Séance fiction

mercredi 5 juillet 2006
par  Perpol
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D’ici vers ailleurs

Il se fait tard et, de fait, en cette fin d’automne, il fait noir, il pleut et il y a du vent, un temps à ne pas mettre son chien dehors.

Je viens de terminer mon boulot et, afin de pouvoir me payer un repas, je suis entré dans le self-service automatique d’une banque. Je n’y suis pas seul, une dame tapote une des consoles d’ordinateur se trouvant à ma droite. Elle porte un tailleur élégant et doit avoir la petite quarantaine.

Je ne fais pas autrement attention à elle, mais m’installe à ma console afin de lui réclamer mon argent.

La porte de l’agence s’ouvre, mais je ne me retourne pas. Soudain je reçois un coup entre les omoplates d’une telle vigueur que je roule au sol. Au moment où je tombe je vois une ombre se précipiter sur la dame et la pousser au sol.

C’est ainsi que la dame et moi-même nous retrouvons au sol, regardant ahuris vers un gigantesque individu drapé de vêtements sombres. Il émane de cet être une telle impression de force que je ne parviens pas à prononcer le moindre son. La dame à mes côtés semble éprouver la même difficulté vocale, aussi se contente-t-elle de le fixer les yeux écarquillés.

Soudain, il éclate d’un rire bref qui équivaut à une petite explosion, puis prend la parole. Son ton de voix ressemble à celui d’un dieu antique, à celui d’un Zeus s’adressant au moyen d’éclairs à son peuple effrayé.

La dame et moi-même nous rapprochons instinctivement l’un de l’autre tandis que la voix de l’homme tonne quelques incantations auxquelles je ne comprends rien.

Puis, à force de tendre l’oreille, il me semble saisir quelques-unes des phrases qu’il prononce et qui disent que la dame et moi recevrons des instructions de se part auxquelles nous ne pourrons résister, en échange de quoi il nous protègera de tout danger, quelle qu’en soit la nature ou l’origine.

Il nous parle ainsi au moins pendant dix minutes sans s’arrêter et j’ai l’impression que les instructions qu’il m’envoie me pénètrent jusqu’à l’os, se gravant en mes cellules de manière indélébile.

Puis, il se retourne et prend la porte pour disparaître à la rue, ce qui me permet, en un bref instant, d’évaluer son gabarit : il a dû pencher la tête et se tourner légèrement sur le côté pour franchir la porte qui fait plus de deux mètres de haut et près d’un mètre de large, c’est dire le monstre !

La dame et moi-même restons un moment assis par terre, éberlués, n’osant pas trop nous regarder l’un l’autre. Puis je me mets debout et lui tend la main qu’elle empoigne pour se redresser à son tour, me saluant d’un « merci bien » accompagné d’un beau sourire.

Nous poussons tous deux un « ouf » de soulagement en remettant de l’ordre dans nos vêtements, puis, comme deux automates, nous retournons à nos consoles respectives et y glanons nos deniers, comme-ci de rien n’était. Comme-ci, en agissant de la sorte, nous tâchions, l’un comme l’autre, de transformer ce qui nous était bel et bien arrivé en un non-lieu.

Puis, elle est prise d’un long frisson qui se transforme en un tremblement irrépressible. Je la regarde, m’approche d’elle, et lui entoure les épaules d’un bras que je veux protecteur. Moi aussi je tremble et n’ai toujours pas retrouvé la voix. Elle accepte mon soutien, se met à sangloter et se niche au creux de mes bras. Je suis là à la consoler, bien conscient du fait que sa seule présence à elle, lovée ainsi contre ma poitrine, me rassure infiniment. Puis, nous nous lâchons, chacun récupère ses papiers et nous sortons de l’agence.

Sur le seuil, je fais mine de prendre vers la droite, elle vers la gauche. Nous nous regardons un peu gênés, peut-être parce que nous ne nous sommes même pas présentés l’un à l’autre, peut-être parce que nous voulons éviter ainsi d’avoir à reparler de ce qui s’est produit, de sorte qu’ainsi le doute légitime permette le refoulement aux tréfonds de nos inconscients de l’épouvantable qui nous est advenu.

Je veux m’en aller mais ne parviens pas à avancer. Elle semble manifester les mêmes difficultés. Et cela persiste une bonne minute. Nous nous regardons par intermittence, de plus en plus contrits, comme deux enfants faisant face à leur impuissance avec des larmes de rage perlant à leurs paupières.

Puis, je fais un pas dans sa direction et cela marche. Je fais deux pas dans sa direction et la rejoins. Je lui fais signe d’avancer, tandis que je la suis. Et nous avançons ! Puis, je me retourne pour m’en aller mon propre chemin et, à nouveau, elle comme moi, n’avançons plus d’un centimètre.

Nous nous regardons, comprenons intuitivement en même temps ce qui nous arrive, mais ne voulons pas intellectuellement en saisir la portée.

Puis, comme pour tester le bien fondé de nos déductions, elle se met à marcher dans ma direction et cela marche à nouveau. Autrement dit, nous ne pouvons que marcher dans la même direction, soit : nous ne pouvons pas nous quitter !

Faute de mieux, nous cheminons côte à côte comme deux âmes en peine, jusqu’au coin de la rue.

Je ne lui ai pas adressé la parole depuis le début des événements et n’ai pas encore entendu le moindre son articulé de sa part, hormis le « merci bien » dans l’agence. Aussi je décide de briser la glace en lui disant une phrase anodine du genre : « nous voilà dans de beaux draps ! ».

A peine ai-je prononcé ces paroles, que je me tais, apeuré : je ne suis pas occupé à parler avec ma propre voix : ma voix est moins pleine, moins chaude, moins nette, moins riche en résonances. Elle ne s’est naturellement aperçue de rien, ne connaissant pas ma voix habituelle.

Elle rétorque : « qu’est-ce qu’on fait ? », d’une voix merveilleusement posée, puis se tait abruptement et me regarde avec étonnement.

Je lui souris, tellement la situation commence à sembler cocasse, et lui demande si sa voix a changé. Elle fait oui de la tête et sourit à son tour.

Ayant parlé, je me redresse et les sombres pensées qui m’avaient envahies quelques minutes plus tôt s’envolent en fumée. Je regarde cette femme à mes côtés, que je ne connais pas, et je le trouve soudain belle, désirable, appétissante, drôlement bien roulée, sexy en diable.

Au même moment elle me lance un regard qui en dit long sur ses propres intentions : elle me trouve à son goût et se sent prête à me dévorer, du moins des yeux.

Je la regarde et, de cette merveilleuse nouvelle voix, je lui dis « enlève-moi ça », indiquant ses vêtements. Elle se met à se dévêtir et je fais de même. Nous laissons choir nos oripeaux à même le sol sur ce coin de rue et nous nous en allons, nus comme des vers, la main dans la main, bravant les frimas de l’automne sans en éprouver le moindre désagrément. LIRE LASUITE



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