A L’ENCAN

vendredi 12 juillet 2013
par  Dominique
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J’ajustai le nœud papillon de mon smoking devant le miroir situé dans l’entrée de l’appartement quand son parfum vînt chatouiller agréablement mes narines ; effluve subtile et capiteuse où se mélangeaient cannelle et caramel… Interrompant mon geste, je fixai son reflet dans la glace ; Pauline était sortie de la chambre, telle une déesse, magnifique, affolante...
Je me vis pâlir, ma gorge se noua, mes lèvres tremblèrent légèrement.
Je lui fis face, électrisé.
Elle portait la tenue sexy à souhait que je lui avais laissée sur le lit : une petite veste de cuir noir, très cintrée et très ajustée, zippée sur le côté, s’arrêtant au ras des fesses dans le dos et sous le nombril devant, des leggings en nylon gris foncés et légèrement pailletés qui la moulaient comme une seconde peau ; des bottines à talons hauts qui allongeaient un peu plus sa silhouette élancée.

Ses boucles d’or coulaient en cascade sur ses épaules, encadrant un visage angélique au teint hâlé qu’illuminaient deux grands yeux d’un vert extraordinairement pâle ; des yeux qu’on croyait d’abord ingénus quand on les découvrait, mais qui s’animaient bien vite de lueurs démentant cette première impression …

Et en effet y brilla déjà, quand ils croisèrent mon regard hagard, cette pointe d’effronterie, que je connaissais bien, à mille lieux des airs de madone éthérée qu’elle savait si bien par ailleurs affecter.

Sa tête d’ange plantée sur son corps sculptural et lascif la rendait follement excitante ; et elle le savait !

J’étais avide, comme fou de désir ; elle le sentit et s’approcha de moi, souple et ondulante, mais réprimant soudain tout signe d’émotion, la mine à nouveau impassible, le regard fixe. Son aptitude à changer d’expression instantanément était diabolique !

« Où –va-t-on ? », questionna- t-elle presque avec froideur.

Puis se caressant avec volupté les hanches et les fesses, et soudain souriante :
« J’ai envie de danser. »

Je n’y tenais plus… J’aurais voulu la prendre tout de suite par la taille, caresser le nylon sur la cambrure de ses fesses et le galbe de ses hanches, glisser mes mains dans l’échancrure de son blouson pour pétrir ses seins orgueilleux, presser mes lèvres contre les siennes, me coller contre elle, l’étreindre sauvagement, la posséder, la baiser là, tout de suite, sans attendre...

Un bip strident. C’était mon portable qui sonnait, annonçant notre taxi ; contenant l’incendie...
Je pensai à la petite surprise que je lui avais préparée, qu’il ne fallait pas gâcher, et parvins finalement à me contenir, un peu penaud tout de même. Une pointe d’ironie dans son regard me l’aurait fait sentir si je n’en avais pas été conscient moi-même…

« Où va-t-on ? Tu ne m’as pas répondu ; si tu n’as pas d’idée, il y a une nouvelle boîte dont on m’a parlé, qui… »

« Ne pose pas de questions ; ton attitude ces derniers jours ne te le permet pas vraiment ! Et sache que j’en ai plus qu’assez de te voir te dandiner à moitié dénudée comme une catin sur les pistes de danse au milieu de jeunes petits crétins en rut. Je pense même que tu as besoin d’une sérieuse leçon pour t’en faire passer définitivement l’envie ! »

Je savais que mon ton, le timbre de ma voix n’étaient pas convaincants. Le désir n’avait pas tout à fait reflué, je n’étais pas complétement maître de moi et cela se sentait en dépit de mes efforts pour me montrer soudain glacial.

« Tu veux donc me punir ? Mais qu’ai-je fait de mal ? »

Malicieuse, elle avait pris à nouveau son air le plus ingénu.

