Mémoires d’André Sabatier chap 16 à 20

mardi 12 juillet 2005
par  Richard Tuil
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CHAPITRE XVI.

Quand nous fûmes aux vacances de la Toussaint et pour noël et le jour de l’an, nous restions ensemble, cela va sans dire ! C’était tellement évident, qu’il me semble inutile de l’écrire, et nous nous aimions. C’était tout ce que nous faisions lorsque nous étions à la maison.

Mirabelle était encore à Cergy le 1er février 1983 ; mais je ne savais pas exactement quand elle partirait, car finalement, ni ses parents, ni les miens n’acceptèrent qu’elle finisse son année scolaire à Cergy.

C’est alors que la terrible nouvelle tomba comme le couperet d’une guillotine : le jour du déménagement pour Villeurbanne était prévu, et cette fois c’était sûr, le pire jour de ma vie serait le mercredi 21 février 1983 !

En principe, ce départ devait se faire après le travail de son père.

Et les jours de janvier passèrent si vite... pareils à eux—mêmes. Quand arriva le dernier week—end, celui qui précédait le mercredi fatidique, Mirabelle et moi ne quittâmes plus la couette, et bien au chaud, nous restâmes enlacés ces deux jours. Et sans discontinuer, nous culetâmes et coïtâmes. C’est peut—être un peu exagéré, mais ce sont les seuls souvenirs qui me restent de ce week—end. C’était une baise qui dura deux jours et trois nuits, du vendredi soir au lundi matin. On ne s’était même pas levé pour aller en cours le samedi matin, d’autant qu’elle avait arrêté le lycée dès la veille.

Quand le lundi, je rentrais chez moi, j’étais plein du parfum et de l’odeur enivrante de Mirabelle, mes yeux étaient dans le vague, et j’avais la fièvre. Une fièvre qui me faisait pousser des ailes, et il ne restait plus que deux jours et demi avant le départ de ma chérie.

J’ai donc séché ces trois jours de cours, et au lieu de me rendre au lycée, c’est chez Mirabelle que j’allais. Mes parents, sensibles à mon désespoir avaient accepté que je n’ailles pas en cours, et je retrouvais ma chère Mirabelle dès 10 heures ce matin—là.

Nous fîmes une ballade dans le frima de ce matin de février, et nous allâmes jusqu’au Collège de la Justice qui avait accueilli quatre de nos années scolaires, les quatre meilleures !

Nous y fîmes nos adieux à nos vieilles connaissances, et il fallut rentrer. Il était déjà 3 heures de l’après—midi.

Mes parents, toujours aussi conciliants, acceptèrent que Mirabelle passe ses deux dernières nuits à Cergy avec moi, chez nous.

Alors, nous prîmes notre repas chez Mirabelle, et nous rentrâmes chez moi. Je sais que ses parents étaient tristes de devoir nous séparer, car ils avaient compris — ô combien trop tard ! — que Mirabelle et moi étions faits l’un pour l’autre.

Le lendemain, nous étions déjà à la veille de ce départ. Elle me donna un stylo à bille de marque "Parker", avec une flèche dorée, et une trousse en jeans.

Nous pleurâmes une partie de la journée, mais malgré nos larmes, nous réussîmes à faire l’amour tout l’après—midi et une partie de la nuit de mardi à mercredi.

Elle colla ses lèvres aux miennes, ses lèvres avaient des ailes, et volaient sur mes joues, mes yeux, mon front, mon nez, mon menton. Les miennes s’attardaient dans le creux charmant de ses fossettes. Nous nous déshabillâmes mutuellement et je restais bouche bée devant ce jeune corps fascinant qui n’arrêtait pas de m’émouvoir. Quand elle fut en culotte et soutien—gorge, et que moi j’étais aussi nu qu’un nouveau—né, elle s’approcha de moi, se collant à moi : "Ne me quitte pas mon Dédé !"

C’était la seule et unique fois qu’elle usa de ce surnom que ma famille employait de façon affectueuse.

Je l’embrassais et je la caressais, en l’entraînant vers mon lit.

