1 - Bénédicte

Chapitre 1 L’invitation
mercredi 21 novembre 2007
par  Ali
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Toute la soirée, Aurélien a senti Bénédicte peu naturelle, préoccupée et un peu embarrassée. D’expérience, il sait qu’il ne sert à rien de la questionner. Il attend donc patiemment. Le soir, serrée nue tout contre lui au creux du lit, elle lui confie enfin d’une petite voix timide :

— Tu sais, je me suis décidée. Comme tu le souhaitais, j’ai téléphoné à Éric...

Il reçoit la nouvelle comme un coup au plexus. Une brusque chaleur envahit soudain son corps. Aussitôt, animé d’une vie propre, son sexe sort de sa torpeur et commence à grossir. Alors qu’il n’osait plus y croire, après plusieurs semaines d’hésitation, elle avait enfin franchi le pas et avait accepté.

— Ah oui... ? Allez, raconte, dis-moi... fit-il, impatient, la voix un peu étranglée.

— Je lui ai demandé s’il était libre samedi soir...

— Et alors ?

— Il a dit que je savais bien qu’il était toujours disponible pour moi. Je lui ai alors proposé, s’il le souhaitait, de venir manger et passer la soirée avec nous.

— Et qu’a-t-il répondu ?

— Il était d’accord, c’était une bonne idée qui lui faisait très plaisir. Il a voulu savoir si nous serions nombreux et je lui ai répondu qu’il était le seul invité, qu’il n’y aurait que nous trois, que c’était mon anniversaire et que j’avais très envie de sa présence, en toute intimité. Je me suis sentie soudain toute remuée en lui parlant d’intimité. J’ai imaginé la scène, mon ventre s’est crispé...

Lui aussi imagine la scène, la voit déjà. Son ventre à lui aussi est crispé. Son sexe durci, lourd, bat contre son ventre ; son érection est presque douloureuse. Bénédicte en sent les pulsations contre sa cuisse. Elle s’en saisit doucement et commence à le câliner, à le masser lentement :

— Oh, mon chéri ! Mon récit te fait donc tant d’effet ? Autant qu’à moi, peut-être même davantage ! Tu avais vraiment envie que j’accepte de réaliser ton rêve, n’est-ce pas ?

— Oui, j’y pense depuis si longtemps. Et ça arrive enfin. Continue de raconter. Qu’a-t-il dit encore ?

— Il m’a dit qu’il était heureux et très fier d’être un invité aussi privilégié, qu’il me remerciait de tout son cœur. Sans qu’il le dise, je l’ai senti aussi quelque peu étonné...

— Oui, bien sûr. Il a même dû être sacrément surpris par cette invitation un peu... inhabituelle de ta part. Il doit se poser mille questions sur cette soirée, en imaginer le déroulement...

Serrés l’un contre l’autre, eux aussi laissent vagabonder leur imagination en silence. Puis, au bout d’un moment, Bénédicte reprend :

— Et puis... et puis je lui ai dit aussi que je ne voulais surtout pas de cadeau d’anniversaire, que... que sa seule présence me suffirait. Il m’a fait remarquer en riant que je voulais en somme me payer directement sur la bête. Et, toujours en plaisantant, il a demandé si je préférais un morceau plus particulièrement. Quand il a dit ça... tu sais... eh bien... j’ai eu tout à coup follement envie de lui, envie de sa queue, de la sentir en moi, une envie si forte que je n’ai pas pu répondre ! Il a dû ressentir mon émoi et prendre conscience du double sens de ses paroles, car son rire s’est arrêté et il est resté silencieux, comme s’il était troublé, lui aussi. Le silence m’a semblé durer très longtemps. Puis il a voulu savoir si c’était une invitation qui venait de moi seule ou si c’était une idée de nous deux. Je lui ai dit que j’avais décidé ça toute seule parce que j’avais envie de le voir et d’être avec lui ce soir-là, et que tu n’étais pas au courant. C’était bien ça que tu voulais, non ? Que l’idée semble venir de moi ?

— Oui. Oui, c’est ce que je voulais. C’est bien que tu aies osé le faire. Je n’y croyais plus !

Ils se taisent à nouveau. Puis, en caressant toujours le sexe érigé, elle ajoute enfin :

— Tu sais, Aurélien, depuis cet appel, j’ai vraiment peur de ce qui va arriver, mais en même temps je suis aussi terriblement excitée. Au fond de moi, je me sens honteuse d’avoir accepté ça pour te faire plaisir, mais malgré cela ou à cause de cela, je ne sais pas, mon ventre se tord de désir. Aurélien... j’ai honte, tellement honte de te le dire... je coule depuis que je l’ai appelé... C’est à la fois douloureux et délicieux de me sentir comme ça, avec ce désir dévorant dans mon ventre, avoua-t-elle à voix basse.

— Je t’aime, Bénédicte, lui répondit-il.