« Allons, ne fais pas l’innocente, et cessons là, car nous allons être en retard. »

Je lui tendis une longue cape noire en soie sauvage à lacer sur le devant, dans laquelle elle s’enveloppa avec délectation, abandonnant très vite la moue boudeuse qu’elle venait à peine d’esquisser.

Le taxi nous déposa dans une petite rue du troisième arrondissement devant le porche d’un magnifique hôtel particulier.

Elle n’avait pas pu s’empêcher de provoquer dans le rétroviseur le regard du chauffeur- un jeune homme au visage canaille, qui nous laissa à notre destination avec un voile de regret dans les yeux. Je la tançai, ajoutant :

« Tu es insatiable, mais je vais te faire passer ces manières dès ce soir ! »

Ses yeux d’abord rieurs devant mon courroux, s’écarquillèrent, incrédules ou curieux, je n’aurais su dire.

Un code nous ouvrit le porche de l’hôtel particulier.

Elle s’extasia :

« C’est magnifique ! Super endroit pour une fête. C’est la fameuse bicoque dont tu me rebats les oreilles ? »

Une bicoque qui avait de la classe ! Le corps de bâtiments, entre cour et jardin, était mis en valeur par un éclairage approprié. Je notai que toutes les fenêtres étaient occultées par des volets intérieurs ou d’épais rideaux.

Nous traversâmes la cour et gravîmes les marches du perron. Je m’amusai à voir Pauline soudain gauche avançant péniblement sur les pavés mal équarris gênée par ses hauts talons et, au lieu de lui tendre galamment le bras, mufle, je lui intimai de se presser. Elle me lança un regard furieux. Un début de victoire, bien pâle en vérité…

Mais une porte s’ouvrait déjà sur un valet en livrée. Deux couples et une femme d’une quarantaine d’année se saluaient dans le vestibule. La femme se tourna vers moi en souriant, sans un regard pour Pauline.

« Bonsoir Pierre, tout le monde est arrivé, nous ne vous attendions plus. Vous trouverez de la place dans le petit salon chinois ; faites- vous servir à boire et prenez votre temps, nous avons commencé à préparer la vente, mais ce ne sera pas à vous avant une vingtaine de minutes ; venez nous rejoindre dans le corridor à minuit-dix environ ».

« Bonsoir Greta, désolé pour le retard, mais nous le devons à cette jeune étourdie ».

Elle jeta un regard bref et glacial à ma compagne, ses lèvres se pinçant légèrement.

Greta était l’organisatrice de la cérémonie à laquelle Pauline, sans encore le savoir, allait prendre une part active. C’était une belle femme, élancée et mince, mais aux traits durs et au regard acéré. Sa coiffure- un chignon strict retenaient ses cheveux blonds platine - accentuait ce côté sévère, qu’elle cultivait bien évidemment à dessein. Un pantalon de cuir moulant et un chemisier noir ajusté mettaient en valeur ses formes longilignes bien qu’un peu garçonnes.

Je traversai, suivi de Pauline très intriguée, un grand salon, puis une plus petite pièce, pour accéder au salon chinois. Tout l’hôtel était dans la pénombre, quelques éclairages tamisés savamment disposés, permettaient de distinguer des silhouettes d’hommes et de femmes, assis dans des sofas ou sur des poufs, silencieux ou n’échangeant que quelques mots à voix basse, comme s’ils assistaient à un office. Une atmosphère feutrée dont Greta avait le secret.

Les regards convergèrent vers nous. J’entendis un homme, à côté duquel nous passions, chuchoter à l’oreille de son voisin :

« Superbement montée ! Et voyez ce visage d’ange, elle est vraiment à damner un saint... C’est sans doute cette petite catin dont m’a parlé Greta. »

Je jetai, assez fier, un coup d’œil à ma compagne ; incorrigible, elle avait délacé sa cape…

