Vanité des vanités

vendredi 8 juin 2007
par  Felony
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Il me faut bien l’avouer, j’aime.

J’aime marcher, perchée sur mes talons, le port de tête dégagé, et ne faisant rien d’autre que d’attirer le regard.

J’aime passer dans des endroits pleins de monde, les yeux perdus dans le vide, mais ayant parfaitement conscience de ceux qui braquent leurs visages vers moi. Plus c’est dégagé, mieux c’est. A peine arrivée, un coup d’œil instantané, circulaire, comme une photographie panoramique, pour voir qui est autour de moi. Les deux filles, là-bas, qui rient fort pour attirer l’attention, je sais que lorsque je passerais devant elles, leurs yeux seront pleins de haine et de mépris, petites vengeances qui trahissent leurs envies.

Le gros homme obèse, à gauche, le cheveux épars, je sais que son désir malsain, il ne cherchera même pas à le masquer. Peut-être tentera-t-il sa chance, sûrement inconscient du dégoût qu’il suscitera, ou s’en fichant, plus que d’autre chose.

Les trois jeunes garçons dans le coin s’arrêteront peut-être de parler. C’est sûrement la forte tête du groupe qui lancera quelque chose, pour prouver à ses copains et surtout à lui-même, qu’il n’a pas peur, qu’il peut attirer aussi mon attention. Plus je serais belle, plus je serais inaccessible, plus il manquera de confiance en lui, et plus son attaque sera maladroite, jusqu’à la grossièreté, parfois.

Et le couple, juste devant, une belle femme, un bel homme. Un second regard me sera sûrement nécessaire pour mieux voir son visage, et s’il est toujours tourné vers moi, s’il l’est même la troisième fois, c’est qu’il y a une faille dans laquelle je pourrais me glisser, quel que soit la beauté de la belle qui est à son bras. Son armure, ce sera mon esprit qui la fera voler en éclats.

Et moi, je marche, d’un pas assuré, qui claque au son retentissant de mes talons, au cas où tout le monde ne m’ait pas encore remarqué. Parfaitement consciente que la fente de ma robe laisse voir mes mollets, où les muscles se dessinent. J’aime en saisir l’image fugace dans les vitrines des magasins, quand je me déplace.

Parfaitement consciente que mes hanches, que je juge trop large, laissent imaginer sans peine la peau douce de mes fesses. Le dos bien droit, avec les reins verrouillés pour que l’attitude dénote l’assurance, et les épaules effacées pour ne pas effrayer, et pour bien libérer la tête. Le cou dégagé, le menton un peu conquérant, mais le visage qui parfois se tourne vers le sol. Toujours laisser paraître un rien de faiblesse, pour ne pas être plus forte qu’eux.

J’aime sentir la cascade de mes longs cheveux, où le cuivre se dispute au blond, tomber doucement dans mon dos. Je sais que les pointes en descendent jusqu’au bas des mes reins, juste assez pour en souligner la cambrure. Ils sont très épais, ondulés, fournis, trop même. C’est presque une énorme fourrure que je porte comme un étendard. Mais ce n’est que le reflet de mon exubérance. Ma fierté. La différence qui a fait de moi une paria tout au long de ma scolarité.

Alors je traverse l’espace, j’aime le faire, et j’aime attirer le regard ainsi.

Mais s’ils savaient…

S’ils savaient que la moindre approche, la moindre parole me remplit de terreur, me fera fuir, déguisant ma peur dans une indifférence feinte… Que ce désir que j’aime déclencher m’effraie jusqu’au plus profond de mes os…

La seconde étape, c’est l’approche. Le premier regard, c’est toujours le même. Ensuite vient la parole. Facilement déclenchée par mon sourire. Il peut être largement avenant, sans complexe et en toute simplicité. Mais si l’homme est beau, il sera empreint de timidité. Aucun calcul la dedans, les hommes beaux me font bien plus peur.