Nous y tombâmes et elle se tint sur moi... Tandis qu’elle continuait de me caresser et de m’embrasser, je lui caressais le dos et lui enlevais son soutien—gorge.

Je lui mordillais les tétons tout en lui caressant les lombes.

Tandis que ce petit jeu durait depuis un quart d’heure, mon pénis était devenu dur, droit et raide.

Je lui caressais alors les fesses, et ma main glissait alors jusqu’à son entrecuisse, où mes doigts jouaient avec son clitoris, la faisant haleter et râler.

Mirabelle alors, fermait les yeux, se laissant chavirer et emporter par son plaisir que je lui donnais et qui la dominait tout entière : "Ô ! Mon amour ! " arrivait—elle à murmurer.

Elle prit alors mon dard et le garda dans ses mains fébriles.

Elle le caressait et le léchait et le suçait comme une glace à l’eau qu’on prend lorsque l’été est là.

C’est alors qu’elle le mettait juste à l’entrée de sa porte secrète. Et durant de longues minutes j’allais et venais dans un long va et vient, lent et saccadé.

"Plus vite !" me disait—elle, et j’accélérais la cadence jusqu’à l’épanouissement de l’extrême extase du plaisir. Nous éjaculions simultanément et quasiment ensemble, et elle perdit connaissance. Le plaisir était trop grand !

Je lui tapotais les joues et la réveillais.

"Oh ! C’est toi mon tendre amour !" me dit—elle.

Et je me mis à pleurer. Je savais que je ne la reverrai peut—être plus, ou bien pas avant longtemps. Je la caressais et la berçais tout en pleurs.

"Je te promets que je reviendrai..." avait—elle dit.

J’espérais que c’était vrai.

"Veux—tu que nous recommencions ?" me demanda—t—elle.

"Avec plaisir !"

Et souriant, elle me caressa, et nous réprime nos jeux érotiques.

Puis nous dormîmes dans les bras de l’un de l’autre, et au petit jour nous recommençâmes notre farandole érotique et sexuelle.

Ce jour—là, le mercredi 21 février 1983, ses parents avaient rendu les clefs au régisseur de la Croix Petit, M. Motta, et nous sommes allés aux Linandes, chez tante Mireille.

Mais il était déjà 14 heures environ, et nous prîmes un goûter "d’adieu" en buvant une grande bouteille de Coca—Cola. J’ai voulu servir un verre à Frédéric et à Mirabelle, mais je tremblais tant que la bouteille ne tint pas dans ma main ; elle tomba et se fracassa sur le sol, répandant son précieux liquide noir à bulles. J’étais désolé, mais Mireille ne fit aucune remarque, et essuya immédiatement mes bêtises.

Nous ne parlions plus. Mais nos silences à Mirabelle et à moi en disaient plus long que des discours futiles dans de tels moments.

C’est à 16h20 environ que M. Girard survint, et récupéra son petit monde, alors que d’habitude il ne rentrait que vers 19 heures ! Pourquoi si tôt ? Ô cruel destin, tu es si dure avec nous !

Tandis qu’il les pressait, car il les pressait en plus, ils avaient, soi—disant, une longue route à faire, ils dirent au revoir à Mireille, et tandis que je descendais avec eux, ils m’invitèrent à monter dans la voiture en leur compagnie.

— Si tu veux André, on peut te déposer à la Croix Petit, avait suggéré M. Girard.

— Je préfère qu’on aille jusqu’à l’entrée de l’autoroute, par des chemins détournés, et que vous me déposiez là—bas.

Aussitôt dit, aussitôt accepté ! C’est donc ce que nous fîmes. Nous allâmes à l’embouchure de l’autoroute A15, et à son entrée, en direction de Paris, on me déposa, et Mirabelle sortit avec moi de la voiture.

Et le baiser que je lui donnais était si long, si langoureux, si bon (ses lèvres avaient un arrière—goût de noisettes et de chocolat), si doux, si tendre, si amoureux qu’on fut obligé de me chasser littéralement !