Il y avait dans un coin du salon où nous nous assîmes, un homme seul et un couple. Je faisais face à la femme, que je devinai en dépit de la pénombre très belle. C’était une Eurasienne : des yeux fendus en amandes, les pommettes saillantes, la chevelure d’ébène. Beaucoup de classe au premier coup d’œil ; une tenue minimaliste- sans doute voulue pour la circonstance par son compagnon, un homme ayant la cinquantaine aux allures de banquier d’affaires- mini-jupe en cuir noir et débardeur moulant, décolleté plongeant sur deux seins arrogants qu’on devinait en forme d’obus.
Nos regards se rencontrèrent l’espace d’un instant ; une lueur éphémère dans ses prunelles puis ses yeux qui se détournèrent faussement pudiques.
Elle croisa ses jambes au galbe parfait, gainées de soie noire, les découvrant jusqu’en haut des cuisses, puis les décroisa presque aussitôt sans joindre les genoux, les desserrant au contraire largement …

« Pas mal, je suis sûr que tu bandes déjà », me susurra d’un air moqueur à l’oreille Pauline, fine mouche.

« Ne dis pas de sottises, je t’en prie », rétorquai-je, en bel hypocrite.

On me servit un bourbon. Pauline comprit qu’elle n’avait droit à rien.
Elle m’interrogea :

« Que va-t-il se passer ? On ne va pas rester en plan comme ça toute la soirée. Tes amis sont sympas mais un peu ennuyeux ; et qu’est-ce qu’a voulu dire la gouine qui nous a reçus tout à l’heure et qui n’a même pas daigné me saluer ? C’est quoi ce corridor dont elle a parlé ? S’il s’agit d’une partouze, tu sais bien que ce n’est pas mon truc ! »

« Cesse de poser des questions, tu verras bien. »

Le valet qui nous avait reçus, vînt chercher le banquier et son Eurasienne. Lorsqu’elle se leva, je pus mesurer que sa silhouette ne gâchait nullement le reste, un corps souple et élancé, des fesses rondes et cambrées sous le cuir tendu de sa jupe. Elle me regarda à nouveau de ses yeux de braise en quittant le salon. Comme une invite…

L’homme seul, un vieux chauve à la tête de goret, voulut se rapprocher de nous, intéressé bien sûr par Pauline, et engager la conversation. Je lui fis comprendre par mes réponses évasives qu’il n’était pas le bienvenu.

Pauline continua son babillage, me parlant de ses courses de l’après- midi, de tous les magasins qu’elle avait dû faire avec sa copine Juliette, avant de trouver le sac qu’elle convoitait. Je ne l’écoutais que d’une oreille, impatient de ce qui allait suivre, songeant que son insouciance et sa frivolité allaient bientôt être dûment récompensées...

Le valet revînt enfin. C’était notre tour.

« Suis-moi et sans faire d’histoire », fis-je en me levant.

Docile, elle se leva et m’emboîta le pas. Nous passâmes une porte matelassée, puis un long couloir, jusqu’à une pièce toute en longueur, mieux éclairée que le reste de l’hôtel, en forme de galerie : le corridor. Elle se raidit devant le spectacle qui nous y attendait : une dizaine de filles, parmi lesquelles nous reconnûmes certaines des femmes présentes dans les salons un peu plus tôt, se tenaient, les yeux bandés, à moitié dénudées, assises sur deux bancs en bois brut alignés le long des murs de la salle. Chacune portait un collier de cuir autour du cou auquel était suspendue une petite plaque indiquant une somme en euros : sa mise à prix ! Et à bien regarder, on s’apercevait que celle-ci était en rapport avec la marchandise. Mon Eurasienne, que je reconnus tout de suite, distançait largement toutes les autres filles. Toutes étaient enchainées par le cou à des anneaux fixés au mur.

Greta nous fit signe. Elle devisait avec un petit homme obèse, chauve et glabre, torse nu, en string de cuir, qui venait d’enchaîner une nouvelle esclave. Je poussai vers eux ma compagne, de plus en plus récalcitrante et tendue. Un autre homme au physique et à la tenue d’huissier prenait des notes sur un carnet. LIRE LA SUITE




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