avait avoué après que nous ayons "joué" ensemble que ce qu’il avait particulièrement apprécié en moi était cet aspect solide et résistant. "Au moins tu es une femme qu’on n’a pas peur de casser" m’avait-il dit. Mais peut-être que JP préfère lui le style "femme fragile"…. Et ça je ne le suis pas, du moins physiquement….

Peu à peu l’atmosphère entre nous se détend, devient plus conviviale. La conversation va bon train abordant les différents aspects de nos parcours respectifs professionnels… familiaux…. et… amoureux. Nous parlons de notre goût commun pour ces pratiques dites hors-normes qui est la source de ce rendez-vous. Mon esprit s’échauffe à évoquer ces sujets dont je suis si friande… mon corps aussi qui est en mal de plaisir et dont la frustration se fait douloureusement sentir… Combien de temps que je n’ai plus vraiment pratiqué ? Plusieurs mois… Non par manque d’opportunités, pour cela il suffit de se connecter sur SSM et en 5 mn, montre en main, on a tous les rendez-vous possible, mais par volonté profonde de me conserver pour celui que je trouverai digne et choisirai pour Maître. Raz le bol de ces rencontres éphémères faites de faux semblant. Raz le bol de n’être que le simple catalyseur de fantasme plus ou moins douteux. De ces beaux parleurs dont le vernis craque si vite. De ces "maîtres" ou "milli-maîtres" comme les appellent JP, ce qui me fait sourire, qui n’ont de Maître que le nom. Qui ne savent que prendre sans rien donner en retour et qui vous jettent sans égard comme un jouet qui a fini de les amuser sans réaliser les dégâts qu’ils occasionnent à se conduire ainsi et la perte de confiance qu’ils suscitent. Je ne sais pas encore si JP sera celui que j’attends mais ce qu’il dit, sa manière de le dire me séduisent. Notre vision, notre recherche, notre attente sont de la même trempe. Des flots de souvenirs me submergent, de regrets pour ces jours de bonheur que j’ai connu il y a maintenant 3 ans et qui ont disparu laissant à la place une blessure mal cicatrisée en dépit du temps écoulé. Mon regard s’égare perdue dans mes souvenirs. Il faut que je me ressaisisse. Il va penser que je m’ennuie alors que c’est tout le contraire. Aujourd’hui, c’est avec JP que je déjeune et un nouvel horizon s’ouvre à moi. J’ai tellement envie d’y croire… et tellement peur aussi….

Je sens son regard sur moi, appréciateur, qui me détaille. De mon coté, je l’observe à la dérobée, m’attardant sur la fine ligne du bouc qui orne son menton tout en me demandant quel effet il doit faire quand… "Du calme Christine, reprends-toi… vous êtes loin d’en être là…". Mes yeux se posent sur ses mains qu’il a fines et là encore mes pensées s’évadent… J’imagine leur chaleur… leur douceur… leur dureté aussi. Un doux bien-être m’envahit à l’évocation de ces images dont je sens le pouvoir m’émouvoir. Je me sens à l’aise avec cet homme à la fois courtois et prévenant dont la vivacité d’esprit me séduit. La conversation devient de plus en plus intime, signe que, du moins pour moi mais j’ai l’intuition que pour lui aussi, les premières barrières entre nous sont tombées. Toute gêne a disparu et nous parlons de nous, de ce qui nous plaît sans aucun embarras. Comme des amis de longue date. Etrange impression d’être aussi vite en confiance avec, il faut bien le dire, un quasi inconnu. Je sens germer en moi une impatience diffuse qui, au fil des minutes qui s’égrènent, devient de plus en plus pressante et qui n’est pas simplement due aux thèmes abordés même s’ils n’y sont pas pour rien mais consécutive à l’attirance de plus en plus aigue que j’éprouve pour JP. De nouveau mon regard se fixe sur ses mains et je les imagine parcourant mon corps et l’éveillant au plaisir. J’ai la certitude qu’elles sont expertes dans l’art de donner du plaisir… sous toutes ses formes de la plus douce à la plus dure. Entre mes cuisses je sens sourdre une moiteur sans ambiguïté sur le désir que je ressens. Je me demande s’il se rend compte de l’émoi qui m’habite. S’il sait alors que nous sortons du restaurant il n’a qu’un mot à dire pour que je le suive.
D’ailleurs si j’ai voulu que ce premier rendez-vous (car il y en aura d’autres, c’est une évidence) ai lieu à proximité de chez lui, n’était-ce pas pour ne pas exclure cette éventualité. Mais c’est à lui de décider… de se lancer… Nous marchons cote à cote en direction du parking, stoppons sans raison, nous regardons, repartons, nous arrêtons de nouveau… retardant le moment fatidique de notre au-revoir ou au contraire… Impression d’être en équilibre entre deux possibilités. Je le sens indécis sur la conduite à tenir comme s’il avait peur de m’effaroucher et de me voir s’envoler aussi vite que je suis venue. Sa retenue m’amuse et me plaît. Je lui suis gré de ne pas m’agresser d’un désir trop brutal alors qu’en moi un feu couve prêt à s’embraser.

—  Un café ? Me propose-t-il

—  Oui, volontiers.

Mes yeux sont plantés dans les siens, porte ouverte sur ce que je ressens et que, je l’espère, il va savoir déchiffrer.

—  Chez moi, lance-t-il interrogatif, je me dis qu’on ne va pas faire tous les bistrots du coin et que ce serait plus sympa.

J’acquiesce bien sûr à cette proposition tenaillée par la curiosité d’en savoir davantage sur lui. Et quoi de mieux qu’un intérieur pour deviner la personnalité profonde de quelqu’un.

D’un pas plus décidé, maintenant que la décision est prise, nous nous dirigeons vers nos voitures respectives. Je le sens un peu anxieux à me voir prendre ma voiture comme si, soudain, il doutait que je le suive et ne préfère finalement rentrer chez moi. Mais non, pas question… je suis là et bien là… LIRE LA SUITE

La version vue par le regard du Maître est à lire ICI



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