Après un dernier salut à sa famille, j’embrassais de nouveau Mirabelle pour lui dire au revoir, et je lui dis « à bientôt !"

Et dès que la portière de cette voiture se fut refermée, je détestais cette automobile qui emportait loin de moi mon amour adoré.

Mirabelle me fit un dernier signe d’adieu de la main, et la famille Girard quitta Cergy pour Villeurbanne, où elle réside encore aujourd’hui. Frédéric et Franck ont fait leur vie dans le Rhône jusqu’à une date récente, quant à Mirabelle...

Alors voilà ! Mon amour avait quitté Cergy. Mirabelle était partie.

Alors, je rentrais à la maison, le visage pâle, les mains dans les poches, les larmes aux yeux.

Ma chère mère a eu la délicatesse de me serrer dans ses bras, et me dit : "Allons André, tu la reverras !"

Peut—être, mais quand ?

CHAPITRE XVII.

Les jours qui suivirent furent les plus atroces de ma vie.

J’avais séché mes cours durant trois jours, mais quand je me suis réveillé ce jeudi matin, le 22 février, j’avais environ 39,5°C de fièvre, et je suis rentré à nouveau dans mon lit, qui était encore plein de l’odeur de Mirabelle.

Mais ma vie n’avait plus de sens, et j’étais bien ennuyé, car je n’avais que Mirabelle comme passion et comme centre d’intérêt.

Puis la vie reprit son cours, et le printemps arriva.

J’avais écrit à Mirabelle, j’avais même téléphoné, mais elle n’était pas très pressée de me répondre. J’ai eu de la peine de devoir attendre ses réponses...

J’étais toqué d’elle, mais il est impossible de retourner en arrière, et donc c’était pour moi un cauchemar. Mon monde s’était écroulé lorsque Mirabelle, qui en était la pierre angulaire, avait quitté Cergy.

Durant les vacances de Pâques, Mirabelle fut, elle aussi, en vacances, mais décalés par rapport aux académies de Paris—Versailles—Créteil.

Et c’est ainsi que le mercredi 13 avril 1983, je revis Ma Chère Mirabelle. Elle venait des Linandes, où elle était arrivée le matin même ; et je la serrais dans mes bras tellement fort que je faillis l’étouffer.

Attendez ! Je ne l’avais pas vu depuis un mois et vingt—deux jours !

Je n’ai jamais été une brute, mais là, j’avais des circonstances atténuantes, non ? J’étais en manque de la plus douce des drogues.

— Comment vas—tu ? demandais—je.

— Bien ! Et toi ? demanda—t—elle en souriant.

— Tu me manques... je crois que je vais mourir si tu me quittes encore.

— Arrêtes ! Mon chéri, je t’en prie, ne parle plus de cela... mais j’ai une bonne surprise pour toi, et tu verras !"

C’était un mercredi après—midi, et l’appartement était vide : "Viens ! Allons chez moi !"

Ô Mirabelle ! Chère Mirabelle ! Quel est ce cruel destin qui se joue de nous ? Pourquoi ce jour—là, n’es—tu pas resté près de moi ?

Nous allâmes à la maison, et je la déshabillais avec ardeur. Mais elle ne me laissa pas en reste. Elle déchira ma chemise ! "C’est plus rapide !" avait—elle dit avec le sourire.

Nous nous jetâmes l’un sur l’autre, et bouche contre bouche, nous fîmes l’amour si brutalement, si vite, de peur de perdre ne serait—ce qu’un clin d’œil, que nous finîmes dès que nous avons commencé, en deux temps trois mouvements ! Mais un quart d’heure plus tard, nous recommencions, et notre félicité était pure et dure. Goûter au bonheur n’est pas ce qu’il y a de meilleur, en réalité. Cela cause de la peine pour rien, car le bonheur n’est pas éternel ici—bas.

Chaque instant, chaque seconde comptent, et lorsque la nuit tomba, et que la maison se remplit à nouveau des bruits familiers, Mirabelle me dit qu’il fallait qu’elle rentre chez sa tante.