— Moi aussi, je t’aime, je t’aime tant ! Je suis complètement folle de faire cela pour toi. Je suis folle d’être prête à accepter de toi n’importe quoi.

— Ne t’inquiète pas, ma chérie. Tout ira bien. Crois-moi, le plus difficile pour toi c’était aujourd’hui. Tu verras, tout se passera bien. Et puis, tu sais bien que tu feras que ce que tu auras envie de faire. Personne ne te forcera. C’est toi qui fixeras les règles…

— Oui, je sais,… je sais bien… Oh ! Je t’en prie, Aurélien, viens ! Viens tout de suite !... Prends-moi !...

Il bascule sur elle, entrouvre les douces cuisses de son genou et d’une seule poussée s’enfonce profondément en elle. Elle crie. « Elle est effectivement trempée » a-t-il juste le temps de penser avant d’exploser et de se répandre en longues saccades dans la grotte accueillante. Bénédicte jouit elle aussi tout aussitôt, autant d’impatience et d’excitation mêlées que de la puissante et violente possession d’Aurélien.

Le calme revenu, ils s’embrassent et se caressent amoureusement, tendrement. Jusqu’à ce que la vigueur retrouvée d’Aurélien, la moiteur encore affamée de Bénédicte, l’idée d’accueillir bientôt Eric, ne les entraînent à nouveau dans de nouvelles joutes enfiévrées une partie de la nuit.


******

Depuis quelque temps déjà, Aurélien s’était rendu compte qu’Eric trouvait Bénédicte à son goût, qu’il en était peut-être même un peu amoureux. Il lui faisait une cour discrète mais assidue chaque fois qu’il en avait la possibilité. Celle-ci n’était d’ailleurs pas insensible à son charme et à son humour. Il avait eu l’occasion de les observer discrètement et s’était rendu compte de leur réelle complicité. Et Bénédicte avait bien volontiers reconnu, après quelques hésitations, tout l’attrait qu’elle lui trouvait et son plaisir à être en sa compagnie. Et que, ma foi, si Aurélien n’avait pas été dans sa vie, elle aurait volontiers cédé, sans la moindre réticence, à ses discrètes avances.

Le fantasme fugace d’Aurélien de voir sa femme dans d’autres bras que les siens avait, depuis ce jour-là, pris une nouvelle vigueur. Et, même s’il ne l’évoquait pas, depuis lors Eric était souvent présent dans son esprit quand il faisait l’amour à Bénédicte. Il voudrait bien maintenant les voir faire réellement l’amour. Il l’imagine sur elle, en elle... Il imagine cet autre sexe dans la bouche de Bénédicte, cette autre langue léchant la faille de Bénédicte. Il imagine Bénédicte gémissant sous les coups de boutoir d’Éric...

Et lui, spectateur attentif de la scène...

Un soir, après l’amour, il avait enfin osé évoquer son fantasme. Bénédicte ne s’en était pas offusquée. Depuis lors, le personnage d’Eric avait pimenté plusieurs fois leurs soirées. Et chaque fois, la prude Bénédicte se montrait très réceptive à son évocation. Elle était alors plus amoureuse, plus voluptueuse ; ses mots, ses gestes étaient plus osés, plus érotiques. Son plaisir était plus violent, plus expressif. Et le sien en était, lui aussi, singulièrement augmenté.

Il se souvenait particulièrement du retour de cette soirée festive au cours de laquelle Eric s’était montré très empressé auprès de Bénédicte, la serrant de près, la faisant beaucoup rire, beaucoup boire aussi. Dès la porte refermée, Bénédicte, un peu grise, s’était jetée dans ses bras en disant :

— Oh ! Si tu savais comme j’ai envie de faire l’amour !

Aurélien avait refermé ses bras sur elle, l’avait embrassée longuement, profondément. Puis, saisi d’une inspiration soudaine, il avait dénoué l’écharpe de soie qu’elle portait et, passant derrière elle, lui avait bandé les yeux par jeu. Lui piquetant la nuque de petits baisers, il l’avait poussée vers la chambre tout en la déshabillant et en lui murmurant :

— Oui, tu as envie... Eric aussi a très envie de toi ce soir, très envie de faire l’amour avec toi...

— Tu es fou, Aurélien !...

— Mais non... tu vas voir ! Ce soir il va te caresser, te faire l’amour... Il t’a déjà caressée avec ses mots, avec ses yeux, toute la soirée. Maintenant cela va être avec ses mains, avec sa bouche, avec son sexe. Tu veux bien, n’est-ce pas ?

— Oui... oui, si tu veux ! avait soufflé Bénédicte.

— Eh bien, dis-le lui, avait-il ajouté. Dis-lui que tu en as envie. Il n’attend que ton invitation...

— Tu crois... ? Je n’oserai jamais... avait-elle répliqué, la voix hésitante.

— Mais oui ! Vas-y ! Ose ! Dis-lui que tu as envie de lui !

— Eric... j’ai envie de faire l’amour... avec toi... avait-elle enfin murmuré, dans un souffle.