Pour lui, je suis restée professionnelle. Parle-moi de ce que tu as à vendre, et je te saurais qui tu es… Parle-moi tout court, et ça sera déjà largement suffisant. Alors, on a parlé technique. Je ne l’ai même pas regardé, concentrée comme je l’étais sur la discussion. Quelques échanges, le sourire de circonstance, et soudain, je pose une question plus pointue.

Il me regarde vaguement inquiet. Répond comme il peut. Se cache derrière son sourire, qu’il a resplendissant. Et bien, on est plus commercial que technique, donc. Du coup, on se retrouve un peu bêtes tous les deux, sans trop savoir comment continuer. Dans son embarras, il est presque attendrissant. Presque. La discussion tourne court. On se sépare. Je le juge jeune, inexpérimenté. J’apprendrais plus tard qu’il n’a que trois ans de moins que moi.

Peut importe, la nuit est longue, et on aura bien le temps de se recroiser. C’est à ce moment que j’ai pris le temps de le détailler. De loin, en toute tranquillité. Il est finalement plus grand que je ne le pensais, facilement plus d’un mètre quatre vingt. Pas une grosse baraque imposante, mais une allure sportive. Bien vu, c’est un triathlonien. A partir du moment où je saurais ce détail, c’est mon imagination qui va prendre le relais.

Je papillonne auprès d’autres hommes. Autant prendre la température. Je souris, échange des mots, jauge, juge. Celui-ci aime parler, mais surtout de lui. Mauvaise note, les égocentrique font rarement les meilleurs amants. Les meilleurs iront jusqu’à réussir à ce que la femme se livre, mais uniquement pour assouvir leurs désir de puissance. Les pires prendront leurs plaisir sans aucune pensé pour leur partenaire. Je cherche plutôt un être très charnel, qui saura me faire lui montrer ce que j’aime, et parfois même m’en remontrer sur moi-même… Et qui me laissera l’explorer en toute tranquillité, jusqu’à ma propre satiété.

Celui-là est très intelligent. Pas vraiment beau, et pas assez joueur pour éveiller mon envie immédiate. Petit échange culturel. On passe de l’analyse géopolitique du marché au stratégies de conquêtes médiévales. Tiens, du répondant… Finalement, il est plus joueur que je ne le pensais. Etait-il un peu intimidé ? Mais je prendrais garde à maintenir mes distances. Le désir suscité par l’intelligence est le pire, c’est celui qui me fait tomber amoureuse. Pas question que je m’engage là-dedans.

Je retourne à mon éphèbe. Finalement, je me retrouve à côtés de lui lors du repas. Une indifférence savamment calculée ajoutée à une proximité opportune lui ont offert l’occasion idéale de se rapprocher en toute discrétion. On croirait presque que c’est naturel. Mais, il y a de la concurrence. De son côtés comme du mien, on dirait que la chasse est ouverte, ce soir. Je cerne rapidement mon autre voisin. Loin d’être bête, un travailleur acharné, prometteur. Quant à la petite qui est à cotés de ma proie, elle m’a immédiatement érigée en rivale. Elle me parle souvent, pour mieux m’attaquer, jouant le jeu de la "peut-être copine" pour mieux s’approcher de lui, et me descendre à ses yeux. Elle a donc parfaitement vu et compris mon approche, et veut la même cible que moi. On va jouer un peu.

Je la laisse lui parler, pendant une bonne partie du repas. C’est juste un test. Va-t-il succomber, ou revenir vers moi ? Si oui, en combien de temps… Finalement, ça ne prendra qu’un plat et demi. Il a remarqué l’approche de l’autre homme. Serait-il intéressé par moi, finalement ? Je l’accroche avec le plus facile, le plus simple, une question sur lui. Pas un seul homme sur la terre qui hésite à parler de lui quand on lui demande avec un sourire et deux yeux verts plongés au fond des siens.