— Non, reste, je t’en conjure. Ne me quitte plus.

— Rejoins—moi chez ma tante demain. Je te montrerai la surprise que j’ai pour toi.

— Non, reste !

— Je ne peux pas ! Accompagne—moi, s’il te plaît.

— Cela fait plaisir de te revoir, lui dit ma mère en l’embrassant.

Nous sortîmes.

— Demain, je n’irai pas au lycée. Je sécherai, et dès le matin, je te rejoindrai. À quelle heure ?

— Vers 9h30, ça ira ?

— Parfait ! Je ferai juste un petit détour pour tromper l’ennemi. C’est—à—dire que j’irai jusqu’à la préfecture, et je prendrai un bus pour les Linandes.

— D’accord.

Et nous avancions tranquillement malgré les folles idées qui me traversaient l’esprit. J’avais tellement de choses à lui dire.

— Pourquoi réponds—tu si tardivement à mes lettres ?

— J’ai assez peu de temps. Tu sais que j’ai déjà 18 ans, et que je traverse une période difficile de ma vie. Je dois chercher un travail à mi—temps. Aurais—tu oublié qu’au mois de septembre nous devons nous marier ?

— Je ne peux l’oublier. Je ne pense qu’à ça toute la journée : et c’est la seule façon que j’ai trouvée de ne pas sombrer dans une folie plus grande.

Je l’embrassais en la serrant très fort, et je la laissais là. Puis elle me rappela, comme ce 14 juillet 1982, où elle n’arrêtait pas de me faire monter et descendre dans son escalier, pour me taquiner.

— Je viens avec toi, me dit—elle. On appellera Mireille et je pense qu’elle acceptera que je dorme chez toi ce soir.

— Viens mon petit cœur.

Et nous retournâmes à la Croix Petit, d’où nous appelâmes tante Mireille, qui n’avait pas le choix : Mirabelle avait dix—huit ans et elle s’en vantait assez ! Moi, je la rattraperai en juillet !

Cette nuit—là, nous fîmes l’amour plus de la moitié de la nuit. Que c’était bon ! Que c’était génial !

Je crois que je peux expliquer cela en disant que Mirabelle et moi avions une totale et absolue confiance l’un dans l’autre, et se donner l’un à l’autre n’était pas un acte bénin ; c’était la quintessence de l’extase amoureuse, l’assurance de notre passion l’un pour l’autre.

Après cette nuit de bonheur de s’être retrouvés, Mirabelle m’annonça qu’elle repartait à Villeurbanne ce vendredi matin ; et que la nuit suivante, elle serait obligée de dormir chez sa tante.

Ce matin—là, je suis allé voir notre ami, le docteur Lévy, qui me fit un certificat médical pour jeudi, vendredi et samedi.

Et nous allâmes chez sa tante.

Là, elle me montra tous les papiers qu’elle avait préparés pour notre mariage.

— C’est pour le mariage : mon acte de naissance, ma fiche individuelle d’état civil, et la photocopie de ma carte d’identité. Je te les confie. C’était ça la surprise. Aujourd’hui, il y a une deuxième surprise : c’est moi !

Et je la regardais, et je la trouvais sublime.

Puis, elle me fit un paquet de ses papiers, et les mit dans l’enveloppe qu’elle avait apportée.

Ensuite, nous passâmes la journée dans les bras l’un de l’autre, et moi, je restais entre ses cuisses sans discontinuer. Je savais qu’avec notre mariage, ce serait sûrement la dernière journée avant qu’on ne se revoit.

Et je n’en pouvais supporter l’idée.

Je lui demandais à quelle heure elle devait prendre le train, le lendemain, en gare de Lyon ? C’était le train de 8h37.

— Puis—je t’y accompagner ?

— Ma tante m’y amène en voiture... je ne sais pas si elle voudra.

— Eh bien, on a qu’à le lui demander.

— Si tu veux.

— Ça ne te fait pas plaisir ?