Toujours aveuglée, elle s’était ensuite abandonnée aux caresses avec une sensualité et une avidité qui l’avaient surpris. Et, quand la bouche d’Aurélien l’avait fait défaillir, elle s’était arquée et avait supplié :

— Oh Eric ! Eric ! Oh oui ! Viens ! Viens vite Éric... ! Prends-moi !

Aurélien avait alors plongé en elle et l’avait pilonnée avec une fougue inhabituelle, imaginant lui aussi Eric sur elle, en elle. Et cette idée, comme toujours, avait déclenché sa jouissance. De longs jets abondants de semence avaient empli le ventre de Bénédicte de leur blancheur translucide.

Son plaisir à elle avait été, lui aussi, d’une rare violence, plus long, plus bruyant qu’à l’habitude. Agrippée à Aurélien, elle avait longuement appelé Eric. Quand, enfin calmée, épuisée, elle s’était endormie d’un coup, lui n’avait pas trouvé le sommeil si facilement.

Mais il savait maintenant qu’il arriverait à ses fins, que ses rêveries se transformeraient en réalité, qu’un jour prochain il verrait Bénédicte dans les bras d’Eric, qu’il verrait ce corps si ardemment chéri enfin livré aux assauts d’un autre sexe que le sien, soumis aux désirs érotiques d’un autre homme que lui.

Le lendemain soir, quand il évoqua la nuit précédente, Bénédicte lui fit remarquer, un peu confuse :

— Tu sais, j’étais un peu ivre, hier soir.

— Sans doute. Mais cela t’a bien aidé et a levé toutes tes inhibitions. Jamais tu n’avais été aussi expansive, aussi démonstrative dans l’amour ! Eric t’a permis de révéler tes talents insoupçonnés...

— Tu te moques de moi ?

— Pas du tout. C’est vrai. Te souviens-tu que, quand tu as joui sous ma langue, tu l’as appelé pour qu’il te prenne ?

— ...

— Et que, ensuite, tu as encore joui magnifiquement en imaginant que c’était lui qui te tenait sous lui, lui qui était dans ton ventre... Ce n’était pas moi que tu serrais à ce moment-là dans tes bras, c’était lui, c’était son nom que tu criais en jouissant... T’en souviens-tu ?

Quelque peu hypocrite, et aussi un peu honteuse, elle répondit, blottie contre son torse :

— Je ne sais pas. Tout ce qui s’est passé hier soir est un peu flou dans ma mémoire. Mais de toute façon, c’est toi que j’aime, Aurélien. Il n’y a que toi dans ma vie. Tu le sais ? Tu me crois ?

— Bien sûr que je te crois, ma chérie. Moi aussi je t’aime. Et que je t’aime ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de plaisir à t’imaginer prise par Eric. Et, hier soir, te voir avoir, toi aussi, envie d’être prise par lui m’a fait encore plus plaisir. Je crois que je t’en aime encore plus, que je tiens encore plus à toi. Penser que tu fais l’amour avec lui...

— Tu es fou ! Tu ne voudrais tout de même pas me jeter vraiment dans ses bras ?

— Reconnais que tu as plus de plaisir à l’idée qu’il est présent avec nous. Tu jouis beaucoup plus fort. Et moi j’en ai plus de plaisir aussi. Tu ne peux pas nier que cela t’excite : tu te livres beaucoup plus, tu es plus réceptive à toutes les caresses, même celles qu’auparavant tu n’acceptais qu’à contre-cœur. Bien sûr, il y a aussi l’attrait du fruit défendu, la transgression sans risques des interdits. Mais je suis sûr que l’idée de faire l’amour avec lui ne t’effraie pas, ou ne t’effraie plus, que tu en rêves même parfois...

— Oui, c’est vrai que j’aime bien que tu me parles de lui en me caressant. Cela m’excite beaucoup, c’est vrai aussi : j’imagine alors des situations insolites, je vois des images scabreuses avec lui. Mais je ne veux pas te tromper...

— Mais tu ne me tromperais pas puisque je serais là, avec toi. Et puis, c’est toi qui déciderais. Tu n’irais que jusqu’où tu voudrais aller. Pas de contrainte : j’y veillerai. Car je serai là, près de toi.

Il argumenta encore longtemps pour tenter de la convaincre, ou au moins de lui en faire accepter l’idée. Finalement, elle conclut la discussion d’un péremptoire :

— On verra !... Laisse-moi m’habituer à l’idée... Ensuite je déciderai si j’accepte, oui ou non.

Depuis, ni l’un ni l’autre n’avaient plus abordé ce sujet. Et Aurélien n’avait plus parlé d’Eric pendant l’amour. Il avait maintenant l’impression que leurs relations amoureuses, bien que toujours tendres et complices, étaient devenues plus calmes, plus routinières et moins échevelées qu’auparavant, « du temps d’Éric ».

Et soudain, ce soir... elle avait pris sa décision !




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