Et quelques touches d’humour. Ca y est, il rit. Il ne s’en est même pas rendu compte, mais il lui tourne presque complètement le dos, maintenant. Comme moi avec mon autre voisin, mais là, c’est délibéré. Tiens, le proscrit revient à la charge. Les deux hommes parlent avec moi, elle me lance un regard furieux.

Bassement, petitement, ça me fait plaisir.

Spectacle. Les lumières s’éteignent presque intégralement. On se rapproche de la table. Coup de chance, la scène est placée de telle façon que je suis obligée de me rapprocher de lui. J’ai bu. Peut-être un peu trop. Son avant-bras est posé sur la table. Juste à côtés de moi. Surtout, ne pas réfléchir. Une grande inspiration. Je me positionne. Mon avant-bras est à quelques millimètres du sien. J’ai le cœur qui bat à tout rompre, le souffle court. J’attends. Et lorsque, innocemment, c’est un mouvement de son bras qui le fait se coller contre le mien, c’est comme une victoire, une envie de crier de joie.

Et aussitôt, c’est le déferlement de sensations. A travers sa chemise, sa peau est chaude, comme je m’y attendais. Tout d’un coup, je ne sens plus que lui, son odeur me prend, et c’est un désir irrépressible qui me tord le ventre. J’ai le souffle court. J’ai peur. Sent-il la chair de poule qui me fait frissonner ? Il baisse la tête, ne me regarde pas. Je suis quasiment sûre qu’il a aussi peur que moi.

D’ailleurs, il bouge, s’éloigne. Surtout, aucune réaction. Mon bras est toujours là. Il s’agite. Il revient. Le même contact. J’ai pleinement conscience que mon autre voisin ne peut pas ne pas nous voir. Je décide soudain que je ne lui prendrais pas la main.

Mais en même temps, j’ai la brusque envie de me retrouver dans ses bras. Je regrette presque qu’on ne puisse pas s’éclipser innocemment, afin d’avoir l’occasion d’être contre lui. Son odeur me rend presque folle. J’imagine sa bouche aux lèvres pleines venir cueillir la mienne. J’imagine nos lèvres jouer ensemble, et ce contact si particulier de sa langue sur la mienne. Son souffle court, et sa peau, oh mon dieu sa peau. J’en ai l’envie physique de poser ma bouche dessus, d’avoir l’occasion de la lécher d’une langue inquisitrice, de la boire de mes lèvres.

Comme l’envie hystérique de sentir mon bassin collé au sien, chaque millimètre de nos peaux en contact, et ses mains et les miennes s’en donner à cœur joie. J’imagine ses muscles d’aciers, endurcis par ses entraînements quotidiens, le contact unique de cela procure, cette sensation de douceur chaude et d’irrépressible fermeté.

Son bras s’éloigne à nouveau ; il se redresse, pose les coudes sur la table. Il se renferme ? Aurais-je affabulé tout ça ? Mais aussitôt, c’est sa jambe qui vient se coller à la mienne. J’en étais sure. Il me répond, et en plus, il m’avoue qu’il est homme à prendre des plaisirs variés.

Certains hommes ne sont capable de sentir l’excitation qu’avec peu de parties de leurs corps. Un peu les mains, et dès que le sexe est en action, c’est ce qui prime sur tout. Je rêve d’un homme qui aura la peau, la moindre parcelle de son corps, aussi sensible que la mienne, que l’on puisse faire l’amour pendant des heures sans même se baser sur les points cruciaux, carrefours incontournables qui s’affaiblissent à être trop sollicités… Plaisir trop facile, trop rapide…

Ce soir là, une fois la lumière revenue, on a repris nos attitudes, donnant le change, sans même échanger un regard complice. La soirée a continué, le groupe s’est étoffé, mais pas suffisamment pour que l’on puisse s’éclipser. Et on est allés se coucher, chacun de notre coté. On a échangé nos coordonnées, certains de ne jamais les utiliser.

…Peut-être avais-je rêvé…



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