— Oui, très. Mais j’ai horreur des adieux. Alors, sur un quai de gare, je crois que c’est pire. Ça fait cliché, tu ne trouves pas ?

— Quoi ? Quels adieux ? Ce ne sera qu’un "au revoir".

— Oui, je sais. Mais si tu savais le nombre de jours et de nuits que j’ai passé loin de toi, quand ton souvenir me fuyait ; alors, il suffisait que j’étende la main vers le ciel, pour entendre le son de ta voix qui me berçait et me calmait, et je m’endormais en souriant, car je savais que tu étais là, et que tu m’attendais. Ô André ! Pourquoi a—t—il fallu qu’on nous sépare ? J’ai vécu à Cergy près de six ans, et je ne peux plus me séparer de toi. Je t’aime tant.

— Ô ma Mirabelle ! lui dis—je en la prenant dans mes bras.

Je ne savais plus quoi dire après un tel discours. J’étais ému et mon cœur battait à tout rompre. J’avais peur de la perdre, certes, c’était même la plus grande frayeur de ma vie.

Finalement, c’est tante Mireille qui me proposa, d’elle—même de m’héberger pour la nuit, et je m’empressais d’accepter.

Mirabelle n’avait plus le choix !

Après avoir téléphoné à mes parents, je faisais en sorte d’être le plus agréable possible aux yeux de mon aimée, en lui racontant des histoires drôles, des sketches de Rolland Magdane par exemple, en la faisant rire avec des pitreries. Et dans la nuit printanière, nous nous aimâmes tant que nous ne vîmes pas l’aube poindre à l’horizon oriental.

Il était déjà temps de nous lever. Nous n’avions pas fermé l’œil de la nuit, et je peux vous dire que cette nuit—là fut des plus magiques. Ainsi va la vie des hommes qui s’attachent à des bonheurs tellement éphémères ! En tout cas, j’ai accumulé des souvenirs de douceur pour des millions d’années, cette nuit du 14 au 15 avril 1983.

Lorsque nous nous sommes levés, tante Mireille était déjà prête, et elle préparait un petit—déjeuner copieux. La chambre qu’elle nous avait laissée était bien isolée du reste de l’appartement, mais elle se doutait bien de ce qui s’était passé.

Après une douche et le petit—déjeuner ; nous prîmes la route de Paris, et nous arrivâmes sur le quai environ une demi—heure avant le départ du train, un TGV, ces nouveaux trains qui faisaient la liaison Paris—Lyon en moins de trois heures.

Mireille m’attendait sur le quai pour me raccompagner à Cergy, ainsi je pouvais monter dans le train avec Mirabelle qui avait sa place, et nous pûmes tranquillement nous dire « au revoir".

C’étaient des larmes sur les joues, des baisers qui n’en finissaient pas de se répéter, de se répéter, se répéter jusqu’à l’infini...

La sonnerie nous surprit lors de nos effusions, et nous fûmes quittes pour une nouvelle séparation.

Je n’avais qu’une hâte : se revoir et se marier !

Vivement septembre !

CHAPITRE XVIII.

Cette nouvelle séparation d’avec Mirabelle faillit nous être fatale.

Tante Mireille, sur le chemin du retour :

"Je sais que ma nièce Mirabelle est très jolie. Je sais que tu es amoureux, et que tu l’as surnommée la "Non Pareille". C’est elle qui me l’a dit. Pour autant, je ne crois pas que vous êtes fait l’un pour l’autre."

J’étais sidéré par de tels propos, et j’avais envie de lui demander de me laisser sur le trottoir. C’est vrai, pourquoi médire de notre amour ? Heureusement que mes larmes coulaient déjà depuis un bon moment, car elle aurait pu remarquer qu’en disant cela, elle les avait fait redoubler.

— Je ne comprends pas, ai—je eu la force de dire.

— Je m’explique : tu es un garçon, et les garçons ont parfois le besoin de courir plusieurs lièvres, des fois, en même temps ! Nous autres, les femmes, sommes plus cérébrales, et nous aimons avec nos cœurs, c’est vrai, mais nous aimons de manière réfléchie. Or, je sais que tu as "un cœur grand comme ça", mais je sais aussi que ton grand cœur est un cœur d’artichaut !

— Qu’est—ce que ça veut dire ?

— Eh bien, je pense que, puisque tu as déjà trahi Mirabelle, tu le feras encore. Et même si vous êtes mariés, tu seras toujours tenté par une femme aux beaux atours. Franchement, suivre une prostituée, alors que tu avais pour toi la plus jolie fille de la terre ! Quelle idée saugrenue.

— Mais je ne savais pas qu’elle était une prostituée ( puisqu’elle faisait allusion à Agnès).

— Oui, peut—être. Mais n’empêche que tu aurais dû écouter ta tête plutôt que ton cœur, ce jour—là.

— Mais n’ai—je pas écouté mon cœur lorsque je suis tombé amoureux de Mirabelle ? lui demandais—je entre deux crises de sanglots.

— Oui, sûrement ! Mais fait très attention. J’aime Mirabelle, fille unique de mon frère, elle est le trésor de notre famille. Tu n’as pas intérêt à lui faire du mal. Je t’ai à l’œil.

Moi, j’avais confiance en Mirabelle, et Mirabelle avait confiance en moi. C’était l’essentiel puisque nous nous aimions.

Cette discussion me laissait un goût amer !

CHAPITRE XIX.

Le jeudi 28 avril 1983, soit deux semaines après nos adieux, après mes cours, je suis allé au cinéma voir un film qui allait devenir un symbole d’esthétisme et de beauté pure ! Je suis allé voir "The Beastmaster" (1) avec Marc Singer et la merveilleuse Tanya Roberts. Lorsque j’ai vu les yeux de cette dernière, je fus ébloui !

Il n’y avait aucun doute, je venais de tomber amoureux pour la troisième fois de ma vie, et j’étais encore plus déçu lorsque je m’aperçus que je recommençais mes infidélités envers Mirabelle. Cela n’était plus arrivé depuis le 17 février 1980, mais je trouvais Tanya si jolie que j’ai rejoint son fan—club que mon ami Richard Tuil avait créé en fin d’année 1986.

D’un coup, je m’aperçus aussi que Mirabelle était loin, et loin des yeux, loin du cœur !

J’étais libre de faire ce que je voulais, et si je ne lui disais pas, qui le lui apprendrait ? Sûrement pas sa tante Mireille !

Je remarquais tout à coup que dans ma classe il y avait une jeune femme qui me faisait de l’effet : Valérie D. Et dans le lycée, il y avait aussi une certaine Cathy, dont je n’ai plus souvenir du nom de famille.

J’avais enfin trouvé, tout en continuant d’aimer Mirabelle plus que ma propre vie, un exutoire à mon désir et à mes pulsions sexuelles qui devenaient de plus en plus pressantes, et de plus en plus grandes.

Valérie, dans ma classe avait justement l’air d’une "fille facile" comme on disait, et apparemment l’attirance, que j’éprouvais pour elle, était réciproque.

En effet, en 1983, vers le 12 ou le 13 mai, je ne sais plus exactement, et me prenant en aparté, à la sortie des cours, elle me fit savoir qu’elle était d’accord pour boire un verre ou un café avec moi. Nous allâmes donc au Troquet, aux 3 Fontaines, et une chose en amenant une autre, je l’amenais aux Chênes où nous fîmes l’amour, et où je trahissais encore Mirabelle, puisque seule, elle avait été mon amour et ma maîtresse en ce lieu.

Finalement, je ne fus plus intéressé par elle, je me dégoûtais quoiqu’elle insista pour recommencer !

Elle avait un corps magnifique, tout en courbes douces, et ses jambes faisaient rêver plus d’un jeune homme de nos classes. Mais Mirabelle était là, présente dans mon esprit et j’imaginais être avec elle, tandis que je faisais l’amour avec cette autre.

Un jour, alors que j’oubliais ma timidité, Cathy, cette jeune fille magnifique de terminale G1 me sourit, alors que j’étais devant la machine à café, et, j’engageais la conversation.

Mais qu’est—ce que j’avais ? J’allais me marier dans trois mois, et je ne m’occupais plus de savoir si Mirabelle serait en colère si elle apprenait quoi que ce soit, et peut—être finirait—elle par m’en vouloir ?

Alors Cathy et moi eûmes une aventure qui dura tout le mois de juin, et je peux dire à tous que c’était un véritable canon, une bombe. Je fis avec elle des choses que je n’ose même pas rapporter ici. Mais je la trouvais belle et bonne. C’était un véritable volcan.

D’ailleurs à ce propos, j’ai appris plus tard que Virginie Van Houtten, avec qui j’avais perdu mon temps durant quatorze mois environ, avait déchu et étais tellement tombée bas, qu’on pouvait l’avoir pour une somme d’argent, à la rue St Denis, à Paris. Cela m’avait choqué bien sûr, mais que faire ?

En tout cas, je n’avais nullement l’envie d’aller lui apporter l’aide que j’ai toujours voulu apporter à une jeune femme en détresse.

J’en reviens à Cathy que je trouvais belle secrètement, dans mon coin, et je fus étonné que ce fut elle qui m’avait abordé. Ce n’est qu’ensuite que j’appris que Valérie D. et elle étaient voisines, et que Valérie lui avait dit que j’étais "une affaire au pieu", pour reprendre son expression !

J’étais fier comme un paon de l’apprendre, mais je ne comprenais pas pourquoi Mirabelle ne me l’avait pas dit ? Quoiqu’Agnès me l’avait déjà fait savoir cinq ans auparavant.

Il faut dire aussi que Mirabelle ne pouvait me l’avoir dit, car elle n’avait connu que moi, comme garçon !

Mais bien sûr, Valérie et Cathy ne connurent de ma part qu’une expérience sexuelle, et j’appris pas mal à ce sujet à leur contact. Elles étaient deux superbes créatures qu’on a envie de pourfendre de son glaive de chair dès qu’on les voit, mais pas vraiment de vivre avec. Bien sûr, je parle de choses qui ont eu lieu il y a une vingtaine d’années, et rien ne dit qu’elles n’ont pas changé.

Et puis, j’avais toujours Mirabelle à l’esprit, et Tanya Roberts aussi, dont le souvenir n’arrivait pas à me quitter.

Pendant les grandes vacances, je revis Mirabelle chez elle, à Villeurbanne.

"Alors ! Il paraît que "Monsieur" s’amuse sans moi ?"

Je ne comprenais pas de quoi elle voulait parler ; où du moins, je jouais l’innocent naïf.

— Tu parles de quoi ?

— Eh bien, de ces deux filles que tu as fréquentées sans mon accord ! Je veux bien croire que cela te démange et dans ce cas, n’importe quelle fille devrait te suffire et te contenter. Mais non ! à Môsieur André Sabatier il lui faut des beautés exceptionnelles, de beaux visages, des corps canons !

— Mais qui t’a raconté cela ? demandais—je incrédule d’entendre la vérité sortir de sa bouche.

— Personne ! Figure—toi que j’étais aux Chênes deux fois pendant mon séjour à Cergy entre le 28 mai et le 6 juin, et devine qui j’ai vu deux fois : André, avec une fille différente à chaque fois, qui se rendait dans notre nid d’amour à nous, à toi et à moi. Quel traître ! Comment as—tu osé me faire ça, à moi qui t’adore.

Et la gifle partit toute seule.

— Celle—là, tu ne l’as pas volée !

— Tu étais à Cergy et tu ne me l’as pas dit, finis—je par bredouiller en massant ma joue droite.

— Je voulais te faire la surprise.

— En effet, pour une surprise, c’est une surprise.

— Tu m’avais promis, en février 1980 que c’était fini les passades. Mûris un peu ! Je t’aime, et toi tu trouves le moyen de me trahir ! Je n’en peux plus de toi. Je veux que tu retournes à Cergy, et que définitivement tu m’y oublies !

— Est—ce un ordre ou... on peut discuter ?

— Tu as encore une chance de tout rattraper. Mais une seule !

Alors je sautais sur elle, littéralement, et je lui fis avec une force brute et tendre à la fois, et une puissance jamais égalée.

Deux heures après, elle me rassurait, me cajolait, me caressait... j’avais réussi l’épreuve !

CHAPITRE XX.

De justesse, j’ai réussi à retourner les sentiments de Mirabelle en ma faveur. Mais quand je pensais aux corps superbes de Valérie ou de Cathy, je n’arrivais pas à m’empêcher d’être un peu amoureux de ces deux—là aussi.

Mais Mirabelle était avec moi, et c’était l’essentiel.

Nous étions à la mi—août, lorsque Mirabelle, chez qui j’étais en vacances, m’annonça qu’elle ne voulait pas, pour le moment, qu’on se marie.

— Ne crois pas que ce qu’avaient dit mes parents l’année dernière à ce propos y soit pour quelque chose. Mais il y a malgré tout quelque chose : d’abord tu n’es pas fidèle ! Et ensuite, peut—être devrions—nous passer notre BAC avant tout, non ?

— Tu m’en veux encore ? demandais—je le regard bas, n’osant pas la regarder.

— Oui, je ne peux pas m’empêcher de t’en vouloir pour ce que tu m’as fait. Je ne comprends pas ce que tu as dans la tête.

Et voilà qu’elle me reprochait encore mes histoires avec Valérie et Cathy.

— Et pour Virginie et Agnès ? demandais—je, tu m’en veux encore ?

— Non ! Je ne te parle pas d’il y a cinq ans, mais d’il y a deux ou trois mois !

— Oh, ne t’énerves pas, je t’en supplie.

— Je t’en veux parce que tu n’as rien dans la tête, et tu es un véritable cœur d’artichaut. Pourquoi, quand j’étais à Cergy, tu m’étais fidèle ? Me voilà partie et tout à coup : loin des yeux, loin du cœur. Arrête de penser avec celui—ci. Réfléchies aux conséquences de tes actes. Dis—toi bien qu’un jour ou l’autre j’apprendrai tout, et que je t’en voudrai à mort.

— Attends Mirabelle, lui dis—je. Est—ce qu’il est possible à une personne d’aimer plusieurs personnes.

— Je ne crois pas !

— Non, mais réfléchi. Est—ce que c’est possible ?

— Attends, si tu penses à ces deux greluches que tu as emmenées dans notre nid d’amour, c’est un peu exagéré. Elles sont belles ! Mais tu ne peux les aimer.

— Je n’ai pas dit que je les aimais, car c’est toi que j’aime.

— Alors arrête. Dis—moi si tu veux qu’on se marie ?

— Oh oui ! C’est mon plus cher désir.

— Alors, fais tout pour que ce soit possible. Fais et sois comme si j’étais à Cergy.

— Tu n’y es pas ! lui dis—je les larmes aux yeux.

— Et tu crois que je ne me rends pas compte. Tu crois que je n’ai pas de la peine de te savoir séparé de moi : 400 km c’est long. Des semaines, des mois entiers sans t’apercevoir. Je t’aime André, et je ne peux pas te toucher !

Je la serrais dans mes bras, et nous pleurions ensemble.

"Tant de nuits je cherchais ta présence, et en vain je touchais, je tâtais près de moi. Mais la place de mon lit qui t’est destiné était toujours vide. Les nuits sans sommeil, je connais André, et tu en es la cause. Toi aussi tu me manques. Alors, sois responsable."

Je lui répondis en l’embrassant, et en la serrant, je lui fredonnais le refrain des Jacksons : "You are my lovely one", car c’est vrai, je n’aimais qu’elle, et je ne me comprenais pas.

La fin des vacances arriva, car les meilleures choses ont une fin !

Et ce fut la rentrée, et nous ne nous étions pas encore mariés. Ce n’est que partie remise, m’étais—je dit !


(1) Sorti en France sous le nom de "Dar l’Invincible".


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